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L’Islam et l’esclavage

dimanche 1er janvier 2006

Cette question controversée est sans doute la plus vicieuse sur laquelle jouent les communistes pour ébranler les croyances musulmanes chez les jeunes. Si l’Islam convenait à toutes les époques — comme le prétendent ses prédicateurs —, alors il n’aurait pas permis l’esclavage. Le fait qu’il ait permis l’esclavage constitue une preuve catégorique que l’Islam est apparu pour une période limitée dans le temps, qu’il a accompli son rôle et qu’il appartient désormais à l’histoire !

La jeunesse musulmane est elle-même habitée par des doutes. Comment l’Islam a-t-il permis l’esclavage ? Comment cette religion, indubitablement révélée par Dieu, indubitablement vraie, indubitablement apparue pour le bonheur de l’humanité entière, toutes générations confondues, a-t-elle permis l’esclavage ? Comment cette religion, fondée sur l’égalité parfaite, renvoyant l’intégralité du genre humain à une seule et même origine, et traitant tous les hommes sur un même pied d’égalité, en vertu de leur origine commune, a-t-elle intégré l’esclavage dans son système et légiféré à son sujet ? Dieu veut-Il que les hommes se subdivisent pour l’éternité en deux catégories : les maîtres et les esclaves ? Est-ce là Sa Volonté sur terre ? Dieu accepte-t-Il que le genre humain qu’Il a honoré en déclarant « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam » [1] devienne en partie une marchandise que l’on vend et que l’on achète, à l’instar des esclaves ? Et si Dieu n’accepte pas cela, pourquoi Son Noble Livre ne mentionne-t-il pas alors clairement l’abolition de l’esclavage, comme il a mentionné la prohibition du vin, des jeux de hasard, de l’usure et des autres péchés défendus par l’Islam ?

La jeunesse croyante sait pertinemment que l’Islam est la religion de vérité, mais elle est à l’image d’Abraham auquel « Dieu dit : "Ne crois-tu pas encore ?" "Si ! répond Abraham, mais pour que mon coeur soit rassuré" [2].

La jeunesse dont la colonisation a corrompu l’esprit et les croyances, quant à elle, ne prend pas le temps d’examiner la réalité des choses. Dominée par ses passions, elle décide sans la moindre analyse critique que l’Islam est un système périmé ayant épuisé toutes ses ressources.

Les communistes, pour leur part, se font les parangons de foutaises « scientifiques » qu’ils reçoivent de leurs maîtres, là-bas, et qui leur permettent de s’enfler d’orgueil, croyant avoir découvert la vérité immuable et éternelle, au-dessus de laquelle nul doute ne saurait planer [3]. C’est ce matérialisme dialectique, qui divise l’existence humaine en grandes étapes économiques auxquelles il serait impossible de se soustraire : le communisme primitif, l’esclavage, la féodalité, le capitalisme et enfin, le communisme final, ultime étape avant la fin du monde. L’ensemble des croyances, systèmes et doctrines qu’a connues l’humanité ne seraient que le reflet de la situation ou de l’ère économiques à laquelle ils sont apparus. Ils conviendraient ainsi à cette ère, et seraient adaptés à sa conjoncture économique, mais ne sauraient convenir à l’étape suivante qui s’appuie sur de nouveaux fondements économiques, en conséquence de quoi, il n’existerait strictement aucun système capable de convenir à toutes les générations humaines.

Si l’Islam est apparu alors que le monde était en pleine transition entre l’ère esclavagiste et l’ère féodale, alors nécessairement, ses lois, ses doctrines et ses systèmes étaient adaptés à cette étape du développement historique : il reconnaît ainsi l’esclavage et autorise la féodalité. L’Islam ne pouvait devancer le développement économique, ni apporter un nouveau système dont les potentialités économiques n’étaient pas encore prêtes. Mais pourquoi donc ?, serait-on tenté de demander. Parce que Karl Marx a dit que c’était impossible.

À ce stade, nous aimerions replacer le problème dans sa réalité historique, sociologique et psychologique, loin de la poussière que veulent remuer les uns et les autres. Une fois que nous aurons abouti à une vérité objective, il n’y aura plus lieu de se soucier des prétentions déviantes ni des « savants » imposteurs !

Nous regardons aujourd’hui l’esclavage depuis le prisme du XXe siècle. Nous le regardons à la lumière des atrocités commises dans le monde de l’esclavagisme et des traitements barbares et monstrueux que l’histoire nous a consignés sous l’Empire romain en particulier. Nous regardons alors l’esclavage avec épouvante, et nos sentiments ne parviennent à supporter l’idée que cette forme de traitement puisse être légitimée ou entérinée par une religion ou un système quelconque. Ces réactions de dégoût et de dénonciation s’emparent de nous et nous font nous demander : Comment l’Islam a-t-il permis l’esclavage, alors que toutes ses recommandations et toutes ses lois avaient pour but de libérer l’humanité de toute servitude, quelle qu’en soit la forme ? Dans la chaleur de notre réaction, nous souhaitons instamment que l’Islam ait reposé nos cœurs et nos esprits de cette tourmente, en interdisant explicitement et sans détour l’esclavage.

À ce niveau, une halte historique s’impose...

L’histoire de l’Islam n’a jamais connu les atrocités de l’esclavage romain dans le monde antique. Un simple coup d’œil sur la situation des esclaves dans l’Empire romain suffit à mettre en exergue la gigantesque avancée opérée par l’Islam au bénéfice des esclaves, et ce, même si l’on suppose — à tort — qu’il n’a pas œuvré à leur libération !

Pour les Romains, les esclaves étaient des objets, non des humains, des objets qui n’avaient strictement aucun droit, mais qui croulaient sous le poids de leurs corvées. Mais avant tout, d’où provenaient ces esclaves ? Ils provenaient des guerres, non pas de guerres menées au nom d’une idée ou d’un principe, mais au nom de la volonté de soumettre et d’exploiter les autres peuples pour la gloire de Rome. Afin que le Romain puisse mener une vie de luxe et de faste, profitant de thermes frais ou chauds, se pavanant dans de riches habits, goûtant à des mets aussi délicats que variés, afin qu’il puisse s’immerger dans cette luxure obscène faite de vin, de femmes, de danses, de fêtes et de festivals, il fallait nécessairement que d’autres peuples soient asservis et que leur sang soit sucé. L’Égypte constitue à cet égard un exemple édifiant, du temps où elle était une province romaine et avant que l’Islam ne vienne la sauver du joug de la tyrannie : elle n’était en effet qu’un grenier à blé et une source de revenus pour l’Empire.

