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En Compagnie de l’Élu

Les deux serments d’allégeance d’Al-`Aqabah

vendredi 14 avril 2006

L’événement du Voyage Nocturne et de l’Ascension augmenta la foi et la certitude des musulmans, et renforça leur assurance que Dieu — Exalté soit-Il — ferait triompher Sa religion. Inversement, ceux qui avaient une foi vacillante renoncèrent à leur religion. Cet événement fut tel une épreuve permettant de distinguer les véridiques ayant une foi solide, des personnes incertaines et irrésolues...

De son côté, Quraysh profita de cette opportunité pour intensifier sa persécution des musulmans afin qu’ils retournent à la religion de leurs ancêtres, comme d’autres l’avaient fait. Par ailleurs, voyant comment Quraysh traitait les musulmans et ceux qui les soutenaient, les tribus des alentours de la Mecque préférèrent préserver leus intérêts commerciaux avec Quraysh, et se détournèrent davantage du Prophète — paix et bénédictions sur lui — et de son message. Cependant, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — et ses compagnons gardèrent leur certitude et leur confiance en la victoire de Dieu et en Sa promesse de faire triompher Sa religion sur toute autre religion.

Puis arriva la saison du pèlerinage. Un groupe de gens de la tribu d’Al-Khazraj se quitta Yathrib [1] pour se rendre à la Mecque. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — les rencontra et apprit à cette occasion qu’une forte animosité régnait entre leur tribu et celle d’Al-Aws en raison des complots, des machinations et de la division qu’entretenaient les juifs entre les deux tribus, afin que celles-ci ne s’unissent pas contre eux et qu’elles restent occupées à se livrer la guerre mutuellement, laissant aux juifs le monopole de l’agriculture, du commerce et de l’économie.

La dernière bataille qui avait opposé les deux tribus fut celle de Bu`âth. Les combats y furent acharnés et les deux parties essuyèrent de lourdes pertes humaines et financières. Ce fut à la suite de cette bataille qu’Al-Khazraj décida de profiter de la saison du pèlerinage pour envoyer ce groupe de gens à la Mecque avec pour mission d’y trouver des alliés contre leurs ennemis de la tribu d’Al-Aws.

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — les invita alors à embrasser l’islam qui réconcilie les cœurs, prône le rejet des rancunes et des ressentiments et appelle à la restauration de la paix entre les gens. Ils acceptèrent et lui dirent : « Nous avons abandonné notre peuple alors qu’il est déchiré par une animosité sans précédent... Puisse Dieu faire que tu sois son unificateur. Si (Dieu) le réunit autour de toi, alors nul homme ne sera plus puissant que toi. » D’autres se dirent : « Par Dieu ! C’est le Prophète dont vous menaçaient les juifs ! Ne les laissez donc pas vous devancer vers lui ! » En effet, les juifs de Yathrib leur disaient chaque fois qu’un différend les séparait : « Peu s’en faut pour qu’un prophète soit investi de sa mission... Nous le suivrons alors et vous tuerons comme `Âd et Iram furent tués... ».

Puis ce groupe de gens s’en retourna à Médine. Deux d’entre eux appartenaient au clan des Banû An-Najjâr, les oncles maternels de `Abd Al-Muttalib, le grand-père du Prophète — paix et bénédictions sur lui —. Ils annoncèrent à leur peuple leur conversion à l’islam et suscitèrent de nombreuses conversions.

Une année s’écoula et la saison du pèlerinage arriva de nouveau. Douze hommes parmi les habitants de Yathrib vinrent à la rencontre du Prophète — paix et bénédictions sur lui — à Al-`Aqabah. Ils lui firent allégeance et lui prêtèrent serment de ne rien associer à Dieu, de ne pas voler, de ne pas se livrer à la fornication, de ne pas tuer leurs enfants, de ne commettre aucune infamie entre leurs mains ni entre leurs jambes et de ne point lui désobéir lorsqu’il leur commande le convenable ; quiconque s’y tiendra aura le Paradis comme récompense, et quiconque manque à l’un de ces engagements, son affaire est du ressort de Dieu : selon Son bon vouloir, Il le châtiera ou lui pardonnera.

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — envoya avec eux Mus`ab Ibn `Umayr à Médine afin qu’il leur enseigne l’islam, leur inculque une bonne compréhension de la religion et leur apprenne à psalmodier le Coran. Il fut véritablement un excellent ambassadeur auprès des habitants de Yathrib puisqu’il ne laissa aucune maison d’Al-Aws ou d’Al-Khazraj sans que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — n’y soit évoqué.

