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La bataille de Fariskur

mercredi 23 septembre 2009

La bataille de Fariskur fut la bataille qui scella l’échec de la septième croisade, dirigée par le roi Louis IX de France, plus connu sous le nom de Saint Louis, contre l’Egypte ayyoubide. Elle se déroula le 6 avril 1250.

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La bataille de Fariskur (6 avril 1250)

La septième croisade

Depuis que le pape Urbain II appela, depuis Clermont, à la première croisade, en 1096, ces pèlerinages armés dirigés contre le monde musulman ne cessèrent de se succéder pendant près de deux siècles. En 1244, ce fut au roi de France, Saint Louis, que revint l’initiative d’une nouvelle croisade contre les infidèles sarrasins. Cette entreprise représentait pour Louis IX la concrétisation d’un vœu qu’il fit, de partir en croisade s’il guérissait d’une maladie, la guerre sainte contre les musulmans étant alors considérée par l’Eglise, comme un acte expiatoire. En outre, les nouvelles en provenance d’Orient, indiquant que Jérusalem venait d’être reconquise une nouvelle fois par les musulmans, ne firent que stimuler davantage l’enthousiasme de Louis IX.

Ce fut ainsi qu’en 1245, le roi de France et le pape Innocent IV appelèrent, depuis le concile de Lyon, à une nouvelle croisade. Si les motivations premières de cette guerre sainte étaient la reprise de Jérusalem et la mise hors d’état de nuire de l’Egypte, garante à cette époque des trois lieux saints de l’islam, la papauté fomentait un projet encore plus terrible pour le monde musulman : Innocent IV souhaitait conclure un pacte pagano-chrétien avec les Mongols, dont les hordes déferlaient de l’est. Selon ce pacte, croisés et Mongols envahiraient simultanément le monde musulman, les premiers de l’ouest et les seconds de l’est pour en finir à tout jamais avec la religion du Prophète. Innocent IV envoya à cet effet deux ambassades auprès du Grand Khân pour lui proposer cette alliance contre-nature entre les deux ennemis les plus invétérés de l’islam au XIIIe siècle. Le Grand Khân reçut toutefois la proposition avec mépris et signifia sèchement aux émissaires du pape que leur pape devait le reconnaître somme son maître, et se soumettre à son autorité, lui ainsi que tous les monarques d’Europe, étant lui-même le Roi des rois.

Malgré l’échec de la mission papale, Louis IX poursuivit les préparatifs de son expédition avec soin, pendant près de quatre ans. Accompagné de ses deux frères Charles d’Anjou et Robert d’Artois, il emmena avec lui la fine fleur de sa chevalerie, et s’équipa d’un imposant arsenal militaire. Embarquant par mer à Aigues-Mortes, il fit route vers la Terre sainte où subsistaient encore quelques principautés et places fortes croisées. Après une courte halte à Chypre, il débarqua ses troupes à Saint Jean d’Âcre et y demeura pendant quelque temps pour préparer son offensive contre l’Egypte, qui était devenue alors la première puissance islamique de la région, après la chute successive des territoires musulmans orientaux, sous les coups de boutoir des hordes mongoles. Saint Louis décida que la cité portuaire de Damiette serait la première cible de sa campagne, pensant que qui possédait Damiette s’ouvrait grand les portes du Caire.

Situation intérieure de l’Egypte

L’Egypte était alors gouvernée par la dynastie ayyoubide, fondée quelques décennies plus tôt par le grand Salâh Ad-Dîn Al-Ayyûbî (Saladin), et représentée, au milieu du XIIIe siècle, par le Roi pieux Al-Malik As-Sâlih Ayyûb. Le souverain égyptien avait hérité du pouvoir à la mort de son frère le Roi parfait Al-Malik Al-Kâmil Muhammad. Ses premières mesures furent de rectifier les erreurs de son aîné, dont la plus grande fut certainement, en 1229, la cession de Jérusalem à l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, souverain du Saint Empire Romain Germanique, avec qui il s’était lié d’amitié. As-Sâlih Ayyûb reprit le contrôle de la Ville sainte en 1244, puis celui de Damas en 1245 et enfin celui d’Ascalon, deux ans plus tard, rendant à l’Empire ayyoubide son lustre d’antan, mis à mal par les compromissions d’Al-Kâmil Muhammad.