C’est pour combler ces desseins pervers que l’impérialisme romain et l’esclavage qui en a découlé ont existé. Comme nous l’avons déjà évoqué, les esclaves étaient des objets privés du statut et des droits des êtres humains. Ils travaillaient dans les champs, enchaînés de telle sorte qu’ils ne puissent s’échapper. Ils étaient nourris, non pas parce que — comme les animaux et les végétaux — ils avaient le droit de satisfaire leur besoin de nourriture, mais parce qu’ils devaient rester en vie pour continuer à travailler. Au cours de leur travail, ils étaient dirigés au fouet, satisfaisant ainsi le sadisme pervers de leur maître ou de son représentant qui prenaient plaisir à les torturer. Le soir, ils dormaient dans de sombres « cellules » nauséabondes infestées d’insectes et de rats. Ils y étaient jetés par dizaines, au point qu’ils pouvaient se retrouver entassés à cinquante dans la même cellule, tous enchaînés, sans le moindre espace d’intimité tel celui qu’on accorde aux vaches dans l’étable.

Mais l’horreur suprême était quelque chose d’encore bien plus atroce, qui soulignait davantage la nature sauvage du Romain antique, et que l’Européen moderne a hérité de lui dans les moyens de colonisation et d’exploitation. Il s’agit des arènes de combat entre gladiateurs qui s’entretuaient au glaive et à la lance. Ces festivals figuraient parmi les préférés des Romains. Les maîtres, auxquels se joignait parfois l’Empereur, se rassemblaient pour regarder les esclaves qui s’entredéchiraient au glaive et à la lance dans des combats à mort. La joie des spectateurs atteignait alors son paroxysme, les gosiers hurlant des ovations, les mains applaudissant de manière nourrie, avec des rires de bonheur sincère et profond, dès lors que l’un des gladiateurs terrasse son compère, et le laisse gisant, sans vie !

Telle était la situation des esclaves dans l’Empire romain. Nous n’avons guère besoin de nous étendre sur le statut juridique des esclaves d’alors, ni sur le droit incontestable du maître de tuer, de torturer ou d’exploiter son esclave, sans que ce dernier n’ait le droit de s’en plaindre, ni qu’il existe une partie susceptible d’examiner ou de reconnaître cette plainte. Ce ne sont là que de futiles détails après tout ce que nous venons de raconter.

Même si le traitement des esclaves en Perse, en Inde ou dans d’autres contrées différait de ce qui se pratiquait dans l’Empire romain en termes d’horreurs plus ou moins prononcées, il ne différait guère en termes de bafouement total de la dignité humaine, et d’exploitation consistant à faire porter aux esclaves les plus lourdes corvées, sans leur accorder de compensation.

Puis l’Islam est venu...

Il est venu rendre leur humanité à ces humains. Il est venu dire aux maîtres au sujet de leurs esclaves : « Vous êtes les uns des autres ». Il est venu déclarer : « Quiconque tuera son esclave, nous le tuerons. Quiconque rasera son esclave, nous le raserons. Quiconque émasculera son esclave, nous l’émasculerons » [4]. Il est venu décréter l’unicité de l’origine, de la nature et du devenir de l’humanité : « Vous êtes les enfants d’Adam, et Adam a été créé d’argile ». Il est venu établir qu’un maître n’a aucun mérite sur son esclave, parce que l’un est maître et l’autre esclave. Le seul critère de mérite est désormais la piété : « Un Arabe n’a strictement aucun mérite sur un non-Arabe, pas plus qu’un non-Arabe n’en a sur un Arabe, ni un Noir sur un Blanc, ni un Blanc sur un Noir, si ce n’est par la piété » [5].

L’Islam est venu ordonner aux maîtres de bien traiter leurs esclaves : « Soyez bons envers vos père et mère, vos proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les esclaves en votre possession, car Dieu n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant. » [6] Il est venu établir que la relation entre les maîtres et les esclaves n’était pas une relation d’arrogance et d’asservissement, ni une relation d’exploitation et d’humiliation, mais une relation familiale et fraternelle. Les maîtres sont désormais la famille de la servante, si bien que toute demande en mariage doit leur être adressée : « Vous pouvez épouser une femme parmi celles de vos esclaves croyantes. Dieu connaît mieux votre foi, car vous êtes les uns des autres. Et épousez-les avec l’autorisation de leur famille et faites-leur don d’une dot convenable » [7]. Les esclaves sont désormais les frères des maîtres : « Vos esclaves sont vos frères. Quiconque dispose de l’un de ses frères doit le nourrir de ce dont il se nourrit lui-même et le vêtir de ce dont il se vêt lui-même. Ne leur demandez pas ce qui dépasse leur capacité. Et si vous le faîtes, alors aidez-les » [8].

Dans un souci supplémentaire de ménager les sentiments des esclaves, le noble Messager — paix et bénédictions sur lui — ajoute : « Que nul d’entre vous ne dise : Voici mon serviteur ou voici ma servante ! Mais qu’il dise : Mon garçon et ma fille ! » Fort de cette sentence, Abû Hurayrah interpela un homme qui était sur une monture tandis que son serviteur courait à pied derrière lui : « Fais-le monter derrière toi, car il est ton frère et son âme est comme la tienne ! »

Ce n’était pas tout. Avant de passer à l’étape suivante, nous devons en effet consigner le gigantesque saut opéré par l’Islam envers les esclaves au cours de cette première étape.

Les esclaves n’étaient plus des objets. Ils sont devenus des humains avec une âme identique à celle des maîtres. Les autres nations considéraient alors sans exception que les esclaves étaient une race différente de la race des maîtres et qu’ils avaient été créés pour être asservis et humiliés. En conséquence, ces maîtres n’éprouvaient pas le moindre scrupule à tuer les esclaves, à les torturer, à les brûler ou à les exploiter dans les sales besognes et les travaux forcés. Partant de ce constat, l’Islam a élevé les esclaves au statut de digne fraternité avec leurs maîtres, non pas dans un monde idéalisé et utopique, mais dans le monde réel.

