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En Compagnie de l’Élu

Les Musulmans et les habitants de La Mecque

jeudi 12 avril 2007

Les Émigrés n’eurent de cesse de penser à La Mecque, leur chère patrie et la terre de leur enfance. Ils y avaient laissé, bien malgré eux, leurs maisons et leurs biens. Ils y avaient aussi laissé leur parentèle et leurs familles à qui ils étaient attachés et pour qui ils ressentaient de la compassion du fait qu’ils persistaient dans le polythéisme. À cela s’ajoutaient le prestige que l’islam conférait à La Mecque, et les honneurs accordés à l’Antique Maison [1], d’autant plus qu’elle était devenue la direction de leurs prières. Mais comment pouvaient-ils y revenir alors que La Mecque demeurait sous l’emprise des Polythéistes sans que les Musulmans n’aient reçu l’ordre de combattre ? Allaient-ils baisser les bras et battre en retraite, alors qu’ils avaient enduré toutes sortes d’épreuves pendant treize années ? Comment cela serait-il possible alors que l’islam n’approuve ni la soumission, ni le désespoir, ni la faiblesse ? Si l’islam interdit l’injutice et l’agression, il ordonne que l’on se défende soi-même ainsi que son honneur, ses biens, sa foi et sa dignité.

D’où l’idée de guetter les caravanes de Quraysh et de s’en emparer en compensation des terres, des maisons et des biens qui leur avaient été confisqués. Ainsi Hamzah Ibn `Abd Al-Muttalib sortit-il à la tête de trente cavaliers parmi les Émigrés en direction de la Mer Rouge où ils trouvèrent Abû Jahl à la tête de trois cents cavaliers. Mais aucun combat n’eut lieu. De même, `Ubaydah Ibn Al-Hârith se rendit à la tête de soixante cavaliers parmi les Émigrés aux puits de la vallée de Râbigh où ils tombèrent sur Abû Sufyân accompagné de deux cents Mecquois. Ils se retirèrent alors sans combat, si ce n’est que l’on rapporta que Sa`d Ibn Abî Waqqâs décocha une flèche ce jour-là ; ce fut la première flèche décochée en islam.

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — mena en personne des expéditions similaires vers Al-Abwâ’, Buwât, Al-`Ushayrah, et Safwân dans les environs de Badr [2]. Par ces expéditions, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — réussit à passer des accords de paix et d’alliance avec les tribus qu’il rencontra sur son chemin telles que les Banû Dumrah et les Banû Mudlaj. Les auteurs de la sîrah désignent ces expéditions sous le terme Ghazawât ou Sarâyâ.

Au mois de Rajab de l’an 2 A.H., le Prophète — paix et bénédictions sur lui — envoya `Abd Allâh Ibn Jahsh à la tête d’un groupe d’Émigrés et lui ordonna d’emprunter la route de Nakhlah [3]. Il lui remit une lettre qu’il ne devait ouvrir que deux jours plus tard, avec pour ordre d’accomplir la mission qui y était consignée et de ne point contraindre ses compagnons de voyage à y participer. Lorsque `Abd Allâh Ibn Jahsh ouvrit la lettre, il trouva l’injonction suivante : « Après lecture de cette lettre, rends-toi à Nakhlah, guettes-y les Quraysh et rapporte nous leurs nouvelles. » Il en informa ses compagnons et leur dit qu’ils n’étaient pas obligés de le suivre. Ils partirent tous avec lui sauf Sa`d Ibn Abî Waqqâs et `Utbah Ibn Ghazwân. Ces derniers durent partir sur la trace d’un de leurs chameaux qui s’était échappé et furent capturés par les Quraysh. Cet épisode eut lieu à la fin du mois sacré de Rajab.

Pendant qu’ils étaient en poste, ils virent passer une caravane appartenant aux Quraysh et se rappelèrent ce que ces derniers leur avaient fait subir. Après une longue hésitation, ils assaillirent la caravane, tuèrent un homme, en capturèrent deux autres et s’emparèrent de la caravane avant de s’en retourner à Médine. Lorsque le Prophète — paix et bénédictions sur lui — les vit arriver, il leur dit : « Je ne vous ai point ordonné de combattre. » Les Musulmans les blâmèrent et leur reprochèrent leur geste.

Les Quraysh en profitèrent pour faire courir le bruit que Mohammad et ses disciples avaient profané le mois sacré et s’y étaient rendu responsable d’une effusion de sang, et d’une prise de butin et de captifs. Les Musulmans rétorquèrent que ces événements s’étaient déroulés pendant le mois de Sha`bân, et que le mois de Rajab s’était écoulé au moment des faits. Puis, Dieu — Exalté soit-Il — révéla Sa parole : « Ils te questionnent sur le mois sacré : Peut-on y combattre ? Réponds : Combattre en ce mois est grave, mais écarter du sentier de Dieu, être infidèle à Dieu et à la mosquée sainte et en chasser ceux qui y sont est plus grave encore devant Dieu. Persécuter est plus grave que tuer. Ils ne cesseront pas de vous combattre qu’ils ne vous aient détournés de votre religion s’ils le peuvent. Mais ceux parmi vous qui se détournent de leur religion et meurent en incroyants, leurs actes sont vains en cette vie et dans l’autre. Ils seront pour toujours les hôtes du feu. » [4] expliquant que si le combat pendant le mois sacré constitue une trangression grave, il est des choses encore plus graves. L’obstruction du chemin de Dieu et la mécréance, ainsi que l’interdiction d’accès à la Mosquée Sacrée et l’expulsion de ses habitants et la persécution des gens afin qu’ils abjurent leur religion constituent des transgressions bien plus graves au regard de Dieu.

Les Musulmans se sentirent soulagés par la révélation coranique. Les Quraysh proposèrent une rançon contre la libération de leurs deux captifs. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — exigea que Sa`d Ibn Abî Waqqâs et `Utbah Ibn Ghazwân soient libérés en échange de la libération des deux captifs en question. Cet événement marqua les esprits de Quraysh : les Musulmans constituaient désormais une force non négligeable et représentaient une menace sur le chemin de leurs caravanes.

P.-S.

Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Yâsîn Rushdî, Fî Rihâb Al-Mustafâ (En Compagnie de l’Élu), disponible au format PDF sur le site Mouassa.org.

Notes

[1Al-Bayt Al-`Atîq, ou l’Antique Maison, désigne le sanctuaire mecquois. NdT.

[2Cette expédition est aussi connue sous le nom de la « petite bataille de Badr » (Ghazwat Badr As-Sughrâ).

[3Nakhlah est une localité entre At-Tâ’if et La Mecque.

[4Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 217.

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