mercredi 8 novembre 2006
Ce livre n’a pas vocation à être une œuvre originale ni un discours traitant d’un sujet particulier. Lorsque notre cher Muhammad Ath-Thânî écrivit la biographie du Sheikh Yûsuf Sâhab — qu’Allâh lui fasse Miséricorde —, il en confia le premier chapitre dans lequel je suis cité au Sheikh `Alî Mia [1] en raison des liens d’amitié et d’affection qui existent entre eux, mais aussi de ceux qui existaient entre ce dernier et le Sheikh Yûsuf Sâhab...
La lettre qui suit fut rédigée après la lecture de ce passage et fut adressée au Sheikh Muhammad Ath-Thânî afin de lui faire remarquer que ce qui méritait d’être mentionné n’avait pas été retenu et que ce qui ne valait pas la peine d’être cité l’avait été. [2]
Lorsque je donnai le livret à imprimer, je pensai qu’il pourrait être utile d’indiquer, à titre d’exemple, dans le chapitre intitulé « Avertissements aux étudiants », les avertissements que m’avait donnés mon défunt père afin que mes élèves en profitent à leur tour. Ils sauront ainsi que la rigidité et l’inflexibilité qu’ils pourraient trouver en moi ne sont que le résultat de toutes ces graves mises en garde. Je voulus donc révéler mes propres fautes, puisque je mentionnais celles des autres, afin de rétablir l’équilibre.
J’émets des plaintes à mon sujet
N’écoute pas les éloges qu’ils font
Suite au récit, eux-mêmes diront :
« Qu’y a-t-il d’autre à ajouter ? »
Zakariyyâ
À toi mon cher et bien aimé,
Qu’Allâh te garde et te préserve !
Ton livre est pour moi une source de plaisir. Qu’Allâh dans son infinie grâce t’accorde une énorme récompense dans les deux mondes et qu’Il fasse découler de ton œuvre un grand bienfait pour ce monde et pour la spiritualité [des membres de notre communauté]. On ne pouvait espérer une œuvre aussi bien écrite.
On m’avait déjà lu plusieurs chapitres de ce livre à différentes occasions auparavant ; mais l’écouter d’une manière continue m’a procuré un plaisir que je n’avais pas encore éprouvé jusque-là. Dommage, si mes yeux me permettaient de le lire par moi-même, je l’aurais terminé en une ou deux nuits. Tout au long de ma vie j’ai adoré lire les biographies de nos saints aînés. Lorsque je commençais à en lire une, il m’était difficile de reposer le livre. Je n’ai jamais eu le temps de lire durant la journée. J’avais pour habitude de commencer à lire la nuit après la prière d’al-`Ishâ’ et une fois mes leçons pour le lendemain préparées. Bien souvent cette lecture se poursuivait jusqu’au matin car il m’était alors facile, dans ma jeunesse, de rester éveillé toute une nuit.
Le Sheikh Madanî [3] — qu’Allâh illumine sa tombe — arrivait souvent par train durant la dernière partie de la nuit vers 3 ou 4 heures. Il était très méticuleux lorsqu’il s’agissait d’envoyer des télégrammes avertissant de son arrivée. Ma faute étant de considérer comme une grande épreuve le fait de se lever après avoir dormi, je commençais toujours à travailler après la prière d’al-`Ishâ’ et me rendais à la gare, à pied, vers deux ou trois heures du matin. Avant mon incapacité [4], je n’utilisais jamais de véhicule pour m’y rendre. Bref, je finissais toujours la lecture des biographies de nos aînés en une ou deux nuits. Ainsi j’ai pu lire les biographies et écrits d’éminents savants tels que Hazrat Gangohî [5], Hazrat Saharanpûrî, Hazrat Sheikhul Hind, Hazrat Ashraf `Alî Thanwî, Hazrat Madanî, Hazrat Sayed Sâhab, mon défunt oncle [3] et bien d’autres. Qu’Allâh illumine leurs tombes ! Mais malheureusement, la faiblesse de ma vue me rend dépendant de la vue des autres.
