Français | عربي | English

Accueil > Grandes Figures de l’Islam > Savants contemporains > Sheikh Muhammad Al-Ahmadî Adh-Dhawahrî

Sheikh Muhammad Al-Ahmadî Adh-Dhawahrî

Un Grand Imâm d’Al-Azhar et un réformateur de son système

mardi 7 août 2001

image 183 x 300
Né en 1878, à Kafr Adh-Dhawahrî, Egypte

Les premiers pas fermes vers la réforme d’Al-Azhar furent accomplis du temps du Khédive Ismacîl. Toutefois, il s’agissait d’une reforme limitée. Elle permit de formaliser le processus d’obtention du plus haut diplôme délivré par Al-Azhar à cette époque « Ash-Shahâdah Al-cÂlamiyyah », en mettant en place un jury, en déterminant le nombre des examinateurs ainsi que les matières sur lesquelles portent les questions du jury.

Puis sous le règne du Khédive cAbbâs, une grande réforme fut lancée, principalement par Sheikh Muhammad cAbduh. Depuis, de nombreuses lois se succédèrent pour mieux organiser l’étude au sein d’Al-Azhar, pour faire évoluer les programmes enseignés, déterminer les diplômes académiques délivrés au long du cursus et mieux gérer l’admission des élèves. Une des lois les plus importantes fut validée en 1930 sous l’Imamat de Sheikh Muhammad Al-Ahmadî Adh-Dhawahrî à la tête de la Mosquée-Université d’Al-Azhar.

Sa Naissance et sa jeunesse

Sheikh Muhammad Al-Ahmadî Ibn Ibrahîm Adh-Dhawahrî naquit en 1878 dans le village de Kafr Adh-Dhawahri. Son père, l’un des plus distingués savants d’Al-Azhar de son époque, accorda beaucoup de soin à l’éducation de son fils et s’en chargea personnellement.

Outre ce qui lui enseignait son père, le jeune Sheikh assistait aux différents cercles de science tenus dans la Mosquée d’Al-Azhar, sans suivre l’enseignement d’un livre précis ou assister exclusivement aux leçons d’un savant donné. Il fit preuve d’une présence assidue dans les assemblées de Sheikh Muhammad cAbduh.

Lorsque Sheikh Muhammad Al-Ahmadî Adh-Dhawahrî sentit que la science avait mûri en lui et qu’il était capable de se tenir devant le jury, il décida de franchir le pas et de se présenter à l’épreuve.

Le jury était extrêmement exigeant et l’épreuve ardue. Ne pouvait réussir qu’une personne qui s’était dépensée avec patience et intelligence dans l’apprentissage des sciences islamiques et l’étude des questions complexes et subtiles. Généralement, l’étudiant se présentait devant un jury composé de grands savants d’Al-Azhar qui se chargeaient de bombarder le candidat de questions relatives à des sciences diverses (Exégèse, Langue Arabe, Hadith, Jurisprudence, Tawhid...) pour évaluer sa maîtrise et sa compréhension.

Dieu voulut que Sheikh Al-Ahmadî Adh-Dhawahrî se présente devant un jury présidé par Sheikh Muhammad cAbduh, qui dirigea le jury à la place de Sheikh Selim Al-Bishri, Grand Imâm d’Al-Azhar à cette époque.

La présence de Sheikh Muhammad cAbduh dans le jury troubla et inquiéta Sheikh Al-Ahmadî. En effet, des différends et des rapports tendus opposaient Sheikh Muhammad cAbduh et le père du candidat, Sheikh Ibrahim Adh-Dhawahrî .

Toutefois, Dieu guida Sheikh Al-Ahmadî vers le succès. Il répondit de façon pertinente et rigoureuse aux questions du jury au point que Sheikh Muhammad cAbduh lui dit : « Par Allâh, tu es plus savant que ton père. S’il y a un rang plus élevé que celui de premier, je te l’aurais accordé ! »

A l’Institut Islamique de Tantâ

A peine le Sheikh eut-t-il obtenu le diplôme Al-cÂlamiyyah avec mention excellent et les félicitations du jury, qu’il fut nommé, par le Grand Imâm d’Al-Azhar, professeur au cycle supérieur de l’Institut d’Al-Azhar à Tantâ. Les talents de Sheikh Al-Ahmadî lui permirent d’accéder à ce poste malgré son jeune âge et la grande renommée de cet Institut, qui est le plus distingué des instituts d’Al-Azhar en province, délivrant le diplôme d’Al-cÂlamiyyah, au même titre que la Mosquée Université d’Al-Azhar au Caire.

