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L’Imâm Abû Hâmid Al-Ghazâlî

L’Argument de l’Islam, le Deuxième Shafi`î

samedi 22 avril 2000

L’Imâm Abû Hâmid Ibn Muhammad Ibn Muhammad At-Tûsî Ash-Shâfi`î Al-Ghazâlî est sans doute l’un des astres les plus brillants
dans le monde musulman depuis de nombreux siècles. La profusion de ses enseignements, la richesse de ses paroles, la pertinence et la profondeur de ses réflexions lui ont valu le surnom de « L’Argument de l’Islam » (Hudjat Al-Islâm). Aimé et connu par le commun des musulmans, apprécié et honoré par les savants musulmans, l’Imâm est devenu un étendard de l’islam et une référence incontournable. Voici quelques dates importantes de sa vie qu’il a dépensée dans le Chemin de Dieu.

Biographie

  • L’Imâm Abû Hâmid naquit dans la ville de Tûs à Khorâsân (en Iran) en 450 A.H. (après l’Hégire) soit en 1058 E.C.
  • Après la mort de son père, le jeune imam, encore mineur, s’installa dans la ville de Jardjâne. Parti à la recherche des sciences et du savoir, il apprit « les sciences fondamentales en islam » (Usûl Ad-Dîn)
  • Il retourna à Tûs, puis se dirigea vers Naysabûr où il devint un disciple et un compagnon de l’Imâm Al-Djûwaynî, jusqu’en 477 A.H, date du décès de ce dernier.
  • L’imam se dirigea alors vers l’Iraq. Un souverain influent, Nidhâm Al-Mulk, ayant entendu parler de la valeur de ce jeune imam, l’accueillit en Iraq et lui confia l’enseignement dans Al-Madrasah An-Nidhâmiyyah à Bagdad en 484 A.H., Université très réputée à l’époque.
  • Après quatre ans passés dans l’enseignement et l’écriture de précieux ouvrages, l’imam ressentit le besoin de voyager, de se détourner des intérêts terrestres, dans une quête permanente des sciences religieuses. C’était le début d’une quête mystique. Il quitta l’Iraq et partit pour Al-Hidjâz en Arabie. Il accomplit le pèlerinage et rencontra les savants de la Mecque et de Médine.
  • Il s’installa ensuite en Palestine. Il passa deux ans à Jérusalem avant de visiter l’Egypte et de vivre pendant un certain temps à Alexandrie.
  • De retour à sa ville natale Tûs, l’Imam consacra sa vie à la prière et l’adoration de Dieu, aux actions pieuses. Il fut sollicité par le Roi Fakhr Al-Mulk, le fils de Nidhâm Al-Mulk, pour enseigner dans Madrasat Naysabûr.
  • Il vécut jusqu’à l’âge de 53 ans quand son âme bénie et apaisée fut rappelée par son Seigneur en 503 A.H. (1111 E.C.)

La pensée d’Al-Ghazâlî

Par ses ouvrages, l’Imam contribua énormément à la littérature islamique. Il fut sans doute parmi ceux qui contribuèrent le plus dans les débats épineux autour du soufisme et de la philosophie. En effet, un certain nombre de philosophes musulmans avaient développé des thèses inspirées de la philosophie grecque, et notamment de la philosophie néoplatonicienne, en contradiction avec de nombreux enseignements islamiques. D’autre part, certains qui se disaient, injustement, adeptes de courants soufis avaient manifesté des excès et des abus en négligeant des piliers de l’islam comme la prière. Grâce à son savoir incontestable en Credo Islamique, en Fiqh et son expérience spirituelle raffinée, l’Argument de l’islam voulut rectifier ces tendances parmi les philosophes musulmans et parmi ceux qui avaient dévié en attribuant abusivement leur attitude au soufisme.

En philosophie, l’Imâm Abû Hamid manifesta son soutien à l’approche des mathématiques et des sciences
dites exactes. Cependant, l’imam utilisa avec rigueur et intelligence les principes mêmes de la logique aristotélicienne et les procédures néoplatoniciennes
afin de révéler les failles et les imperfections de la philosophie néoplatonicienne et pour diminuer l’influence négative de l’approche aristotélicienne et d’un rationalisme excessif.