Cette fois je n’ai pu écouter la lecture de ton livre qu’une à deux heures, le soir, après avoir accompli mes devoirs envers mes invités. Il m’a fallu plusieurs nuits pour le terminer. J’ai éprouvé un grand plaisir à chaque chapitre excepté le chapitre que tu as fait écrire à `Alî Mia. C’est comme si tu avais versé un flacon d’urine dans une mare d’eau de rose [6]. De façon plus correcte, je dirais qu’en ajoutant ce chapitre tu as gâché la beauté du livre.
Outre cet inconvénient, tu as également laissé de côté des éléments importants. Si j’avais eu l’occasion de lire le manuscrit avant sa publication je t’aurais suggéré quelques changements et améliorations. En effet, certains points qui n’auraient pas dus être mentionnés ont été détaillés et expliqués longuement tandis que ce qu’il aurait été préférable d’expliquer a été cité de façon très concise.
Je n’ai pas d’objection à faire au sujet du passage concernant « Les deux épreuves délicates et l’aide divine » pour la simple raison que certains serviteurs d’Allâh pourraient recevoir cette aide divine dans le futur. Mais `Alî Mia n’a cité que deux épreuves, il l’a fait de façon concise et en a nié d’autres. En réalité, de tels incidents ont souvent eu lieu et ceci à diverses occasions. Je m’étonne que `Alî Mia ne les connaisse pas alors qu’ils ont eu lieu ou ont été mentionnés en sa présence.
Le premier de ces incidents fût très important étant donné mon âge et ma situation. Il eut lieu trois jours après la mort de mon père. L’amour et la sympathie que me témoignait l’honorable Sheikh Abdul Rahîm Raipûrî [3] me furent également témoignés par son successeur l’honorable Raipûrî II, Sheikh Abd Al-Qadir Raipûrî [3]. En ceci, il suivit les pas de son Sheikh [7]. Vous savez tout cela. L’honorable Raipûrî Senior était encore plus proche, plus attaché, et plus intime envers mon défunt père. L’amour et la sympathie dont il me fit montre après la mort de mon père au début de mon orphelinat étaient tels que, si je devais en témoigner, je pourrais rédiger un livre aussi important que ton Sawanih Yûsufi [8] dans son intégralité.
Trois jours après la mort de mon père, alors que nous discutions de mon enfance, des dettes de mon père, du problème que posait sa librairie et de la façon dont il fallait en disposer, ainsi que du sort de ma mère et de ma sœur, l’honorable Sheikh Abdul Rahîm Raipûrî me dit : « Ces sujets sont préoccupants. Tu es encore un enfant et tu n’as pas de notions de commerce. Le Sheikh Ashiq llahi de Mirat a une grande expérience et de grandes capacités dans ce domaine. Emmène la librairie à Mirat et va-t-y installer. Occupe-toi du commerce sous la surveillance du Sheikh Ashiq llahi. In shâ’a Allâh, tes dettes seront vite honorées et il te sera alors facile de t’occuper de ta famille. »
Le Sheikh me fit ainsi un long et chaleureux discours. Je l’ai ici rapporté de façon très concise. Je me souviens encore qu’en l’entendant j’eus l’impression que la terre s’enfonçait sous mes pieds. Les larmes aux yeux et le cœur serré je répondis : « Si c’est un ordre, je l’accepte bien volontiers, mais si c’est un conseil, alors je préfère attendre la venue du Sheikh Saharanpûrî [9] pour le consulter. » À cette époque le Sheikh Saharanpûrî était détenu à la prison de Nanital le temps d’une enquête faite à son sujet (le récit complet de cet épisode se trouve dans Tazkira-i-Khalîl [10])
« Je souhaite ne jamais quitter cet endroit tant que le Sheikh Saharanpûrî sera en vie ! » En entendant ma réponse, le Sheikh Raipûrî s’exclama : « Assez, assez ! » Très touché, il se mit à faire des invocations en ma faveur avec une grande sincérité. Ses invocations provoquent toujours en moi une grande joie et, jusqu’à maintenant, j’en ressens encore les bénédictions. Le Sheikh me dit alors : « Tu as dit exactement ce que je souhaitais. Mais le Sheikh Ashiq llahi a beaucoup insisté pour que je te persuade d’y aller sachant que Zakariyyâ ne l’écouterait pas. Les raisons qui le motivaient sont assez claires et raisonnables. Voilà pourquoi je t’ai donné ce conseil. » En entendant cela, — qu’Allâh me pardonne — j’éprouvai une grande colère envers le Sheikh Ashiq llahi — qu’Allâh lui fasse miséricorde —. En fait, bien que le Sheikh agissait pour mon bien et dans mon intérêt, ma propre bêtise me fit me mettre en colère ; j’ai répondu à cette gentillesse de façon inappropriée. Si j’ai proféré à ce moment quelque chose d’indigne envers le Sheikh, j’implore le pardon d’Allâh. Puisse-t-Il lui accorder la meilleure récompense.