As-Sâlih Ayyûb eut également fort à faire avec son oncle Ismâ`îl, le gouverneur de Damas, qui, furieux de ne pas présider aux destinées de la dynastie ayyoubide, mena la vie dure à son neveu, allant jusqu’à s’allier aux croisés pour le combattre. Un long conflit les opposa, ce qui affaiblit considérablement les capacités militaires de l’Egypte, qui devait combattre sur plusieurs fronts.

Alors qu’il était en Syrie pour rétablir l’ordre, les nouvelles de la croisade de Saint Louis parvinrent à As-Sâlih Ayyûb. Il apprit notamment que cette nouvelle expédition venue d’outre-mer avait pour cible l’Egypte, et plus particulièrement, sa porte d’entrée, Damiette. Les sources historiques précisent que c’est l’empereur Frédéric II d’Allemagne lui-même, qui, en conflit avec la papauté, transmit les éléments concernant l’entreprise croisée au sultan égyptien, les deux Etats, liés par des intérêts communs, étant en relativement bons termes.

L’occupation de Damiette

Au printemps 1249, Louis IX embarqua de Saint Jean d’Âcre avec son armée, estimée selon certaines sources à 100000 hommes, en direction de Damiette. Il attaqua rapidement la ville, et parvint à s’en emparer sans grande difficulté, la garnison sensée défendre le port s’étant prestement enfuie. Les Francs se livrèrent à des pillages et à des massacres qui anéantirent une bonne partie de la population musulmane.

As-Sâlih Ayyûb décréta alors la mobilisation générale dans toute l’Egypte. Les soldats et les combattants volontaires, répondant à l’appel, affluèrent au Caire des quatre coins de l’Empire. Le roi put ainsi faire mouvement rapidement en direction de la côte pour aller à la rencontre des croisés. Il établit son camp à quelques kilomètres au sud de Damiette, dans une ville nouvelle qui venait d’être fondée et qui s’appelait Al-Mansûrah, Mansourah, terme qui signifie littéralement La Victorieuse. Il fit arrêter les fuyards qui désertèrent Damiette au lieu de la défendre et en pendit un certain nombre, sans doute les plus lâches, pour l’exemple, la désertion face à l’ennemi étant potentiellement passible de mort selon la Loi islamique. Quant aux autres, il les réprimanda sévèrement pour n’être pas restés sur place, ne serait-ce que pour tenir la ville en attendant les renforts.

Tous ces événements se succédaient tandis qu’As-Sâlih Ayyûb était gravement malade. Mais en brave soldat au caractère trempé comme de l’acier, il ne laissait rien paraître de son état en face de ses hommes.

Fort de son succès à Damiette, Saint Louis ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin. Ce fut donc tout naturellement qu’il prit la décision de marcher sur la toute nouvelle Mansourah, où les musulmans avaient établi leur camp, la prise de Mansourah lui ouvrant alors grand la route du Caire. Mais outre l’armée régulière égyptienne, des milliers de volontaires vinrent spontanément se joindre au sultan pour mener le jihâd contre les envahisseurs croisés. Une véritable guérilla s’organisa, harcelant de toutes parts la lourde armée des chevaliers francs et menant contre elle des opérations audacieuses dans le but de la contenir.