Contrairement à certains philosophes musulmans, comme Al-Farâbî pour ne citer que lui, l’Imâm Abû Hâmid soutint l’incapacité de la raison humaine de cerner l’absolu et l’infini. La raison et l’entendement humains sont sans doute limités et ne peuvent transcender le fini.
Ainsi, par la force de ses arguments et la rigueur de ses raisonnements, l’Imâm mit le doigt sur un juste milieu où la religion coexiste harmonieusement avec le raison : la première, non contradictoire à la raison, la religion par le biais de la foi accède aux sphères transcendantes
de l’absolu et l’infini ; la raison quant à elle ne peut dépasser la sphère du fini.

Pour ce qui est du tasawwuf (soufisme) authentique, l’Imam fut un brillant modèle parmi les savants réunissant grande maîtrise du Fiqh et beaucoup de raffinnement dans sa gustation spirituelle soufie. Il souligna que tout écart par rapport aux deux sources primaires de l’islam (le Coran et la Sunnah) est étranger au tasawwuf. Il est, à vrai dire, celui qui donna au soufisme ses lettres de noblesse en le purifiant de tous ces courants extravagants et déviants qui voulaient, et qui veulent toujours, s’infiltrer dans le soufisme. Pour l’Imam, le soufisme était la phase ultime dans le cheminement du fidèle vers Dieu. Mais pour lui, cette voie qui mène à la vérité absolue commence par le savoir, les actions pieuses, l’observance continue de Dieu et sa crainte révérencielle.

Al-Ghazâlî, un océan de science

Il serait trop long de retracer les détails de son évolution depuis sa jeunesse, nous tenterons de faire cela dans la prochaine mise à jour de sa biographie in shâ’Allâh. Il convient de savoir que l’Imâm Al-Ghazâli a commencé ses études de jurisprudence dans sa ville natale Tûs, puis il partit vers d’autres villes de sa région, comme Naysabûr. Il excella en jurisprudence, dépassa ses contemporains et devint très tôt une étoile brillante faisant la fierté de ses professeurs. Il rédigea de nombreux ouvrages et épîtres de jurisprudence dont la qualité fit dire à l’un de ses professeurs : « Tu nous as enterré de notre vivant, n’eus-tu pas attendu
notre mort pour le faire ? ». Il devint une référence en Fiqh, si bien qu’en rentrant à l’Ecole Nizâmiyyah, il était l’Imam du khorasân, une référence
sunnite des plus grandes, le maître incontestable des juristes de l’école shafe`ites, le spécialiste de la controverse négalé, un théologien au savoir abondant et à l’esprit limpide, le philosophe encyclopédique, qui bientôt réfuta les théories philosophiques pour s’ériger non seulement comme l’Imâm du Khorasân, puis le plus brillant professeur de l’Ecole Nizâmiyyah, mais aussi comme un Argument de l’Islam et l’Imâm de Bagdad.

Si l’on veut citer des opinions contemporaines parmi les plus posées sur Al-Ghazâli on peut rapporter cette parole de l’Imâm Mohammad Mustafa Al-Marâghi, grand Imâm d’Al-Azhar entre 1935-1945 : « Si l’on cite des noms de savants l’esprit va tout droit aux branches de la science et aux sections du savoir ou ils se sont distingués ; si l’on cite Avicenne et Al-Farâbi, on pense tout de suite à deux grands philosophes. Si l’on cite Ibn `Arabi, on pense à un soufi mystique ayant fait dy mysticisme des opinions de poids. Si l’on cite Al-Bukhâri, Muslim et Ahmad, on pense à des hommes jouissant d’une
grande valeur dans le domaine de la mémorisation, de la sincérité, de la délité, de la précision et de la connaissance des hommes.
Mais si l’on cite Al-Ghazâli, l’idée de la ramification s’impose, si bien que l’on ne pense plus à un seul homme, mais à plusieurs, ayant chacun son propre poids et sa propre valeur. On pense à Al-Ghazâli, l’adroit fondamentaliste, à Al-Ghazâli, le libre Faqih, à Al-Ghazâli l’orateur, Imam de la Sounnah et son protecteur, à Al-Ghazâli, le sociologue avisé, expert dans les états du monde, et en pensées et aspirations secrètes, à Al-Ghazâli, le philosophe ou l’Anti-philosophe qui a dévoilé ce que la philosophie avait caché de faux sous de belles apparences, à Al-Ghazâli l’educateur et le pédagogue, à Al-Ghazâli le soufi mystique. Si vous voulez, dites que l’on pense à un homme qui est une encyclopédie pour son époque, un homme qui à la soif de tout connaître, avide de toutes les branches du savoir. »

