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Le Soufisme et l’Islam

Le Tasawwuf et l’éthique

mardi 25 septembre 2001

Le tasawwuf, est-ce donc les nobles manières ?

De nombreux auteurs contemporains, suivant l’exemple de nombreux soufis, ont défini le tasawwuf - pas uniquement la purification de l’âme - comme étant les nobles manières.

Abû Bakr Al-Kittânî (m. 322 A.H.) disait : "Le tasawwuf est fait d’éthique. Quiconque te surpasse en éthique, te surpasse en pureté."

Lorsque Abû Muhammad Al-Jarîrî (m. 311 A.H.) fut interrogé au sujet du tasawwuf, il dit : "C’est le fait d’adhérer à toute noble manière et de se défaire de toute vile manière."

Quant à Abû Al-Hasan An-Nûrî, il nie le fait que le tasawwuf puisse être un programme planifié, ou une science que l’on peut acquérir par l’enseignement. Il affirme clairement que c’est une noble éthique. Il argumente sa négation et son affirmation en disant : "Le tasawwuf n’est ni une forme apparente (rasm), ni une science : c’est une éthique. Si c’était une forme, il pourrait être acquis par l’effort. Si c’était une science, il pourrait être acquis par l’enseignement. Il s’agit d’adhérer aux manières aimées de Dieu, et tu ne peux te diriger vers les manières divinement agrées par la science ou quelque forme apparente (rasm)."

Abû Al-Hasan An-Nûrî a lui-même déterminé les nobles manières qu’il considère être le tasawwuf, en disant : "Le tasawwuf c’est la magnanimité, la générosité, et le délaissement des artifices mondains."

Toutefois, ceux qui ont défini le tasawwuf par l’éthique ont eux-mêmes cité d’autres définitions ; cela montre, de façon évidente, qu’ils ont jugé la dimension éthique insuffisante pour délimiter le tasawwuf et le définir entièrement.

En réalité, si nous observons de nombreuses personnes célèbres pour la noblesse de leurs manières, caractérisées par les plus belles vertus morales, des personnes qui ont choisi la vertu comme voie et devise, nous verrons que ce sont des personnes " modèles " dans le domaine de la vertu et dans la société. Cela ne signifie pas pour autant que ce sont nécessairement des soufis.

En effet, si nous observons la culture grecque, nous trouverons un apôtre de la vertu, un homme qui a choisi la vertu comme voie, qui se dépense pour la répandre par tous les moyens possibles, que ce soit par l’argumentation convaincante, ou par la logique et la controverse, ou encore en donnant le bon exemple : il s’agit de Socrate. Cependant, Socrate n’était guère un soufi, au sens précis du terme.

Si nous nous tournons vers le monde musulman, nous verrons qu’Al-Hasan Al-Basrî, qu’Allâh l’agrée, constitue le plus magnifique et le plus bel exemple incarnant la noble éthique. Il fut par sa pureté un exemple véridique et sincère de la morale, répandant la vertu par ses exhortations percutantes, par sa logique puissante, par son comportement idéal. Malgré cela, Al-Hasan Al-Basrî ne fut pas un soufi au sens précis du terme.

Il n’en est pas moins que les nobles manières sont une base du tasawwuf et qu’elles constituent naturellement, dans leurs formes les plus raffinées, le fruit du tasawwuf. Il est tout aussi naturel qu’entre la base et le fruit, les nobles manières soient le propre du soufi. Ainsi, elles accompagnent le tasawwuf et le Soufi en permanence : elles ne l’abandonne guère et il ne les délaisse jamais.

Ibn Sîna (Avicenne) explique quelques qualités éthiques qui caractérisent le soufi en disant : "Le gnostique (`ârif) est téméraire, comment pourrait-il ne pas l’être alors qu’il n’essaie pas d’échapper à la mort ? Il est généreux, comment ne le serait-il pas alors qu’il est loin de l’amour du faux (til). Il pardonne, comment ne le ferait-il pas alors que son âme est bien trop noble pour être blessée par le faux pas d’un humain ? Il oublie les rancœurs, comment ne le ferait-il pas alors que son esprit est constamment occupé par l’invocation de Dieu."

Mais cela ne signifie pas que les nobles manières sont synonymes du tasawwuf.

P.-S.

Traduit de l’arabe de Al-`Ârif Billâh, Abû Al-`Abbâs Al-Mursî (Le gnostique, Abû Al-`Abbâs Al-Mursî) de l’Imâm `Abd Al-Halîm Mahmûd, aux éditions Dâr Ash-Sha`b, Le Caire, Egypte, 1972.

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