La deuxième et troisième épreuve sont celles mentionnées par `Alî Mia de façon concise bien que correctement rédigées.
La quatrième épreuve eut lieu trois ou quatre ans après mon retour du Hajj. Je retrouverai sûrement la date exacte dans les papiers que j’ai rangés dans un sac quelque part dans un placard. Après mon retour du Hajj en 1346, je fus désigné pour enseigner aux étudiants de dernière année les recueils de hadiths ; et ensuite, parce que mon défunt père avait toujours enseigné Abu Dâoud Charif et parce que j’avais été très impliqué dans l’écriture de Bazlul Majhûd [11] (du Sheikh Khalîl Ahmad), ce livre resta avec moi jusqu’en 1373, année du décès de Sheikh Abdu-l-Latîf, le directeur de la madrassa [12]. Je devais également enseigner Nasâ`i Charif, Bukhârî Charif vol.1, etc. Quant à Abu Dâoud Charif, la direction de la madrassa a toujours considéré qu’il était mon livre [13] et je le considérais aussi comme tel. Ainsi les étudiants à qui je l’enseignais parlaient de ce livre, par amour et respect pour moi, comme il est de coutume de chanter les louanges de ses professeurs. Parmi eux était un ami sincère Sheikh `Âdil Qudusî Gangohî, qui fut diplômé en 1342. Je ne me souviens plus quel livre de Hadith il a étudié avec moi. Après avoir obtenu son diplôme, il obtint un poste à « Dâ’iratul-Ma`ârif » [14] à Hyderabad en tant que lecteur et correcteur. Il devint réputé et respecté dans son domaine.
Je ne sais pas quelle histoire vraie ou quel mensonge il est allé raconter aux personnes travaillant dans cette maison d’édition à Hyderabad, toujours est-il qu’au bout de deux ou trois ans une longue lettre d’environ sept ou huit pages m’est parvenue de sa part. Il m’y expliquait que la direction de Dâ’ira avait décidé de publier un livre sur les personnes impliquées dans la transmission des hadiths rapportés par Al-Baihaqî (Asmâ’ Ar-Rijâl). Les éditeurs avaient deux noms en tête pour ce travail : le Sheikh Muhammad Anwar Shâh Kashmirî [3] et moi-même. Il y eut préférence en ma faveur car la tâche demandait un temps considérable et que, contrairement à l’honorable Anwar Shâh Kashmirî qui était déjà relativement vieux, j’étais encore assez jeune.
En effet, on craignait qu’en confiant le travail au Sheikh Anwar Shâh Kashmirî il ne puisse le terminer de son vivant.
Le salaire était fixé à 800 roupies [15] par mois en plus d’une voiture de fonction avec chauffeur. Tout ceci aux frais du gouvernement afin que je puisse me déplacer comme bon me semble. Un lieu de résidence était également fourni par le gouvernement de Hyderabad [16].