L’histoire — que nul n’a pu renier, pas même les plus fanatiques auteurs européens — témoigne que le traitement des esclaves aux premiers temps de l’Islam a atteint un niveau d’humanité tel qu’il n’a jamais été atteint par ailleurs, au point que les esclaves affranchis refusaient de quitter leurs anciens maîtres — alors qu’ils en étaient parfaitement capables après s’être libérés financièrement et avoir pris l’habitude de se prendre en charge eux-mêmes — parce qu’ils les considéraient comme leur famille, auxquels ils étaient liés par des liens non moins forts que les liens du sang ! L’esclave était désormais un être humain à part entière dont la dignité était protégée par la loi, et à laquelle nul ne pouvait attenter ni par le verbe ni par l’action. Pour ce qui est du verbe, le Prophète a en effet interdit aux maîtres de rappeler à leurs esclaves qu’ils sont des esclaves. Il leur a ordonné de leur parler d’une manière qui leur fasse sentir l’amour familial et qui leur fasse oublier leur statut d’esclaves. Dans le cadre de ces directives, le Prophète leur dit : « Dieu les a mis en votre possession. Et s’Il le voulait, c’est vous qu’il aurait mis en leur possession ». Ainsi, ce ne sont que des vicissitudes contingentes qui ont fait de ces êtres des esclaves. Il était donc parfaitement possible qu’ils soient eux-mêmes maîtres de ceux qui le sont aujourd’hui ! Par cette sentence, le Prophète réduit à néant l’arrogance des maîtres et les renvoie à la fibre humaine qui les relie tous et à l’amour qui doit gouverner leurs relations les uns les autres. Quant à l’agression physique des esclaves, sa sanction explicite est le talion : « Quiconque tue son esclave, nous le tuerons ». Il s’agit d’un principe univoque d’égalité humaine entre les esclaves et les maîtres. Ce principe établit également de manière explicite les garanties qui entourent l’existence de cette catégorie de gens, dont le statut contingent ne saurait les exclure de leur authentique nature humaine. Ces garanties sont complètes et atteignent un niveau auquel n’a su prétendre aucune législation sur l’esclavage, tout au long de l’histoire, aussi bien avant qu’après l’avènement de l’Islam. Ainsi, le seul fait de gifler un esclave alors que rien ne justifie sa correction — sachant que la correction ne doit pas enfreindre la limite de ce que le maître se permet d’administrer à ses propres enfants — constitue un motif légal pour son affranchissement.

Passons maintenant à l’étape suivante, celle de la libération effective...

L’étape précédente constituait en réalité une libération morale des esclaves : ceux-ci étaient réintégrés à l’humanité et étaient traités avec la dignité originelle qu’ils partageaient avec les maîtres ; c’étaient des circonstances contingentes qui privaient les esclaves de leur liberté extérieure à interagir directement avec la société. Mais mis à part ce point, les esclaves pouvaient jouir de tous les droits humains.

Mais l’Islam ne s’arrêta pas là, car sa base fondamentale et suprême est l’égalité complète entre les hommes, ce qui signifie la libération complète de tous les hommes. Par conséquent, il œuvra de manière effective à la libération des esclaves, et ce, par deux grands moyens : le `itq ou affranchissement gratuit et la mukâtabah ou contrat d’affranchissement.

Le `itq désigne l’affranchissement volontaire et gratuit, de la part des maîtres, des esclaves qu’ils possèdent. L’Islam a vivement incité à ce type d’affranchissement. En affranchissant ses esclaves, le noble Messager — paix et bénédictions sur lui —, était à cet égard le modèle de premier plan, imité par ses Compagnons. Abû Bakr dépensait ainsi des sommes considérables pour acheter des esclaves de leur maîtres qurayshites païens, puis les affranchissait et leur redonnait leur liberté. Quand les ressources budgétaires le permettaient, le Trésor Public achetait également des esclaves de leurs propriétaires et les libérait. Yahyâ Ibn Sa`îd raconte ainsi : « `Umar Ibn `Abd Al-`Azîz m’a envoyé en Tunisie en tant que responsable du Trésor Public. Après avoir collecté les impôts, j’ai fait quérir des pauvres auxquels seraient redistribuées les sommes perçues. Mais nous n’avons trouvé aucun pauvre, ni personne pour récupérer tout cet argent. `Umar Ibn `Abd Al-`Azîz avait enrichi les gens. J’ai alors employé ces sommes à l’achat d’esclaves que j’ai affranchis ».

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — affranchissait également les esclaves qui enseignaient la lecture et l’écriture à dix Musulmans, ou qui rendaient un service similaire aux Musulmans.

Le Noble Coran a par ailleurs décrété que l’expiation de certains péchés était l’affranchissement d’esclaves. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — incitait en outre à affranchir des esclaves pour expier n’importe quelle faute qu’un homme pouvait commettre, et ce, dans l’optique de libérer le plus grand nombre possible, sachant que les péchés ne cessent jamais, et que l’être humain est par nature pécheur, comme le rappelle le Messager. Il convient ici de porter une attention toute particulière à l’une de ces expiations, en raison de sa signification dans le regard que porte l’Islam sur l’esclavage. L’Islam décrète que l’expiation de l’homicide involontaire requiert le paiement d’un prix du sang à la famille de la victime et la libération d’un esclave : « Quiconque tue par erreur un croyant, qu’il affranchisse alors un esclave croyant et remette à sa famille le prix du sang » [9]. La victime tuée par erreur est une âme humaine que sa famille et que la société dans son ensemble ont injustement perdue. Pour cette raison, l’Islam établit deux types de dédommagements : le dédommagement de la famille avec le prix du sang qui doit leur être payé, et le dédommagement de la société avec la libération d’un esclave croyant. La libération d’un esclave reviendrait en quelque sorte à donner la vie à une âme humaine, qui vient remplacer celle qui a été involontairement tuée. En poussant la comparaison, on est amené à la conclusion qu’au regard de l’Islam, l’esclavage est, d’une certaine façon, une mort. Ainsi, malgré toutes les garanties dont l’Islam entoure le statut des esclaves, il profite de la moindre occasion pour redonner vie à ces esclaves en les libérant de leur servitude.

L’histoire relate qu’un nombre incommensurable d’esclaves ont été libérés à travers cet affranchissement gratuit, et que ce nombre incommensurable ne trouve pas son pareil dans l’histoire des autres nations, ni avant l’Islam, ni plusieurs siècles après, jusqu’au début de l’ère moderne. Par ailleurs, les mobiles de leur affranchissement étaient purement humains, et découlaient des consciences individuelles qui désiraient gagner l’Agrément de Dieu, rien d’autre que l’Agrément de Dieu.