Ce jeune professeur était doué. Il attira l’attention et son cercle de science s’élargit avec de plus en plus d’étudiants désireux de profiter de son savoir abondant, l’harmonie de ses exposés et ses qualités pédagogiques. Il compta parmi ses élèves le sheikh précoce et brillant Muhammad Abû Zahrah.

A cette époque, Sheikh Al-Ahmadî composa un ouvrage intitulé Al-cIlm wa Al-cUlamâ’ (la Science et les Savants). Il s’y fit un apôtre de la réforme et critiqua la méthode d’enseignement à Al-Azhar, en marchant sur les pas de son sheikh, Muhammad cAbduh.

Cet ouvrage fit beaucoup de bruit et occasionna des mécontentements. Il déplut au Khédive cAbbâs Hilmî. Sheikh Ash-Shirbîni, Grand Imâm d’Al-Azhar et opposant à ce courant réformiste, ordonna de brûler le livre.

En 1907, le père de Sheikh Al-Ahmadî, Sheikh Ibrahim Adh-Dhawahrî décéda. Il occupait le poste du Grand Sheikh de l’institut de Tantâ. C’était le poste le plus prestigieux, après le poste de Grand Imâm d’Al-Azhar. Sheikh Al-Ahmadî aspira à succéder à son père à la tête de l’Institut Azharite de Tantâ. Les personnalités les plus éminentes de la ville de Tantâ rédigèrent une lettre demandant au Khédive cAbbâs Hilmi de nommer Sheikh Al-Ahmadî au poste qu’occupait son père. Toutefois, l’âge du Sheikh, qui n’avait que trente ans à l’époque, l’empêcha de réaliser cet espoir. On lui proposa alors un poste intermédiaire, celui du Doyen de l’institut. Il refusa cette offre transmise par Ahmad Shafîq Pacha et lui dit : « Je remercie son excellence le Khédive et je vous remercie. Mais ma position est la même : ou bien j’occupe la fonction du Sheikh de l’Institut pour faire la réforme ou bien je reste comme je suis, un enseignant ».

Sheikh Al-Ahmadî retourna au cycle supérieur de l’Institut d’Al-Azhar à Tantâ pour enseigner à ses étudiants les plus grandes références dispensées uniquement aux étudiants préparant Al-cÂlamiyyah d’Al-Azhar. C’est alors que le jeune sheikh, avec un brio remarquable, enseigna l’Abrégé d’Ibn Al-Hâjib en Fondements de la Jurisprudence, l’ouvrage Al-cAqâ’id An-Nasafiyyah en science du Tawhîd (Monothéisme), Dalâ’il Al-Icjâz de cAbd Al-Qâhir en Eloquence, ainsi que Sahîh Al-Bukhârî en science du Hadith

Lorsque le poste de « Sheikh de l’institut de Tantâ » devint vacant en janvier 1914, Sheikh Al-Ahmadî l’occupa, malgré l’opposition de nombreux savants d’Al-Azhar. Sous sa direction, le nouveau bâtiment de l’Institut fut inauguré avec une fête où le Khédive était présent.

Il tenta d’apporter de nombreuses réformes aux programmes scolaires et académiques ainsi que dans le système d’éducation. Toutefois, son plan de réforme fut souvent bridé car son action était conditionnée par l’accord du Conseil Supérieur d’Al-Azhar composé majoritairement par des savants conservateurs, hostiles à la réforme. Il fut alors contraint d’appliquer ses idées pour améliorer l’enseignement dans un cercle plus restreint. Il fonda des associations estudiantines liées à la prédication, la Langue Arabe et le Tawhîd. Il y introduisit ses idées réformatrices et lança un magazine qui devint le porte-parole de l’Institut, exprimant ses activités culturelles.