Par la grâce d’Allâh, rien de tout cela ne suscitait l’enthousiasme chez moi. Ce qui était réellement intéressant et considérable était que le travail ne demandait que quatre heures par jour. Pour le reste de la journée, j’aurais été libre de faire ce que je souhaitais. La bibliothèque de Dâ’ira était mise à ma disposition ce qui m’aurait permis de consacrer beaucoup de temps à mes écrits. Quant à la bibliothèque Asifia, j’aurais eu l’autorisation d’y rester pour effectuer des recherches, étudier et demander tous les livres dont j’aurais eu besoin. Il m’écrivit également : « Vous êtes actuellement occupé par l’écriture de Awjaz ul-Masâlik [17] du Muwatta’ de l’Imâm Mâlik. La compilation de cette œuvre vous serait facilitée, si vous l’effectuiez à Hyderabad plutôt qu’à Mazâhirul-`Ulûm. De plus le travail que l’on vous demande de faire à Dâ’ira reste en lien avec les hadiths ». Il mentionna également quelques avantages et facilités concernant l’écriture de l’Awjaz.
En réponse à cette longue lettre, je lui envoyais une simple carte sans formalités. Elle se composait d’une seule phrase :
« Je n’ai jamais souhaité vivre la vie de quelque esclave des faveurs [des autres] ». Zakariyyâ.
Qu’Allâh le récompense. Il m’écrivit de nouveau une lettre où il me demandait avec gentillesse et affection de revoir ma décision en insistant sur le fait que l’écriture et la compilation de l’Awjaz serait facilitées à Hyderabad. Mais, à cette époque, l’idée d’être employé me déplaisait tellement qu’il était pour moi hors de question de reconsidérer l’offre.
Je me demande encore aujourd’hui si j’ai bien fait de refuser. À l’époque je n’avais aucun doute à ce sujet, il était pour moi impensable de devenir l’employé de quelqu’un. Mais, d’un autre côté, j’aurais eu des avantages et des facilités quant à l’écriture de l’Awjaz.
La cinquième épreuve eut lieu deux ou trois ans avant la partition de l’Inde [18]. Ce sont des étudiants bengalis, toujours par la baraka du Abu Dâoud Charif, qui en furent à l’origine. Jusqu’avant la partition, de nombreux étudiants bengalis venaient étudier ici (encore aujourd’hui, nombre d’entre eux sont Sheikh-ul-Hadith [19] dans les madrassas du Bengladesh). Je ne sais pas quelles éloges ils chantèrent à mon sujet, ni à qui, mais une longue lettre me parvint des responsables de [la madrassa de] Chatgam ou de ceux de la madrassa Alia à Dacca. On me proposait un poste de « Sheikh-ul-Hadith » afin d’enseigner le Sahîh d’Al-Bukârî et les Sunan d’At-Tirmidhî pour un salaire mensuel de 1200 roupies. Je ne me souviens plus du nom de l’auteur de cette lettre, mais elle était écrite sur un ton très persuasif. Je reçus même un urgent télégramme deux jours plus tard exprimant leur impatience de recevoir ma réponse. C’est à ce moment que ma réponse leur parvint. J’avais simplement répondu : « Désolé, impossible d’accepter l’offre ».
Plus tard, dans une lettre plus détaillée, je leur écrivis : « Quoique mes amis aient pu vous dire à mon sujet, les informations que l’on vous a apportées étaient tout simplement fausses. Ce n’est qu’à cause des bonnes pensées à mon égard qu’ils vous ont donné ces mauvaises informations. Je ne suis ni digne d’un tel honneur, ni en mesure de remplir cette tâche... »
Dieu merci, ce fut le dernier incident de ce type. En fait, excepté pour l’offre tentante à Hyderabad, j’ai toujours beaucoup remercié Allâh pour les autres incidents. Si j’avais accepté l’une de ces offres, j’aurais été pris dans un piège dont il aurait été difficile de s’échapper. Mais concernant l’offre de Hyderabad, je dois admettre que l’idée m’est revenue sans cesse à l’esprit, car si je l’avais acceptée, l’Awjaz et le Lâmi [20] aurait été mieux rédigés et, comme je n’aurais pas eu à travailler à la madrassa, j’aurais eu plus de temps et ces œuvres auraient vu le jour plus tôt. Mais le meilleur était dans ce qui s’est passé.
Je vécus ces quelques incidents à un âge que l’on considère généralement être celui [ou l’on a déjà acquis une] certaine sagesse intellectuelle, bien qu’elle n’ait jamais été mon lot jusqu’à présent. Il y eut aussi l’époque où j’étais encore considéré comme immature ou, devrais-je dire, l’âge des premières épreuves de la vie.