Quant à la mukâtabah, elle consiste à accorder à l’esclave sa liberté lorsqu’il la demande de son propre chef, moyennant une somme d’argent convenue entre le maître et l’esclave. L’affanchissement est dans ce cas obligatoire : le maître ne peut ni le refuser ni le reporter, dès lors que la somme d’argent convenue lui a été versée. En cas de problème, l’État (représenté par le juge ou par le dirigeant) intervient pour exécuter de force le contrat d’affranchissement et donner la liberté à son demandeur.

La légifération de la mukâtabah a réellement ouvert les portes de la libération des esclaves en Islam, puisqu’elle permet à l’esclave qui veut recouvrer sa liberté de s’affranchir, sans attendre que son maître le libère gratuitement à une occasion qui pourrait survenir, ou qui pourrait ne jamais survenir au fil des jours et des années.

Dès le premier instant où l’esclave demande ce contrat d’affranchissement — que le maître ne peut refuser du moment que sa libération ne présente pas de danger pour la sécurité intérieure de l’État islamique —, tout le travail qu’il effectuera désormais pour son maître sera rémunéré. Ou alors, il aura la possibilité, s’il le souhaite, de travailler à l’extérieur pour réunir la somme convenue pour le rachat de sa liberté.

Cette voie fut celle empruntée par l’Europe au XIVe siècle, soit sept siècles après que l’Islam l’eut initiée. Néanmoins, une différence majeure distingue l’Islam : la prise en charge par l’État des esclaves demandant une procédure d’affranchissement, et ce, en sus des efforts gigantesques consentis par l’Islam pour affranchir les esclaves gratuitement, sur la base d’un volontariat individuel visant à se rapprocher de Dieu et à Le servir avec loyauté.

Le verset qui désigne les ayant-droits de l’aumône légale (zakâh) dit la chose suivante : « Les aumônes ne sont destinées que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, [...] pour l’affranchissement des esclaves » [10]. Ainsi, il est clairement établi que le Trésor Public doit employer l’aumône légale, entre autres à aider les esclaves désireux de s’affranchir de racheter leur liberté, si eux-mêmes sont incapables de le faire avec leurs propres économies.

L’Islam a donc été l’auteur d’une considérable et réelle avancée dans la libération des esclaves. Il a été en avance d’au moins sept siècles sur tout le développement historique. En plus de ce développement, il s’est distingué par d’autres éléments — comme les garanties assurées par l’État — auxquels le monde n’a commencé à s’intéresser qu’au début des temps modernes, ainsi que par des éléments que le monde ignore toujours, que ce soit au niveau du bon traitement des esclaves ou de l’affranchissement volontaire et gratuit, sans aucune contrainte d’ordre économique ou politique, à l’instar de celles qui ont obligé l’Occident à libérer les esclaves, comme nous l’expliquerons par la suite.

Ainsi tombent les foutaises prétendûment savantes des communistes, selon lesquelles l’Islam est un maillon parmi d’autres du développement économique, apparu au moment où il devait apparaître, et obéissant aux lois du matérialisme dialectique. Or voici que l’Islam a été en avance de sept siècles sur l’époque à laquelle il était censé apparaître. Des foutaises selon lesquelles également tout système — y compris l’Islam — n’est que le reflet du stade auquel est parvenu le développement économique au moment de son avènement, de sorte que toutes ses doctrines et conceptions sont en adéquation avec ce stade de développement, sans pour autant le préceder ni même être en mesure de le précéder. Ainsi en a décidé l’esprit infaillible qui ne peut se fourvoyer, l’esprit de Karl Marx — que sa mémoire soit sanctifiée ! Mais voici que l’Islam ne s’est pas inspiré des systèmes économiques en vigueur alors dans la Péninsule arabique ou dans le reste du monde, que ce soit au niveau des esclaves, du partage des richesses, de la relation entre le gouvernant et le gouverné ou du patron et du salarié. Il définissait en revanche ses propres systèmes socio-économiques, de manière indépendante et inédite. Et sous plusieurs de ses aspects, il se distingue encore de manière unique sur toute l’histoire de l’humanité.

Se pose alors la question qui intrigue les esprits et les consciences : puisque l’Islam a commis autant d’avancées vers la libération des esclaves, et puisqu’il a précédé le monde entier en ce sens, de manière volontaire, sans qu’il y soit obligé ni contraint, alors pourquoi n’a-t-il pas fait le dernier pas décisif, en déclarant sans ambages et de la manière la plus explicite qui soit, l’abolition principielle de l’esclavage ?

Pour répondre à cette question, il nous faut appréhender des réalités sociologiques, psychologiques et politiques qui ont entouré le thème de l’esclavage, et qui ont poussé l’Islam à poser les principes propres à la libération des esclaves, puis à les laisser agir d’eux-mêmes sur le long terme.

Nous devons tout d’abord rappeler que la liberté ne s’octroie pas mais se gagne. Contrairement aux illusions de certains, un simple décret abolissant l’esclavage n’est pas de nature à libérer les esclaves. L’expérience américaine dans la libération des esclaves par un simple coup de crayon d’Abraham Lincoln est la meilleure preuve de ce que nous avançons. Les esclaves libérés extérieurement par Lincoln au moyen d’une loi, n’ont pas supporté le poids de leur liberté : ils sont revenus chez leurs maîtres les priant de les accepter en tant qu’esclaves comme ils l’ont toujours été. Car, intérieurement, ils ne s’étaient pas encore eux-mêmes libérés.

Cela peut paraître étrange, mais tout paraît plus clair lorsqu’on examine le problème à la lumière des réalités psychologiques. La vie est une question d’habitudes, et ce sont les conjonctures traversées par l’homme qui façonnent ses sentiments, ses sensations et ses facultés psychiques. La psychologie d’un esclave diffère de la psychologie d’un homme libre, non pas parce que le premier serait issu d’une race inférieure, comme le pensaient les Anciens, mais parce que sa vie d’asservissement permanent a façonné ses facultés psychiques de telle sorte qu’elles soient adaptées à la conjoncture qu’il traverse. Ainsi, se développera en lui jusqu’à son paroxysme le sens de l’obéissance, tandis que s’inhiberont jusqu’à leur paroxysme le sens de la responsabilité et l’aptitude à assumer les conséquences de ses actes.