La saison du pèlerinage revint de nouveau. Mus`ab Ibn `Umayr retourna à la Mecque, accompagné de soixante-treize hommes et deux femmes, parmi les habitants de Yathrib ayant embrassé l’islam. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — rentra en contact avec eux secrètement et leur donna rendez-vous à Al-`Aqabah au milieu de l’une des nuits de la période du Tashrîq [2].

Au moment prévu, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — arriva accompagné par son oncle Al-`Abbâs Ibn `Abd Al-Muttalib qui avait jusque-là conservé la religion de son peuple. Al-`Abbâs avait senti que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — pourrait souhaiter émigrer vers Médine. Il voulut donc s’assurer que les habitants de Yathrib étaient bien résolus à lui porter secours et à le défendre contre son peuple. C’est pourquoi il fut le premier à prendre la parole et dit : « Ô gens d’Al-Khazraj... Muhammad occupe parmi nous le rang que vous savez. Nous l’avons protégé contre notre peuple, contre des gens dont nous partageons les vues à son sujet. Il est honoré parmi les siens et protégé dans sa patrie, mais il a voulu se joindre à vous. Si vous pensez que vous tiendrez votre promesse à son endroit et que vous le défendrez contre ses opposants, alors libre à vous d’assumer cela pleinement. Si par contre vous savez que vous le trahirez et le livrerez (à ses ennemis) après qu’il vous aura rejoint, laissez-le dès à présent... ».

Ils répondirent : « Nous avons entendu ce que tu avais à dire... Ô Messager de Dieu, demande ce qui te plaît pour toi et pour Ton Seigneur... ».

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — répondit : « Prêtez-moi serment de me protéger comme vous protégeriez vos femmes et enfants ... » [3]. Les médinois tendirent alors leurs mains ; le Prophète — paix et bénédictions sur lui — tendit la sienne et le pacte fut scellé. Puis, il leur demanda ensuite d’élire parmi eux douze représentants. Ils choisirent neuf de la tribu d’Al-Khazraj et trois de la tribu d’Al-Aws.

Ainsi se termina la rencontre. Mais la nouvelle fut ébruitée. Le lendemain matin, Quraysh se rendit dans le campement des Khazraj pour tirer cette affaire au clair et leur reprocher l’alliance conclue avec Muhammad. Les mécréants parmi les Khazraj jurèrent alors que rien de cela ne s’était passé tandis que les musulmans parmi eux gardèrent le silence lorsqu’ils virent que Quraysh avait tendance à croire ce que disaient les mécréants...

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — fut conforté par le serment d’allégeance qui lui fut prêté par la délégation médinoise. Il fut également satisfait par le compte-rendu de Mus`ab rapportant l’enthousiasme des habitants de Médine pour l’islam et la vitesse avec laquelle il se répandait parmi eux. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — ordonna donc à ses compagnons d’émigrer de manière dispersée vers Médine et de cacher leurs intentions de manière à ce que Quraysh ne les prenne pas à parti.

Cependant, les Qurayshites s’en aperçurent et tentèrent de ramener à la Mecque tous ceux qu’elle pouvait ramener pour les torturer et les persécuter. Ils en arrivèrent même à séparer les couples en empêchant les femmes Qurayshites d’émigrer avec leurs maris.

Pour sa part, `Umar Ibn Al-Khattâb saisit son épée, son arc et son carquois qu’il remplit de flèches. Il se rendit à la Ka`bah où il accomplit, en toute sécurité et sous les yeux de Quraysh, des circumambulations suivies d’une prière de deux rak`at. Puis, il fit le tour des assemblées annonçant : « Quiconque voudrait que sa mère le perde, que son fils soit orphelin et que sa femme devienne veuve n’a qu’à me rencontrer derrière cette vallée car je m’apprête à émigrer. » `Umar rassembla les opprimés qu’il prit sous sa protection, puis, accompagné de vingt personnes montées, il partit pour Médine où il fut accueilli par les Banû `Amr Ibn `Awf.

Ainsi l’émigration de `Umar précéda-t-elle celle du Prophète — paix et bénédictions sur lui —. Lorsque les gens lui demandèrent des nouvelles du Prophète — paix et bénédictions sur lui —, il leur dit : « Il ne va pas tarder à me suivre... »

Malgré toutes les entraves posées par Quraysh, l’émigration des musulmans se poursuivit vers Médine où ils trouvèrent la protection, le soutien, la fraternité en Dieu et l’hospitalité.

P.-S.

Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Yâsîn Rushdî, Fî Rihâb Al-Mustafâ (En Compagnie de l’Élu), disponible en format PDF sur le site Mouassa.org.

Notes

[1Yathrib est l’ancien nom de Médine. NdT.

[2Il s’agit des 11, 12 et 13 du mois de Dhul-Hijjah. NdT.

[3Rapporté par Ahmad dans Musnad Al-Makkiyyîn.

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