Le nom de feu Mirza Soraya a déjà été cité plusieurs fois dans les biographies de mon défunt oncle, le Sheikh Ilyas [3], et de Sheikh Yûsuf. Mirza Sâhab éprouvait un grand amour et une grande affection envers mon défunt grand-père. Il dit un jour à mon grand-père : « Je souhaite que ma fille, Qaysar Johen Bigum, épouse ton fils Sheikh Yahya Sâhab ». Mon grand-père n’approuva pas l’idée mais, sur l’insistance de Mirza Sâhab, il en parla à mon père pour connaître son opinion. Mon père déclina poliment l’offre. Ce qui provoqua [l’angoisse et] la grande déception de la chère dame.
La relation entre cette famille, mon père et mon défunt oncle était si forte (dans ma jeunesse) qu’on aurait dit qu’ils faisaient tous partie de la même famille. Mon père et mon oncle se rendaient souvent dans la résidence de Qaysar Johen Bigum. Les quelques fois où il m’arriva d’y aller, malgré sa nature raffinée et réservée, elle me faisait dormir près d’elle en me serrant fort. À l’époque, j’avais environ six ou sept ans. Qu’Allâh lui accorde une grande récompense. À maintes reprises, je l’entendis dire à mon père avec insistance : « Vous avez refusé de m’épouser. Mais Zakariyyâ est comme mon enfant. Je veux qu’il devienne mon enfant, le garder près de moi et le marier à ma fille ». Mon père répondait toujours : « Comment pourrais-je aimer lui donner ce que je n’ai pas voulu pour moi-même ? » Elle insistait toujours. Peut-être est-ce cette insistance qui le poussa un jour à me mettre à l’épreuve en me demandant mon avis. Je lui répondis : « Je n’aimerais pas apporter la boîte à paan [21]... »
En fait, son mari, Mirza Muhammad Shâh, qui était très amoureux d’elle, avait l’habitude de lui apporter la boîte à paan alors qu’elle restait assise sur une banquette. Il plaçait alors la boîte devant elle et disait : « Begum, donne moi un paan ». J’avais toujours trouvé ça très irritant et cela ne me plaisait pas du tout. Dans notre famille, les choses ne se passaient pas du tout ainsi. La femme était toujours comme soumise, c’était elle qui servait. Pour nous, il était plus approprié que le mari demande à sa femme de lui préparer le paan.
En entendant ma réponse mon père me raconta l’histoire de sa propre proposition de mariage : « Dans mon enfance, mon père me demanda mon opinion au sujet du mariage avec Qaysar Johen Begum. Je lui répondis que si j’épousais cette princesse, je ne pourrai plus dormir sur de simple nattes [22]. Il y a une grande différence entre ta réponse et la mienne. La tienne exhale l’orgueil. »
Qu’Allâh récompense mon père. Il observait chacun de mes actes avec attention.
Toutes ces choses font partie d’une époque de tests et d’épreuves. Je n’en ai mentionné que quelques-unes. Si je voulais toutes les citer, cela prendrait mille et une nuits. À chaque étape, Allâh m’a couvert de Sa grâce et de Son soutien.
En outre, l’éducation et la formation spirituelle que j’ai reçues sont des sujets réellement très importants que `Alî Mia a négligé et ignoré à l’exception d’un ou deux événements qu’il mentionne tout de même. C’est une bien longue histoire. Mon père s’est chargé de mon éducation et il était extrêmement méticuleux, très strict à ce sujet et il me surveillait sérieusement. S’il y avait eu en moi-même quelque potentiel ou capacité spirituelle, j’en aurais tiré quelque chose aujourd’hui. Mais le dicton est bien connu : « Si la queue du chien était placée entre deux étaux durant douze années, elle n’en ressortirait pas plus droite. »
Selon mon père, pour assurer l’éducation d’un enfant, il était capital d’éliminer ses relations avec les autres. Je l’entendais souvent dire : « Peu importe la dévotion intellectuelle ou l’intelligence d’une personne, si elle ne se perd pas dans les fréquentations, elle deviendra certainement un être capable et compétent. Et une personne peut être intelligente, brillante, quelque soit son amour pour le savoir, si elle aime fréquenter les gens, elle perdra ses capacités. » Au-delà de cela, il considérait comme nuisible et dangereux le fait de passer du temps avec de jeunes gens imberbes.