L’esclave sait accomplir beaucoup de choses lorsque son maître le lui demande. Il n’a en effet qu’à obéir et à exécuter les ordres. Mais il ne sait rien faire de lui-même, même les choses les plus banales, dès lors que c’est lui qui doit en porter la responsabilité. Non pas qu’il en soit physiquement incapable, ni parce que son esprit est incapable de comprendre ces choses, mais parce que, psychologiquement, il ne parvient pas à en assumer les conséquences. Il s’imagine tout un tas de périls fantasmés et de problèmes insolubles devant lesquels il fuit de peur d’avoir à les affronter.

Les observateurs attentifs de la vie égyptienne — et orientale en général —, au cours des dernières décennies, pourront retrouver les traces de cet asservissement qui ne dit pas son nom, et qu’a instillé le colonialisme machiavélique dans les âmes des Orientaux dans le but de les asservir à l’Occident. Ils pourront les retrouver à travers tous ces projets suspendus ou abandonnés, et que n’a suspendu le plus souvent que la peur d’en assumer les résultats. Ou ces projets qui ont été étudiés mais que les gouvernements refusent de réaliser avant d’avoir fait venir un expert anglais ou américain, qui puisse les décharger de la responsabilité dudit projet et qui donnera son feu vert pour la réalisation. Ou encore cette terrifiante paralysie administrative qui plane sur les fonctionnaires et qui enchaîne leur capacité productive à une routine cristallisée ; nul fonctionnaire ne peut en effet faire autre chose que ce que lui a ordonné son maître, « Monsieur » le haut-fonctionnaire, qui lui-même ne sait rien faire d’autre qu’obéir à son maître, « Monsieur » le Ministre. Non pas que les uns ou les autres ne soient pas capables d’agir de leur propre chef, mais parce que leur sens de la responsabilité est inhibé, alors que leur sens de l’obéissance est démesuré. Ils sont ainsi tout ce qu’il y a de plus ressemblant avec des esclaves, même si, officiellement, ce sont des hommes libres.

C’est donc cet état psychologique qui asservit l’esclave. C’est bien entendu un état contingent, qui s’est développé à partir de conjonctures extérieures, mais qui, au fil du temps, est devenu indépendant, a pris une existence qui lui est propre, à l’instar du rameau d’un arbre qui, en touchant la terre, développe ses propres racines et prend son indépendance vis-à-vis de la plante-mère. Cet état psychologique ne peut être balayé par un décret politique abolissant l’esclavage. C’est de l’intérieur qu’il doit être métamorphosé, et ce, en créant de nouvelles conjonctures permettant aux sentiments de prendre une toute autre direction, en développant chez l’esclave ses facultés inhibées, et de bâtir un être humain sainement constitué, à partir de l’être déshumanisé qu’il était.

Et c’est ce qu’a fait l’Islam...

L’Islam a commencé par exiger le bon traitement des esclaves, car rien d’autre qu’un bon traitement ne peut rendre son équilibre à une psychologie déviante. Il s’agit de lui rendre son estime afin qu’elle prenne conscience de son humanité et de sa dignité propre. Dès lors que cela se réalise, elle ressent d’elle-même le goût de la liberté et n’en est pas rebutée comme l’ont été les esclaves américains fraîchement libérés.

L’Islam poussa le bon traitement et la réhabilitation de la dignité humaine des esclaves à un point incroyable, illustré par les versets du Coran et les enseignements du Messager que nous avons cités précédemment et que nous nous apprêtons à étayer ci-dessous par des exemples très concrets.

Le Messager — paix et bénédictions sur lui — scellait des liens fraternels entre certains esclaves et certains notables arabes. Il conclut ainsi des liens fraternels entre Bilâl Ibn Rabâh et Khâlid Ibn Ruwayh Al-Khath`amî, entre son esclave affranchi Zayd et son oncle Hamzah, ou encore entre Khârijah Ibn Zayd et Abû Bakr. Cette fraternisation constituait un véritable lien, non moins puissant que les liens du sang, et donnait des droits en matière d’héritage.

Ce n’était pas tout...

Le Prophète maria également sa cousine Zaynab Bint Jahsh à son esclave Zayd. Le mariage est en réalité une question délicate, notamment pour la femme. Une femme acceptera d’épouser un homme d’un plus haut niveau social, mais elle refusera que son mari soit issu d’une catégorie sociale inférieure. Elle ressentirait cela comme une atteinte à sa dignité et à son orgueil. Mais le Messager de Dieu — paix et bénédictions sur lui — voulait établir une signification bien plus profonde : il voulait extirper les esclaves des tréfonds vers lesquels ils ont été précipités par une humanité injuste et les élever au rang des plus illustres notables arabes qurayshites.

Ce n’était pas tout non plus...

Le Messager envoya Zayd à la tête d’une armée dont les soldats n’étaient autres que des notables arabes parmi les Muhâjirûn et les Ansâr. Lorsqu’il fut tué, il désigna son fils, Usâmah Ibn Zayd, à la tête de l’armée, une armée qui comptait dans ses rangs Abû Bakr et `Umar, les deux ministres et successeurs du Prophète, futurs Califes de la Communauté musulmane. Ainsi, le Prophète n’octroyait pas seulement aux esclaves un statut d’égalité humaine ; il leur donnait également le droit de diriger et de gouverner des hommes libres.

Il en vint ainsi à déclarer : « Obéissez aux ordres même si vous êtes gouvernés par un esclave noir abyssin, dont la tête ressemble à un raisin sec, du moment qu’il vous dirige selon le Livre de Dieu — Exalté soit-Il — » [11]. Il accorda ainsi aux esclaves et aux affranchis le droit d’accéder à la plus haute fonctions de l’État, celle du dirigeant de la Communauté musulmane. `Umar dit au moment où il devait préparer sa succession : « Si Sâlim, l’affranchi de Abû Hudhayfah, était encore parmi nous, je l’aurais nommé à ma succession ». Le Calife réaffirma ainsi les principes énoncés par le Messager — paix et bénédictions sur lui —.

À une autre occasion, `Umar montra l’exemple de la plus belle des manières, en ce qui concerne le respect des esclaves et des affranchis. Bilâl Ibn Rabâh s’opposa à lui avec virulence sur la question de la répartition du butin. `Umar ne trouva rien d’autre à dire que d’implorer : « Seigneur, préserve-moi de Bilâl et de ses partisans ! » Lui, le Calife qui pouvait, s’il le voulait, ordonner et être obéi.

Ces modèles apportés par l’Islam avaient pour but de libérer les esclaves de l’intérieur, comme nous l’avons déjà répété au début de ce chapitre, afin que l’esclave prenne conscience de son individualité et réclame de lui-même sa liberté. C’est là la véritable garantie de la libération des esclaves.