Le professeur `Abbâs Mahmud Al-`Aqqâd souligna cette dimension encyclopédique remarquable de l’imâm Al-Ghazâli dans son livre intitule « Ana » (Moi) : « J’ai écrit
sur Avicenne et Averroès, les plus grands philosophes de la langue arabe, de l’Orient a l’Occident ; reste un livre sur Al-Ghazâli, le philosophe qui lutte contre les philosophes, le Faqîh (jurisconsulte) qui donne des leçons aux Faqihs, le gnostique qui traite du monde de l’invisible. [...] Ni en Orient ni en occident personne n’est doué d’un esprit plus raisonnable, d’une raison plus claire, d’un cerveau plus puissant que ce vénérable Imam. Sans le vaste horizon vers lequel nous pousse le fait d’écrire sur lui, j’aurais commencer à rédiger sa biographie à en faire la critique avant Avicenne, Averroès et d’autres sages de l’Orient et de l’Occident. »

Mais la reconnaissance de l’Argument de l’islam Al-Ghazâli ne date pas d’hier.

L’Imâm Taqiyy Ad-Din, `Alî, Ibn As-Subki, l’ascète, le juriste, le Hafiz, l’Imâm d’Egypte et le Grand juge de Damas dont l’Imâm Adh-Dhahabi dit :

Bonheur à la Mosquée des Omeyyades lorsque
s’y éleva le juge, l’océan, At-Taqî
De tous les sheikhs de l’epoque, il est le meilleur Hâfidh ; le meilleur
prédicateur et juge c’est `Alî

s’exprima au sujet d’Al-Ghazâli en ces termes : "Que dire
au sujet d’Al-Ghazâli et de ses bienfaits, lui dont le nom est célèbre
dans le monde entier ! Quiconque connaît ses paroles, sait que l’homme
est au-dessus de son nom ». (Al-Qâmous Al-Islâmi
d’Ahmad `Atiyyat Allah
)

Al-Manâwi dans ses Tabaqates (Classes),
cita l’éloge d’Al-Ghazâli poussée à l’extrême
par Al-Yâfi`i : « s’il pouvait y avoir un prophète après
le prophète, ça aurait été Al-Ghazâli ».

Sheikh Abd Al-Qâdir Ibn Sheikh Abd Allâh Al-`Aydarous a fait la
l’éloge de l’Ihyâ dans un livre dédié
à cela, "Faire connaître aux vivants les bienfaits
de l’Ihyâ" , il dit dans la préface :

« Le livre de grande valeur appelé Ihyâ `Ulum Ad-Dîn,
célèbre par son effet bénéfique et par son utilité
parmi tous les savants actifs, tous ceux qui suivent, sans la moindre difficulté
ou le moindre obstacle, la voie de Dieu, les sheikhs connaisseurs ; livre attribué
à l’Imâm Al-Ghazâli que Dieu le bénisse, le savant
des savants, héritier des prophètes, Hujjat Al-Islâm (l’Argument
de l’Islam), Bienfait des époques et des siècles, celui qui suit
la trace des appliqués, la Lanterne des dévots et des pieux, idéal
des Imams, a montré le licite et l’illicite, a orné les gens
et la religion dont s’est vanté le seigneur des Envoyés que
Dieu le salue et le bénisse, lui et tous les prophètes, et qu’il
bénisse Al-Ghazâli et tous les autres savants appliques, pour tout
ce qui a été d’un grand effet et d’une grande utilité,
de valeur vénérable, sans égal dans son genre, jamais imité,
qu’aucune intelligence n’a jamais dit, comprenant la législation
religieuse, la méthode et le motif, révélant les mystères
cachés, détaillant les secrets délicats ».