`Alî Mia fait référence à cela à la page 79, mais il a présenté les choses à l’envers. La réalité est que moi-même, de mon propre gré, je n’osais passer le salâm à quiconque ou encore me tenir debout à côté d’une personne auprès de laquelle j’avais déjà effectué la prière précédente. Si un inconnu me saluait, je pouvais m’attendre à ce que mon père cherche à savoir qui il est. S’il arrivait qu’une personne ayant déjà accompli une prière en commun à mes côtés se retrouve par hasard près de moi lors d’une autre prière, je rompais ma niyyah [23] et allais ailleurs par peur de devoir alors donner des explications. Ainsi, il m’arrivait de simuler une toux ou de quitter l’endroit en me tenant le nez pour laisser croire que je saignais, afin que mon voisin (de prière) ne s’étonne pas de ce qui se passe.
Aujourd’hui, la situation est telle que, hormis le [fait que je n’éprouve plus d’appréhension à l’idée de passer le] salâm [aux inconnus, je me retrouve dans le même cas qu’à l’époque puisque] les deux personnes qui me portent, [et qui par conséquent font la prière à mes côtés] en raison de ma maladie et de ma faiblesse, sont toujours les mêmes.
Mon père accordait également beaucoup d’importance à la question de l’honneur. Je devais être élevé afin d’acquérir une belle personnalité et un bon caractère. Je l’ai souvent entendu dire que les signes d’un bon gentleman n’apparaissaient que tard dans la vie. Il craignait tellement que je prenne de mauvaises habitudes et un mauvais caractère qu’au moindre doute que je provoquais chez lui au sujet de mes actions, je pouvais déjà commencer à m’inquiéter de la forme que prendrait la punition. Je citerai quelques épisodes à ce sujet.
Très cher ami, voilà ce dont il aurait fallu parler dans ce livre. `Alî Mia parle, à tort et à travers [6], d’autres éléments sans intérêt qui ne profiteront à personne. Et, à mon avis, il exagère dans ses propos. À présent, j’aimerais évoquer quelques épisodes de ma vie au sujet de l’éducation que m’a donnée mon père même s’il est trop tard. Si j’avais pu consulter le manuscrit avant sa publication, je ne pense pas que `Alî Mia m’aurait laissé inclure ceci dans son chapitre avec mes propres mots, mais j’aurais tout de même insisté. Durant mes cours de Hadîth, je parle toujours de ces épisodes de ma vie avec grand plaisir. Et je multiplie les invocations en faveur de mon père qui, al-hamdu lillâh, par la bénédiction de ses coups de savate, a fait de moi un homme qui, en apparence, craint Allâh. Et encore aujourd’hui, je prie pour lui en remerciement de chaque coup qu’il a pu me donner. À l’époque, il est clair que de par mon jeune âge et mon manque de compréhension, je pleurais beaucoup et me fâchais souvent.
Maintenant prêtez bien attention à ces quelques épisodes. Quant à moi, qu’ils vous plaisent ou non, j’éprouverai du plaisir à les écrire.
[1] `Alî Mia — qu’Allâh lui fasse miséricorde — est le nom du savant, spécialiste de la langue arabe, écrivain prolifique et grand prédicateur plus connu sous le nom de Sheikh Abû Al-Hasan `Alî Nadwî. NdT.