Il est vrai que l’Islam a encouragé l’affranchissement gratuit et l’a prôné par tous les moyens. Mais cela faisait en soi partie de l’éducation psychologique des esclaves, afin qu’ils ressentent qu’il leur est possible de regagner leur liberté et de jouir de tous les droits réservés aux maîtres. Ainsi se développe en eux la volonté de retrouver la liberté et d’en assumer les conséquences. Dès lors, l’Islam s’empresse de la leur accorder, car ils en sont devenus dignes, aptes à la préserver.

La différence est grande entre ce système qui encourage les hommes à demander la liberté, leur donne les moyens d’y parvenir puis, la leur accorde à l’instant où ils la demandent de leur propre chef, et entre des systèmes qui laissent les choses se compliquer et s’aggraver, jusqu’à ce qu’éclatent des révolutions socio-économiques qui déciment les vies par centaines et par milliers, puis qui n’accordent la liberté à ses demandeurs que sous la contrainte et à contre cœur.

L’une des vertus majeures de l’Islam dans la question de l’esclavage est qu’il s’est attaché à la véritable libération des esclaves, une libération aussi bien intérieure qu’extérieure. Il ne s’est pas contenté de bonnes intentions comme l’a fait Lincoln lorsqu’il a édicté une loi n’ayant que bien peu de poids dans le cœur des esclaves. Ceci prouve la profondeur avec laquelle l’Islam appréhende la nature humaine, et sa capacité à déceler les meilleurs moyens de la curer. À cela s’associe le volontarisme dont fait preuve l’Islam pour octroyer les droits à leurs détenteurs légitimes, tout en éduquant ces derniers à se cramponner à ces droits et à en assumer les conséquences. Pour parvenir au mieux à cette fin souhaitée, l’Islam fait appel aux sentiments d’amour et d’affection entre les différentes composantes de la société, avant qu’elles ne s’entretuent pour ces droits, comme cela a eu lieu en Europe, où les exécrables tueries ont tari les sentiments et transmis des haines héréditaires. Ainsi, tout le bien ayant pu être récolté par l’humanité s’en est trouvé corrompu pendant son parcours.

Intéressons-nous maintenant au principal facteur ayant conduit l’Islam à poser les fondements de la libération des esclaves et à le laisser exercer son effet au fil des générations.

L’Islam a tari toutes les anciennes sources d’esclavage, excepté une seule qu’il ne pouvait tarir : il s’agit de l’esclavage dû à la guerre. Soyons plus précis.

La coutume dominante à l’époque consistait à l’asservissement ou à l’exécution des prisonniers de guerre. Cette coutume était très ancienne, ancrée dans les profondeurs de l’histoire, remontant sans doute au premier homme. Elle accompagna l’humanité dans chacune des étapes de son développement.

À l’avènement de l’Islam, la situation n’avait pas changé. Lorsque des guerres éclatèrent et opposèrent l’Islam à ses ennemis, ces derniers asservirent leurs prisonniers musulmans, les privèrent de leur liberté, traitèrent les hommes de la manière habtituelle dont étaient alors traités les esclaves, violente et injuste, tandis que les femmes étaient violées par tout un chacun : une femme unique servait ainsi aussi bien à un homme, qu’à ses enfants, qu’à ses amis désireux eux aussi de s’amuser. Aucun ordre ne régnait et aucun contrôle ne s’exerçait. L’humanité de ces femmes n’était nullement respectée, qu’elles soient vierges ou pas. Quant aux enfants capturés, ils grandissaient dans l’exécrable humiliation de l’esclavage.

Dans ces conditions, il était malvenu que les Musulmans libèrent les prisonniers ennemis qu’ils avaient capturés. Il est en effet politiquement irresponsable d’aider votre ennemi en libérant ses prisonniers, tandis que votre famille, votre clan et vos coreligionnaires endurent la persécution et les souffrances chez l’ennemi. Le traitement réciproque devient ici le meilleur, voire le seul code auquel s’en tenir. Mais malgré tout, on constate de profondes différences entre l’Islam et les autres systèmes en ce qui concerne le droit de la guerre et le statut des prisonniers de guerre.

Dans le monde non-musulman, hier comme aujourd’hui, les guerres n’ont d’autre but que la conquête, le massacre et l’asservissement. Elles puisent leur raison d’être dans la volonté de telle nation de conquérir d’autres nations, et d’étendre ses territoires à leurs dépens, ou de piller leurs ressources. Ces guerres sont aussi parfois déclenchées pour assouvir les désirs personnels d’un roi ou d’un chef militaire qui veut satisfaire son arrogance personnelle et s’ébrouer d’orgueil et de vanité, ou qui cherche vengeance, ou pour tout autre de ces motifs terrestres et mesquins. Les captifs asservis n’étaient alors pas asservis en raison de la différence de religion, ni parce que leur niveau moral, psychologique ou intellectuel était inférieur à celui de leurs ravisseurs, mais tout simplement parce qu’ils avaient été vaincus à la guerre.

Par ailleurs, ces guerres n’étaient pas régies par des règles qui prohibent le viol, la destruction des villes pacifiques, le meurtre des femmes, des enfants et des vieillards. Mais, soit dit en passant, cela était parfaitement logique puisque ces guerres n’étaient guère déclenchées pour défendre une doctrine, un principe ou une noble cause.

En faisant son apparition, l’Islam a aboli toutes ces considérations, et a prohibé toute guerre, sauf s’il s’agit d’un combat pour la Cause de Dieu, c’est-à-dire un combat pour repousser l’agression contre les Musulmans, ou pour détruire les forces oppressives qui persécutent les hommes pour les détourner de leur religion, ou encore pour supprimer les forces égarées qui se posent en obstacles devant le message de l’Islam, empêchant que la vérité soit véhiculée aux hommes pour qu’ils voient et entendent de quoi il s’agit. « Combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent, mais ne transgressez pas. Certes. Dieu n’aime pas les transgresseurs ! » [12] « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution et que la religion soit entièrement à Dieu seul. » [13] C’est donc un message pacifique et non contraignant : « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. » [14] La présence de Juifs et de Chrétiens dans le monde musulman jusqu’à l’heure actuelle est la preuve catégorique, indiscutable et irréfutable que l’Islam n’a pas contraint autrui à se convertir sous la menace du sabre.