Décès d’As-Sâlih Ayyûb

L’état de santé du sultan d’Egypte se cessait de se détériorer, jusqu’au jour où son âme fut rappelée auprès de son Seigneur le 22 novembre 1249. Au moment de sa mort, il n’y avait à son chevet que son ex-esclave et désormais épouse Shajarat Ad-Durr. C’était une femme intelligente, dotée d’un fort caractère, en plus d’être une fine politicienne. Constatant la mort de son époux, elle décida de n’en pas répandre l’information et de garder la chose secrète. En pleine guerre contre les Francs, une telle nouvelle risquait en effet de troubler le peuple et l’armée égyptiens, et par-là même, de saper leur détermination au combat, sans parler de possibles troubles politiques, les guerres de succession étant monnaie courante à l’époque. Prenant donc cette décision intelligente, Shajarat Ad-Durr fit croire que le sultan était malade et alité, n’étant plus en mesure de sortir de son palais, et qu’elle se chargeait elle-même de transmettre les ordres qu’il donnait. Néanmoins, consciente qu’une telle situation ne pouvait durer, elle informa les principaux émirs égyptiens de la réalité de la situation, afin qu’ils décidassent de nommer un nouveau chef des armées, en lieu et place d’As-Sâlih Ayyûb. Leur choix se porta sur le fils du sultan, l’émir Tûrân Shâh, pourtant en délicatesse avec son défunt père. Tûrân Shâh était alors gouverneur de la cité anatolienne d’Hasankeyf (Hisn Kayfâ en arabe), aux confins de l’Irak et de la Turquie actuelle. Dès que la nouvelle de son intronisation surprise lui parvint, Tûrân Shâh prit rapidement le chemin du Caire et les émirs égyptiens lui prêtèrent serment d’allégeance, pour reprendre sans plus attendre la lutte contre les croisés. Ceux-ci venaient d’ailleurs d’être défaits en février 1250 devant Mansourah, malgré la vacance du pouvoir et grâce à l’intervention du général mamelouk bahrite Baybars Al-Bunduqdârî, un esclave couman faisant partie de la garde sultanienne et qui était amené à devenir, quelques années plus tard, l’un des plus grands souverains égyptiens, une fois renversée la dynastie ayyoubide.

Le désastre de Fariskur

Après avoir campé pendant près de deux mois devant la ville de Mansourah qu’il espérait prendre malgré la défaite, et non sans tirer profit de la période trouble de fin de règne que traversait l’Egypte suite au décès d’Al-Malik As-Sâlih Ayyûb, Louis IX dut se rendre à l’évidence qu’il n’avait plus d’autre choix que de tenter un retrait de ses troupes, épuisées et malades, vers les côtes méditerranéennes. Il leva le camp le 5 avril 1250 et franchit le Bahr As-Saghîr, un des bras du Nil, qu’il avait traversé une première fois lorsqu’il attaqua Mansourah. Les ingénieurs francs avaient pour mission de détruire derrière eux le gué permettant la traversée de la rivière, mais ceux-ci échouèrent, les Egyptiens emmenés par le nouveau sultan Tûrân Shâh, s’étant lancés à la poursuite de l’armée croisée. Après l’avoir harcelée pendant sa retraite, durant toute la journée du 5 avril, les Sarrasins chargèrent massivement le lendemain 6 avril 1250 à Fariskur, une cité située non loin de Damiette, selon un plan établi par Tûrân Shâh et les émirs mamelouks. Bien qu’épuisés par les combats de la veille, à l’issue desquels Louis IX tomba malade, et malgré leur situation désespérée, la noblesse franque, obstinée à combattre, refusa de se rendre, tandis que les barons des royaumes croisés étaient d’un avis contraire. Désolante et divisée, l’armée croisée subit un cuisant revers : le désastre fut total. Encerclée par la chamellerie sur terre et par la marine égyptienne sur le fleuve, la flotte et l’armée franques furent soit détruite soit capturée par les musulmans ; on dénombra pas moins de 30000 morts dans les rangs croisés, tandis que le roi Louis IX en personne fut fait prisonnier, ainsi que des milliers d’autres soldats francs. Les Egyptiens, en position on ne peut plus confortable pour mener les négociations, purent dicter leurs conditions pour mettre fin à la guerre : la restitution de Damiette, le retrait de tous les soldats francs des territoires égyptiens et enfin une rançon d’un million de dinars-or, soit l’équivalent de cinq cent mille livres tournois, en échange de la libération du roi de France. Cette humiliation, qui sonna le glas de la septième croisade, resta gravée dans la mémoire populaire égyptienne. La célèbre Maison d’Ibn Luqmân (Dâr Ibn Luqmân), qui était la demeure du cadi de Mansourah, Fakhr Ad-Dîn Ibn Luqmân, et où Louis IX fut détenu après sa capture, enchaîné comme un vulgaire prisonnier, peut encore être visitée aujourd’hui, bien que convertie en musée.

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