La sommité du Yémen, le juriste et walî, Isma`il Ibn Muhammad Al-Hadrami,
puis Al-Yamânî, interrogé au sujet d’Al-Ghazâli
et de ses écrits dit : « Muhammad Ibn `Abd Allah, que Dieu le bénisse
et le salue, est le maître des Prophètes, Muhammad Ibn Idris Ash-Shâfi`i,
lui, est le plus grand des Imams, Muhammad Ibn Muhammad Ibn Muhammad Al-Ghazâli
est le plus grand des auteurs ».

Salâh Ad-Dîn As-Safadi (mort en 764 A.H.), le disciple
d’Abû Hayyân Al-Andalusî, rapporte dans son célèbre dictionnaire biographique
intitulé Al-Wâfî (i.e. Le Complet)- qui contient
plus de 14000 biographies :

Mouhammad Ibn Mouhammad Ibn Mouhammad Ibn Ahmad, la Preuve de l’Islam, l’Ornement
de la Foi, Abû Hâmid at-Tûsî (Al-Ghazâlî), le juriste
Shaficî, était sans rival au cours de ses dernières années.

En 488, il renonça entièrement à toute sa propriété mondaine et sa fonction de professeur à Nizamiyya où il enseigna depuis 484, et suivit la voie de la renonciation et de la solitude. Il effectua un Pèlerinage, et à son retour, il dirigea ses pas en Syrie où il resta quelque temps dans la ville de Damas, donnant des conseils dans la mosquée hospice (zawiyat al-jami`) qui porte désormais son nom dans le quartier ouest. Ensuite, il voyagea à Jérusalem, s’employant énormément à l’adoration et à visiter les lieux saints. Ensuite, il se rendit en Egypte, restant quelque temps à Alexandrie...


Il retourna à Tûs sa ville natale (juste avant 492). Là-bas, il compila un certain nombre de volumes importants [parmi lesquels le Ihyâ’] avant de retouner à Naysabûr, où il était obligé de dispenser des cours à la Nizâmiyyah (499). Il abandonna immédiatement ceci et revint dans son village où il assûma la direction d’une maison de retraite (khaniqah) pour Soufis et d’une université voisine pour ceux occupés à la recherche de la connaissance. Il répartit son temps entre la récitation du Coran et dispenser des cours aux Gens du Cœur (les Soufis)...


Cette œuvre est parmi la plus noble et la plus importante, à tel point qu’il fût dit à son propos : Si tous les livres de l’Islam venaient à être perdus sauf l’Ihya’, il aurait été suffisant pour les remplacer... Ils l’accusaient d’y avoir inclu des hadiths qui n’étaient pas reconnus comme authentiques, mais une telle inclusion est permise dans les travaux d’encouragement du bien et l’interdiction du mal (at-targhib wa at-tarhib). Le livre reste toujours extrêmement important. L’Imam Fakhr Ad-Dîn Ar-Razi avait l’habitude de dire : « Ce fût comme si Allah avait rassemblé toutes les sciences sous un dôme, et les montra à Al-Ghazali, » ou quelque chose de ce genre. Il rendit l’âme... à Tabaran... la citadelle de Tûs, où il fut enterré.