Si les gens acceptaient l’Islam et se laissaient guider à la religion de vérité, alors il ne saurait être question de guerre, de conflit ou de soumission d’une nation à une autre, tout comme il ne saurait y avoir de discrimination entre un Musulman et un autre sur cette terre, car un Arabe n’a pas plus de mérite qu’un non-Arabe, si ce n’est par la piété.

Quant à ceux qui refusaient l’Islam et préféraient garder leur foi sous les auspices du système musulman, ils étaient libres de leur choix sans contrainte ni pression d’aucune sorte, même si l’Islam estime qu’il est meilleur et plus fondé que la foi en question. En contrepartie de la protection que leur garantissait l’Islam, ils devaient payer une capitation (jizyah). Cette capitation était annulée ou remboursée si les Musulmans se montraient incapables d’assurer la protection de leurs ressortissants non-Musulmans. Si les non-Musulmans refusaient l’Islam et la capitation, c’est qu’ils faisaient preuve d’un entêtement arrogant et qu’ils refusaient que le message pacifique fasse son chemin : ils voulaient stopper et étouffer par la force des armes le parcours de la lumière nouvelle que les peuples seraient tentés de suivre si on leur laissait la possibilité de l’apercevoir.

C’est alors seulement que la guerre était déclenchée, non sans avoir préalablement formulé un nouvel avertissement, afin de donner une dernière chance à la paix mondiale et à la préservation des vies : « S’ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci toi aussi et place ta confiance en Dieu » [15].

Telle était la guerre islamique. Elle n’était fondée ni sur des désirs de conquêtes, ni sur la volonté d’exploiter d’autrui, ni sur la suffisance d’un chef militaire ou d’un roi despotique. C’était une guerre pour la Cause de Dieu et pour la guidance de l’humanité, lorsque échouaient tous les moyens pacifiques qui permettaient de guider les hommes.

Cette guerre était régie par des règles. Le Messager — paix et bénédictions sur lui — disait dans ses recommandations : « Guerroyez au Nom de Dieu et pour la Cause de Dieu. Combattez les dénégateurs de Dieu. Guerroyez mais ne trahissez pas, ne mutilez pas, ne tuez pas les enfants » [16].

Ne peut donc être tué que le guerrier qui porte son arme pour combattre les Musulmans. La destruction, le viol, le libre cours aux instincts maléfiques et corrupteurs sont strictement hors de propos : « Certes, Dieu n’aime point les corrupteurs » [17].

Les Musulmans ont respecté ces nobles règles qui sont les leurs dans toutes leurs guerres, y compris pendant les traîtresses Croisades. Lorsqu’ils vainquirent leurs ennemis, qui, dans une manche précédente, avaient violé les interdits, avaient attaqué la Mosquée Al-Aqsâ, faisant couler à flots le sang de ceux qui y avaient trouvé refuge auprès de Dieu — le Seigneur de tous —, ils ne se vengèrent pas à l’heure de la victoire. Pourtant, la religion elle-même leur donnait la permission de faire subir à leurs ennemis un traitement réciproque : « Quiconque vous agresse, agressez-le, à agression égale. » [18] Néanmoins, ils donnèrent l’exemple suprême, que les non-Musulmans, de quelque pays qu’ils soient, n’ont jamais pu reproduire, y compris à l’ère moderne.

C’est là une différence fondamentale entre les objectifs et les règles de la guerre chez les Musulmans et chez les non-Musulmans. S’il le voulait, et tout en étant dans son bon droit, l’Islam pouvait considérer les prisonniers qu’il capturait et qui s’entêtaient à refuser la vérité et à rester sur leur idolâtrie inférieure et sur leurs superstitions païennes, comme des êtres déficients en humanité. Il pouvait les asservir pour cette unique raison. Car un humain qui persiste à croire à ces chimères — après avoir vu la vérité — fait preuve, soit d’une bassesse de l’âme, soit d’une déviance de l’esprit. Dans les deux cas, son statut d’humain est déficient et il n’est pas digne de l’honneur réservé aux humains, ni de la liberté réservée au genre humain.

Cependant, l’Islam n’a pas asservi les prisonniers parce qu’il les considérait comme déficients en humanité, mais parce qu’ils étaient venus en agresseurs des territoires musulmans, ou parce qu’ils s’étaient posés en obstacles, appuyés par la force militaire, entre la guidance divine et les cœurs des hommes.

Et malgré tout ceci, l’asservissement des prisonniers n’était pas la règle immuable pratiquée par l’Islam. Le Messager — paix et bénédictions sur lui — libéra ainsi des prisonniers de la bataille de Badr gratuitement sans exiger de rançon, et en libéra d’autres moyennant rançon. Il préleva la capitation sur les Chrétiens de Najrân et leur rendit leurs prisonniers, donnant ainsi l’exemple qu’il voulait que l’humanité suive à l’avenir.

Il convient par ailleurs d’indiquer à cet égard que le seul verset ayant trait au sort des prisonniers de guerre ne fait pas mention de l’asservissement : « Ensuite, c’est soit la libération gratuite, soit la rançon, jusqu’à ce que la guerre dépose ses fardeaux. » [19] Ce verset mentionne seulement la libération moyennant rançon et la libération gratuite, et ce, afin que l’asservissement ne devienne pas une règle universelle ni une nécessité absolue. Il est maintenu au statut de simple option à laquelle l’armée musulmane pourra recourir si les circonstances et la conjoncture l’exigent.

À cela s’ajoute le fait que les prisonniers qui tombaient entre les mains de l’Islam étaient traités de cette manière noble et généreuse que nous avons décrite précédemment. Ils ne rencontraient ni humiliation ni torture. Et on leur ouvrait les portes de la liberté dès lors qu’ils la voulaient et se sentaient capables de l’assumer, sachant que la plupart d’entre eux n’étaient pas des hommes libres au moment de leur capture, mais étaient des esclaves que les Perses ou les Romains avaient asservis et poussés à combattre les Musulmans.

Ainsi, il ne s’agissait pas d’asservir pour asservir, l’esclavage n’étant pas un fondement immuable que l’Islam entendrait conserver, l’orientation générale induite par tous les textes afférents étant celle de la libération des esclaves.

L’esclavage n’est qu’une situation temporaire menant au final à la libération.