Lorsque le roi Fou’âd accéda au trône du pays, sa relation avec Sheikh Al-Ahmadî s’arrêta. Des comploteurs qui entourent le roi s’employèrent à envenimer leur relation et à créer une inimitié entre eux. La conséquence de ses rapports tendus se traduisit par la fermeture du cycle supérieur à l’Institut de Tantâ... Ce fut un coup dur visant à rabaisser l’Institut et par la même son Sheikh. Puis, pour écarter Sheikh Al-Ahmadî des hauts postes d’Al-Azhar, un décret royal le muta au modeste Institut de la ville de Asyût en Haute-Egypte, comptant un cycle primaire.

La défense d’Al-Azhar

image 245 x 144

En 1925, des voix s’élevèrent pour appeler à la réforme d’Al-Azhar. Mais, cette fois, certaines voix prêchaient pour mettre Al-Azhar sous la tutelle et le contrôle du Ministère des Connaissances (Ministère de l’Enseignement National). Ainsi le poste de Grand Imâm d’Al-Azhar ne serait plus qu’un titre honorifique, une simple présence dans les cérémonies officielles. L’autorité d’Al-Azhar, son indépendance, son rôle historique et son rang dans le monde musulman étaient en jeu. Sheikh Adh-Dhawahrî se révolta contre cet appel qui représentait selon lui un grand danger pour Al-Azhar. Il dit : « Comment accepterions-nous qu’Al-Azhar soit mis sous la tutelle du Ministère des Connaissances, à l’heure où nous appelons à l’indépendance de l’Université Egyptienne et son éloignement du contrôle de ce Ministère... A moins que le but secret ne soit rien d’autre que la destruction d’Al-Azhar et de son autorité, et par conséquent la suppression de l’autorité religieuse dans le pays ».

En octobre 1929, Sheikh Al-Ahmadî Adh-Dhawahrî devint le Grand Imâm d’Al-Azhar. Beaucoup de personnes ont porté leurs espoirs en lui, avec en perspective son programme de réforme, déjà annoncé dans son livre La Science et les Savants. Le nouveau dirigeant d’Al-Azhar effectua un pas crucial dans la réforme de cette illustre Institution Islamique qui se traduisit essentiellement par la naissance de Facultés spécialisées au sein d’Al-Azhar.

La loi qui fut validée sous son Imamat en 1930 formalisa le cursus d’Al-Azhar. Depuis, le cycle primaire fut constitué de quatre ans et le cycle secondaire de cinq ans. Le cycle supérieur qui existait jusqu’alors fut supprimé et remplacé par trois facultés où l’étude se déroule pendant quatre ans, au terme desquels l’étudiant obtient le diplôme d’Al-cÂlamiyyah. Ainsi naquirent les trois grandes Facultés spécialisées d’Al-Azhar : Faculté des Fondements de la religion, Faculté de la Jurisprudence Islamique et Faculté de la Langue Arabe.

Deux formations supplémentaires étaient possibles : Spécialisation professionnelle qui dure deux ans, effectuée à la faculté de la Langue Arabe pour être enseignant, ou à la Faculté de la législation Islamique pour occuper le poste de juge, ou à la Faculté des Fondements de la Religion pour la prédication. Spécialisation académique. Pendant cinq ans l’étudiant se spécialise dans l’une des branches suivantes : La Jurisprudence et les Fondements (Al-Fiqh wa Al-Usuul), l’Exégèse et le Hadith (At-Tafsîr wa Al-Hadîth), le Monothéisme et la Logique (At-Tawhîd wal-Mantiq), l’Histoire, l’Eloquence et la Littérature ou la Grammaire. Au terme des cinq ans, l’étudiant obtenait le diplôme de la cÂlamiyyah avec le rang de professeur.