La note sur Al-Ghazâlî dans cUmdat
as-Sâlik
précise :

"A Damas, il a vécu en retraite pendant environ dix années, engagé dans la lutte spirituelle et le souvenir d’Allah, à la fin de cette retraite, il émergea pour produire sa pièce maîtresse Ihyâ’ cUlûm ad-Dîn [La revivification des Sciences de la Religion], un classique parmi les livres des Musulmans au sujet de la constante crainte révérencielle que l’on doit avoir dans ses relations avec Allah (taqwâ), l’illumination de l’âme à travers Son obéissance y compris les niveaux de l’acquisition des croyants. L’œuvre montre comment personnellement Al-Ghazâli a perçu profondément ce qu’il a écrit, et sa magistrale réponse à plusieurs centaines de questions au sujet de la vie interne dont nul avant lui avait parlé ou résolu, ceci est une performance d’excellence soutenue qui montre l’intellect bien discipliné de son auteur et une profonde appréciation de la psychologie humaine. Il a écrit aussi presque deux cent autres oeuvres sur la théorie du gouvernement, la Loi sacrée, les réfutations des philosophes, les principes de la foi, le Soufisme, l’exégèse Coranique, la théologie scolastique et les bases de la jurisprudence Islamique."

Sheikh Abû Muhammad Al-Kâzrouni dit : « Si toutes les sciences
disparaissaient, elles seraient de nouveau recomposées à partir
d’Al-Ihyâ ».

Ibn Najjâr dit à son tour : « Abû Hamid est
l’Imâm des Faqihs sans aucune exception, le seigneurial de la Communauté
à l’unanimité, l’appliqué de son époque
et le notable de son temps ».

L’Imâm Al-`Irâqi, que nous citons plus loin, dit : « 
Lorsque son mot fut suivi, que sa renommée se répandit fort loin,
que l’on voyagea pour le rencontrer, qu’il fut obéi des gens,
son âme se détourna de ce bas monde et eut la nostalgie de l’autre.
Il rejeta alors le premier et s’efforça de gagner le second, moins
éphémère, ainsi que les âmes pures, comme l’a
si bien dit `Omar Ibn Abd Al-`Aziz : J’ai une âme qui, lorsqu’elle
eut gagné ce bas monde, eut la nostalgie de l’autre. Un certain
savant dit : « Je vis Al-Ghazâli, que Dieu le bénisse, à
la campagne, vêtu d’un habit rapiécé et tenant à
la main un bâton et un bouilloire. Je lui dis : O Imâm ! l’enseignement
à Bagdad ne vaut-il pas mieux que ceci ? Il me regarda alors du coin
de l’œil et dit : Lorsque la pleine lune du bonheur se leva dans le
ciel de la volonté, et que les soleils du rapprochement apparurent, j’abandonnai
l’amour de Layla et de Sa`da dans une demeure, et je revins au Compagnon
de la première demeure... La nostalgie m’appela : Ralentis ! ce
sont les demeures de ceux que tu aimes, ralentis et descends ! ».

La critique

Malgré le rang élevé de l’Imâm et la qualité
de ses ouvrages, et de l’Ihyâ en particulier, il n’a pas échapé
aux critiques, comme tous les humains, car nul n’est infaillible après
le Messager de Dieu, paix et bénédiction de Dieu sur lui. Parmi
les gens qui formulèrent des critiques plus ou moins sévères
on peut citer l’Imâm Ibn Al-Jawzi, At-Tartushi, Al-Munîr,
Yûsuf Ad-Dimashqi, Ibn As-Salâh, Burhân Ad-Din
Al-Biqa`i et quelques autres.

La critique porta essentiellement sur les traditions sans fondement, les hadiths
étranges ou forgés que l’Imâm a rapporté, mais
aussi sur la teinture soufie de l’ouvrage. La critique fut poussée
au point que certains dirent qu’ils n’ont vu un livre aussi mensonger !!
Jugement qui transpire l’excès et un manque d’équité
manifeste. Malheureusement, certains ignorants plein de zèle se plaisent
à être aujourd’hui l’écho de ces paroles injustes et sans
valeur.

Sheikh Ibn Taymiyah et Ibn Al-Qayyim affirmaient : « 
La marchandise d’Al-Ghazâli en matière de Hadith est très
peu de choses ». Mais n’est-ce pas l’Imâm Abû Hâmid Al-Ghazâlî qui disait lui-même : « Ma
marchandise dans la science du Hadîth est peu de choses » ?

