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Conclure un contrat de mariage sans représentant légal

mardi 18 février 2003

Question

Une Musulmane a-t-elle le droit de conclure son propre contrat de mariage sans la présence d’un représentant légal (walî) ?

Réponse du Conseil Européen de la Fatwâ et de la Recherche

Le mariage est l’un des contrats les plus importants, car il sous-entend la fondation d’une nouvelle famille, la venue au monde de nouveaux êtres humains, des devoirs et des responsabilités pour les deux conjoints. Etant donné que le mariage est un contrat qui lie les deux époux en tant que partenaires, leur consentement complet est essentiel à son entrée en vigueur. Dieu Tout-Puissant n’a pas permis au représentant légal de la femme (son père ou quelqu’un d’autre) de l’obliger à épouser un homme contre son gré. L’Islam assure en effet à la femme le droit d’accepter ou de refuser toute proposition de mariage.

Ibn `Abbâs — que Dieu l’agrée — affirme qu’une jeune femme alla trouver le Prophète — paix et bénédictions sur lui — pour lui raconter que son père l’avait forcée à se marier. Le Prophète lui laissa le choix entre rester mariée ou annuler le contrat de mariage [1].

Tous les hadiths viennent confirmer ce droit pour la femme. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit : « La vierge ne peut être mariée sans son consentement, ni la femme ayant déjà connu le mariage tant qu’elle n’aura pas exprimé ouvertement son accord. » Il ajouta : « Et c’est le père qui s’enquiert du consentement de la vierge. »

En cela, l’Islam décrète que le mariage doit être construit sur l’amour, la compassion et la miséricorde. Dieu Tout-Puissant affirme : « Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l’amour et de la miséricorde. » [2]

Il semble impossible d’atteindre cette beauté des sentiments lorsque le mariage est établi de force et sous la contrainte. Néanmoins, étant donné que la femme, malgré l’indépendance que l’Islam lui accorde, est souvent sujette aux désirs d’opportunistes mal intentionnés, l’Islam a instauré certaines règles de nature à faire respecter ses droits et dissuader les malveillants.

Par conséquent, l’Islam accorde une grande importance à l’approbation du tuteur de la femme, traduisant ainsi la solennité du contrat de mariage. Cela ajoute une autre dimension à la tranquillité et à l’amour que partage la famille, dans la mesure où la femme restera en de bons termes avec ses parents ou ses tuteurs, contrairement à ce qui pourrait arriver si elle allait contre leur souhait. Dans le cas contraire, c’est l’opposé de ce que l’Islam cherche à accomplir qui prévaudrait.

Malgré le consensus général parmi les savants sur le fait que l’approbation du tuteur de la femme est préférable et favorable, les avis diffèrent quant à savoir si c’est là une condition indispensable à la validité du contrat de mariage :

  1. La majorité des savants estiment que l’approbation du tuteur est une condition sans laquelle le contrat ne serait pas valide, en vertu d’un hadith du Prophète — paix et bénédictions sur lui : « Le mariage de toute femme mariée sans la permission de son tuteur est nul. » Il dit également : « Aucun mariage ne doit avoir lieu sans le tuteur. »
  2. Les disciples de Abû Hanîfah affirment cependant que la permission du tuteur n’est pas une condition, tirant cette conclusion d’un hadith rapporté par Muslim, Abû Dâwûd, At-Tirmidhî, Ibn Mâjah et An-Nasâ’î. Dans ce hadith, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit : « La femme ayant déjà été mariée a le droit de décider pour elle-même, tandis que le consentement de la vierge doit être demandé, une marque de son consentement étant son silence. » Toujours selon la même école, la permission du tuteur devient une condition si la fille n’est pas encore pubère. Par ailleurs, ils affirment que : « Si la femme adulte saine d’esprit se marie (sans la consultation de son tuteur), son mariage est valide si toutes les autres conditions sont remplies. Son tuteur conserve néanmoins le droit de faire appel auprès d’un juge et de requérir l’annulation du contrat. »

Le Conseil Européen de la Fatwâ et de la Recherche conseille à la femme de ne pas mettre à l’écart son tuteur qui recherche le meilleur parti pour elle, à savoir un homme bon plutôt qu’un homme mal intentionné et de mauvaise foi.

Le Conseil recommande également aux pères de faciliter le mariage de leurs filles, de demander leurs avis à propos des prétendants et de ne pas transgresser les droits que l’Islam leur a octroyés. Le Conseil leur rappelle également le hadith du Prophète — paix et bénédictions sur lui : « Si un homme, dont la pratique de la religion et le comportement sont acceptables, vous fait une demande en mariage, acceptez sa demande, sinon le trouble et la corruption se répandront sur terre. »

Par ailleurs, les pères doivent comprendre qu’empêcher leurs filles de se marier constitue une grande injustice, et est formellement interdit par l’Islam. Le Conseil incite les centres islamiques à prendre en considération les règles précédemment citées, car cela est plus sûr et meilleur.

Cependant, si la femme n’a pas de représentant légal, alors un centre islamique doit remplir ce rôle, dans les pays où il n’existe pas de système juridique islamique. Enfin, le Conseil considère que si une femme mature, saine d’esprit, se marie sans l’intervention de son tuteur, alors son mariage est valable.

Puisse Dieu nous guider vers Son droit chemin et nous diriger vers ce qu’Il aime.

P.-S.

Traduit de l’anglais du site Islamonline.net. La version originale est consultable sur archive.org.

Notes

[1Hadith rapporté par l’Imâm Ahmad.

[2Sourate 30, Les Romains, Ar-Rûm, verset 21.

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