Cette loi transféra les étudiants des cercles de science réunis dans la mosquée vers des bâtiments et des salles de cours prévus à cet effet. Chaque faculté était responsable de son programme pédagogique et de la supervision des recherches et études effectuées dans les sciences de sa spécialité. Les cycles primaires et secondaires furent rassemblés dans des Instituts Religieux. Cette loi mit fin à l’ancien système d’enseignement et établit une nouvelle ère dans les études à Al-Azhar.

Le magazine d’Al-Azhar

La réforme de Sheikh Adh-Dhawahrî ne se limita pas à l’amélioration des programmes scolaires ou l’organisation des facultés spécialisées. Il initia en 1930, un magazine culturel diffusant la voix d’Al-Azhar, intitulé La Lumière de l’Islam. Il choisit pour la direction de ce magazine, qui fut appelé plus tard Magazine d’Al-Azhar, Sheikh Muhammad Al-Khidr Husayn, qui occupa plus tard le poste de Grand Imâm d’Al-Azhar.

Par ailleurs, il forma des délégations de savants pour appeler à l’islam et répandre ses principes à l’extérieur du pays. Des délégations partirent en Chine et en Ethiopie.

L’Imâm ne put réaliser tous les espoirs de réforme qu’il avait déjà élaborés dans son livre La Science et les Savants à cause de problèmes politiques. L’opposition organisée par des savants et étudiants d’Al-Azhar s’endurcit et lutta contre ses décisions. La situation devint d’autant plus difficile que le pays fut asphyxié par une forte crise économique. Dans cette situation crispée, les diplômés d’Al-Azhar ne trouvaient pas un travail décent et certains se contentaient de travailler sans rémunération, pour occuper un poste et dans l’espoir d’être payés un jour lorsque la crise se terminera...

La situation devint explosive lorsque le gouvernement, sous la crise, demanda à l’Imam Al-Ahmadî de licencier quelques deux cents savants d’Al-Azhar. Il donna une suite favorable à cette demande et licencia quelques-uns. La crise atteint son paroxysme lorsque l’imam renvoya un certain nombre d’étudiants qui, mécontents de son approche et révoltés contre l’imam, n’observèrent pas les limites de la politesse et du respect qui lui sont dûs. Dans ce climat crispé et face à ces hostilités, Sheikh Al-Ahmadî sentit qu’il ne pouvait œuvrer pour Al-Azhar comme il l’espère. Il démissionna le 26 avril 1935.

Le rang du Sheikh Muhammad Al-Ahmadî Adh-Dhawahrî

Sheikh Adh-Dhawahri fut un disciple de Sheikh Muhammad cAbduh. Il marcha sur les pas de son professeur pour ce qui est de l’approche de l’enseignement. La restructuration d’Al-Azhar est principalement due à l’action de cet Imam qui employa sa vie pour améliorer l’éducation au sein de cette prestigieuse Mosquée-Université séculaire. Il était très strict dans ce qu’il pensait être la vérité, intransigeant dans le respect du règlement et l’application de la loi. Il pensait que l’action paisible et calme est le moyen de faire progresser Al-Azhar. Il était également connu pour son extrême modestie et son ascétisme. Une fois un savant l’appela par le titre « Le Plus Grand Imam », il lui dit : « Je ne suis qu’un sheikh parmi d’autres. Je ne suis que le serviteur d’Allah, Muhammad Adh-Dhawahri. Je ne pense pas que par mon poste je suis le plus grand sheikh d’Al-Azhar. Le plus grand pour moi est le plus noble auprès de Dieu, selon Sa Parole Exalté Soit-Il : « Certes le plus noble parmi vous auprès de Dieu c’est le plus pieux ». Je ne suis qu’un homme au service d’Al-Azhar et ses fils, je ne suis ni son chef, ni plus grand que les autres ».

Répondre à cet article



Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP |
© islamophile.org 1998 - 2019. Tous droits réservés.

Toute reproduction interdite (y compris sur internet), sauf avec notre accord explicite. Usage personnel autorisé.
Les opinions exprimées sur le site islamophile.org sont celles de leurs auteurs. Exprimées dans diverses langues étrangères, ces opinions sont mises à la portée des lecteurs francophones par nos soins, à des fins d'information, de connaissance et de respect mutuels entre les différentes cultures et religions du monde.