Certains ont profité de cet aveu de l’Imâm pour faire de
lui un ignorant du hadith ! Ceci est inexact et non fondé. Mais si l’Imâm
était un océan de science en matière de jurisprudence- c’est le
2e Shafi`î - science du Credo, fondements, philosophie, sa marchandise
en Hadith était relativement moindre. Toutefois, on ne
peut en aucun cas le faire passer pour un ignorant du Hadith. La science du
Hadith et la discipline du soufisme occupèrent les derniers jours
de l’imâm Al-Ghazâli, si bien qu’Ibn `Asâkir en
dit dans Tarikh Dimashq (Histoire de Damas) :

« La fin de sa vie fut consacrée au Hadith de l’Elu (Al-Mustafa)
- paix et bénédiction d’Allah sur lui- à la compagnie
des savants en cette science, à la lecture des deux Sahihs d’Al-Bukhari
et de Muslim, qui sont les arguments de l’islam. S’il avait vécu
davantage, il aurait atteint un rang supérieur dans ce domaine et en
aurait terminé avec cet art. Il est hors de doute qu’il s’occupa
à la fin de sa vie d’écouter les Hadiths sans avoir eu le temps
de les rapporter. »

Aussi, en analysant un des précis de Fiqh de l’Imâm, intitulé
Al-Wajîz (Le Concis), on s’aperçoit
que l’Imâm l’étaye avec des références
très précises dans le vocabulaire du Hadith, si bien que le juriste shaféite, l’Imâm Abû
Al-Qâsim `Abd Al-Karîm Ar-Râfi`î composa un commentaire du Wajîz
détaillant les références aux hadiths mentionn&eacutés par
l’Imâm Al-Ghazâli, intitulant son livre : Le Précieux
dans l’Explication du Concis (Al-`Azîz fî Sharh Al-Wajîz).

Dans la dernière phase de sa vie, de retour à sa vie natale,
l’imâm Al-Ghazâli, approfondit sa connaissance du Hadith, sans
avoir l’occasion de transmettre son savoir. Il accompagna les savants de
cette noble science. Il écouta les deux Sahihs
(Al-Bukhârî et Muslim) par le Hâfidh (savant-mémorisateur du Hadîth) `Umar Ar-Ru`âsi.
De même il écouta Sahîh Al-Bukhârî
de Abû Ismâ`îl Al-Hafsî, Sunan Abî Dawûd de
la bouche du juge Abû Al-Fath Al-Hâkimî At-Tûsi...

Par ailleurs, l’Imâm dans ses ouvrages comptait énormément
sur sa mémoire, pour avoir perdu ses références, après
le pillage qu’il a subi par des voleurs. Ceci expliquerait aussi, le caractère
manquant des références dans certaines narrations et récits.

L’Imâm Al-`Irâqi, une vision modérée, le problème endigué

Des jugements excessifs ont été formulés au sujet d’Al-Ghazâli
à cause des quelques narrations sans fondements que notre Imâm
a citées. L’Imâm Al-`Irâqi, une sommité en matière
de science du Hadith, s’occupa d’analyser et de référencer
les narrations rapportéespar l’Imâm Al-Ghazâli.

Pour ce qui est du domaine du targhîb (faire aimer le bien) et
du tarhîb (dissuasion par le rappel du châtiment) les savants
ont toléré les hadiths faibles, sous des contitions, que l’Imâm
Al-Ghazâlî n’a pas violées. Pour les passionnés de
statistiques, la part des paroles apocryphes constituent près de 3.5%
des narrations totales. Il est certain que l’Imâmn’en adéduit
aucune loi de jurisprudence, ni jugement légal, ni quelque point relatif
au Credo. Il serait insensé de peser l’Ihyâ’ par les critères d’évaluation desrecueilsde hadîths, à
moinsdevouloirreprocheraux pommes de ne pas être des poires.

Biensûr que cet ouvrage aurait été encore meilleur s’il
n’avait pas contenu ces paroles apocryphes, mais la Perfection appartient à
Allah, plus d’hommes infaillibles après le Messager d’Allah paix et bénédiction
d’Allah sur lui.