[2] L’auteur dit cela par humilité. `Alî Mia explique la véritable raison pour laquelle il fut chargé de rédiger cette partie du livre : « Après la mort du Sheikh Yûsuf Sâhab et à la demande de son Sheikh — le Sheikh Zakariyyâ, l’auteur du présent ouvrage —, Muhammad Ath-Thânî commença la rédaction de la biographie du défunt. Cette biographie ne pouvait être complète sans que le Sheikh Zakariyyâ y soit cité puisqu’il était à la fois le cousin, le beau-père, le beau-frère et le professeur du Sheikh Yûsuf. Or, de par son humilité, Muhammad Ath-Thânî me demanda d’écrire cette partie du livre car il était très gêné par la situation : Non seulement, et par la grâce d’Allâh, le Sheikh Zakariyyâ était encore vivant mais, en plus, écrire à propos de ce personnage pour qui il avait tant d’estime et qui réunissait aussi tant de qualités était pour lui une tâche ardue... NdT.
[3] L’auteur cite, tout au long de cet écrit, de nombreux personnages qui ont joué un rôle important dans sa vie. Ils sont en général ses professeurs et (ou) ses maîtres spirituels. Une partie du volume 2 de sa biographie est consacrée à ses années d’études et, étant donné que dans le volume 4 il consacre un chapitre entier à parler d’eux et à décrire leurs relations en détail, nous ne prendrons pas la peine de les présenter ici. NdT.
[4] Il fait ici allusion à l’état de faiblesse dans lequel il se trouve en raison de son âge avancé… NdT.
[5] Hazrat est une formule de politesse employée pour exprimer l’estime que l’on porte à la personne dont on fait mention. Dans le reste du texte elle sera, selon le cas, laissée comme telle ou remplacée par « l’honorable ».
[6] Cette image, qu’il ne faut pas comprendre comme une critique à l’encontre de `Alî Mia, est encore à mettre au compte de la modestie de l’auteur, ne se voyant pas digne d’être mentionné parmi les éminents savants. NdT.
[7] En fait, il a suivi son Sheikh avec tant de zèle qu’il l’a même suivi dans son affection envers l’auteur… NdT.
[8] Sawanih Yûsufi est le titre de la biographie de Sheikh Yûsuf.
[9] « Sheikh Saharanpûrî » désigne ici Sheikh Khalîl Ahmad, son professeur.
[10] Titre de la biographie du Sheikh Khalîl Ahmad « Saharanpûrî » écrite par l’auteur. NdT.
[11] Commentaire de Sunan Abî Dâwûd écrit en arabe par Sheikh Khalîl Ahmad.
[12] Il s’agit de la madrassa « Mazâhiru-l-`Ulûm » de Saharanpûr ou a étudié et, par la suite, enseigné Sheikh Zakariyyâ. NdT.
[13] Il faut comprendre, quand l’auteur dit « mon livre » que, étant donné son implication dans la rédaction de Bazlul Majhûd la direction de la Madrassa considérait que c’était forcément à lui que revenait d’enseigner les Sunan de l’Imâm Abû Dâwûd… NdT.
[14] Maison d’édition. NdT.
[15] Cette somme représente actuellement environ 15 € mais est à considérer par rapport au pouvoir d’achat de l’époque. Ce qui semble être relativement considérable… NdT.
[16] À l’époque, et malgré la colonisation anglaise, Hyderabad était l’un des rares endroits en Inde où les musulmans jouissaient d’une relative « autonomie ». D’où la prise en charge de tels projets par le gouvernement. NdT.
[17] Explication du Muwatta’, la célèbre compilation de hadiths de l’Imâm Mâlik — qu’Allâh lui fasse miséricorde —. Ce commentaire a été écrit en arabe et comprend 17 volumes. NdT.
[18] La partition de L’inde eut lieu le 15 Août 1947. Le premier chapitre du volume 5 de la biographie de l’auteur y est consacré. Il a aussi écrit un livre à ce sujet intitulé Al-I`tidâl, qui a été traduit en anglais. NdT.
[19] Titre par lequel est désigné le professeur qui enseigne le Sahîh d’Al-Bukârî. En général, il est aussi responsable de l’établissement du programme d’études des différentes classes de la madrassa. NdT.
[20] Commentaire du Sahîh d’Al-Bukârî écrit par son père. NdT.
[21] Feuilles à mâcher. NdT.
[22] En d’autres termes, il aurait eu à vivre une vie de luxe dont il ne voulait pas. NdT.
[23] Intention. NdT.
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