Toutefois, ce défaut a été endigué depuis des siècles,
si bien qu’une version d’Al-Ihyâ annotée
par l’imâm Al-`Irâqi dispense de tout ce brouhaha insolent
et grotesque qui voudrait faire de cette noble oeuvre un livre "dangereux".

Le Hâfidh Al-Murtadâ Az-Zabîdi l’un des grands commentateurs de l’Ihyâ’ dit : « Je ne lui connais point de pareil en ce qui concerne les livres composés par les juristes ». Et Ibn As-Subkî de dire : « Il fait partie des livres dont les musulmans doivent prendre soin et qu’ils ont à propager pour qu’ils soient une cause de la guidance de beaucoup de créatures vers la bonne voie. Il est rare qu’on le consulte sans en retirer tout de suite une leçon ».

L’Imâm Muhammad Al-Khidr Hosayn,
un chevalier de l’islam et défenseur du Coran et de la Sounnah, savant algérien par son origine, tunisien par sa naissance, égyptien par son séjour, grand Imâm d’Al-Azhar entre 1952 et 1958 dit :

« Si les savants ont trouvé dans le livre "Al-Ihyâ" quelques défauts peu nombreux, il s’agit là de l’œuvre d’un être humain qui n’est point à l’abri de l’erreur. Pour en montrer les bienfaits et la place élevée, il suffit de rappeler que les perles de ses profits sont innombrables et les étudiants amoureux de la vertu y gagnent ce qu’ils ne gagneraient pas d’un autre livre ».

Ma conclusion sera à ce sujet celle de Sheikh Muhammad Al-Khidr Husayn, qu’Allâh lui fasse miséricorde. Je rajouterai que nous vivons, malheureusement, une époque étrange où nombreux se croient permis de dénigrer des savants qui ont grandement enrichi notre patrimoine islamique, des océans des sciences islamiques, des imâms reconnus par les savants siècles après siècles. Pour ce qui est des ignorants qui se contentent de critiquer l’Ih d’Al-Ghazâlî, sans la moindre équité ou modération, sans même avoir lu cet ouvrage, leur jugement - nourri de sectarisme et d’aveuglement pour tout ce qui est proche du tasawwuf - est sans valeur et ils ne seront pas meilleurs connaisseurs du Hadîth que l’Imâm le Hâfidh
Al-`Irâqî qui dit : "C’est un des livres de l’Islam les plus vénérables, traitant de la connaissance du licite et de l’illicite. Il y a réuni les règlements visibles et explique des mystères trop délicats pour être compris. Il ne s’y est pas limité aux branches ni aux questions simples, il n’a pas plongé loin dans les eaux profondes pour qu’il lui devint impossible de regagner
la côte. Traitant des deux sciences du visible et du caché, il en parle en recourant aux termes choisis. Il emprunta la voie moyenne, suivant en cela l’exemple de `Ali, que Dieu honore son visage : le meilleur de cette nation est la voie médiane ; le croyant la rejoint et s’y réfère".

Parmi ses oeuvres

Ce fut un savant à la plume prolifique. Parmi ses écrits, qui resteront toujours comme des phares dressés vers le ciel et éclairant la terre, nous pouvons citer « L’Incohérence des Philosphes » (i.e. Tahâfut Al-Falâsifah), « La Revivification des Sciences de la Religion » (i.e. Ihyâ’ `Ulûm Ad-Dîn), Les Epîtres d’Al-Ghazâli, La Pénitence Après le Péché et de nombreux autres ouvrages dont certains ont été traduits dans différentes langues.

In shâ’Allâh une bibliographie de l’Imâm Al-Ghazâlî recouvrant les différentes disciplines islamiques, sera fournie à la prochaine mise à jour de sa biographie.

Ainsi nous laissa-t-il des perles rares et des trésors inépuisables de la littérature islamique avant d’aller auprès de Son Seigneur. Que Dieu lui accorde ses meilleures rétributions et qu’Il l’honore le Jour du Jugement Dernier.

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