À l’éclatement d’une guerre entre les Musulmans et les ennemis de l’Islam, certains prisonniers infidèles peuvent tomber entre les mains des Musulmans. Dans certains cas, non dans tous, et sans que cela soit automatique, ces prisonniers deviennent des esclaves. Ils vivent alors pendant un certain temps dans un milieu social musulman, pendant lequel ils peuvent observer à loisir la justice divine concrètement réalisée sur le terrain. Ils sont embrassés par l’esprit de miséricorde de l’Islam qui les traite avec bonté et humanité. Leurs âmes s’imprègnent de la chaleur réconfortante de l’Islam et leurs consciences s’ouvrent à la lumière. L’Islam les libère alors en les affranchissant gratuitement dans certains cas, ou en leur accordant un contrat d’affranchissement, dès lors qu’ils aspirent d’eux-mêmes à recouvrer leur liberté.

La période qu’ils auront passée sous l’esclavage devient ainsi en réalité une période de cure psychologique et spirituelle, pendant laquelle on les traite avec bonté, en leur faisant ressentir leur statut naguère piétiné d’êtres humains, et en orientant leurs âmes vers la lumière divine, sans contrainte d’aucune sorte. Au bout de ce processus, se trouve alors la libération, à supposer bien entendu que les prisonniers aient été asservis, ce qui n’est certainement pas la seule issue choisie par l’Islam pour les prisonniers, comme en témoigne le précédent verset et l’attitude concrète adoptée par le Messager — paix et bénédictions sur lui — dans ses différentes batailles.

Quant aux femmes, l’Islam les a honorées — y compris en tant qu’esclaves — par rapport à ce qu’elles subissaient dans les pays non-musulmans. Leur honneur n’était plus un butin auquel tout un chacun pouvait prétendre ; elles n’étaient plus réduites à la prostitution, alors que c’était le sort qui attendait le plus souvent les captives de guerre. L’Islam a fait des femmes esclaves la propriété exclusive de leur maître ; nul autre que lui ne pouvait s’introduire auprès d’elles. Il leur a accordé le droit de recouvrer leur liberté par un contrat d’affranchissement ; et une esclave qui accouchait d’un enfant de son maître s’affranchissait automatiquement, en même temps que son enfant. Elles avaient en outre droit au bon traitement commandé par l’Islam.

Telle est l’histoire de l’esclavage dans l’Islam, une page glorieuse de l’histoire de l’humanité. L’Islam n’a pas fait de l’esclavage un fondement immuable. La preuve en est qu’il a pris toutes les mesures pour libérer les esclaves, et qu’il a tari de manière définitive toutes les sources d’esclavage, à l’exception d’une seule qui est celle des prisonniers capturés pendant une guerre déclarée menée pour la Cause de Dieu. Nous avons vu que même dans ce cas, l’esclavage n’était pas automatique, et en cas d’asservissement, c’était pour une durée limitée menant au final à la libération.

Quant à ce qui s’est passé à certaines périodes islamiques, où l’esclavage n’était pas seulement alimenté par les prisonniers capturés dans les guerres religieuses, mais provenait également de la traite esclavagiste, du rapt et du commerce de populations pacifiques dont le simple asservissement n’avait pas lieu d’être, alors imputer ces exactions à l’Islam n’est ni plus vrai ni plus juste que d’imputer les exactions et les turpitudes de nos dirigeants musulmans actuels à l’Islam [20].

Nous devons garder à l’esprit un certain nombre de points à ce sujet.

Premièrement, dans les autres pays, les sources qui alimentaient l’esclavage étaient nombreuses. Elles n’étaient pas dues à une nécessité vitale mais à un désir d’esclavagisme : l’asservissement d’une nation à une autre, d’une race à une autre, l’asservissement dû à la pauvreté, l’asservissement héréditaire dû à la naissance dans une caste donnée, l’asservissement de servage, etc. L’Islam a aboli toutes ces sources d’esclavage, à l’exception d’une seule dont nous avons expliqué les tenants et les aboutissants au cours de cet exposé.

Deuxièmement, malgré le nombre injustifié de ses sources d’esclavage, l’Europe n’a pas aboli l’esclavage de son plein gré. Les auteurs européens reconnaissent en effet que l’Europe a aboli l’esclavage lorsque la productivité des esclaves a diminué, en raison de leurs conditions de vie déplorables et de leur manque de volonté et de capacité à travailler. Le coût d’entretien et de gardiennage de l’esclave est devenu supérieur à sa productivité. En fin de compte, il ne s’agissait que d’un calcul économique de bénéfices et de pertes. Il n’y avait pas l’ombre d’une valeur humaniste de dignité du genre humain au nom de laquelle serait redonnée à l’esclave sa liberté. À ces considérations économiques et matérielles viennent s’ajouter les révoltes successives des esclaves qui empêchèrent la pérennité de leur asservissement.

Et malgré tout, l’Europe ne leur accorda pas la liberté pour autant. D’esclaves appartenant à leurs maîtres, ils devinrent des serfs appartenant à des domaines seigneuriaux. Ils étaient vendus et achetés avec les terres domaniales, sur lesquelles ils devaient travailler, sans possibilité pour eux de les quitter. S’ils partaient, ils étaient considérés comme des fuyards que la loi permettait de faire revenir attachés par des chaînes et brûlés au fer rouge. Ce fut cette forme d’esclavage qui demeura en vigueur jusqu’à son abolition par la Révolution française au XVIIIe siècle, soit plus de mille cent ans après que l’Islam eut établi le principe de la libération des esclaves.

Troisièmement, nous ne devons nous laisser berner par les appellations. Il est vrai que la Révolution française a aboli l’esclavage en Europe, que Lincoln a aboli l’esclavage en Amérique, puis que le monde entier a décidé d’abolir l’esclavage, mais tout ceci n’est qu’apparence. Quel est donc cet esclavage que l’on a aboli ? Si l’esclavage a vraiment été aboli, quel nom donner alors à ce qui se passe aujourd’hui de par le monde entier ? Quel nom donner à ce que commettait la France dans le Maghreb musulman ? Quel nom donner à ce que commet l’Amérique à l’encontre des Noirs ? Quel nom donner à ce que commet l’Angleterre à l’encontre des gens de couleur en Afrique du Sud ?

L’esclavage ne désigne-t-il pas dans sa réalité la dépendance d’un groupe de gens vis-à-vis d’un autre groupe et la privation d’une catégorie d’humains de droits reconnus à autrui ? Ou bien désigne-t-il autre chose ? Qu’est-ce à dire si cela porte l’appellation d’esclavage ou s’il porte l’appellation de liberté, d’égalité et de fraternité ? À quoi riment les solgans pompeux lorsque les vérités qu’elles couvent sont les plus ignobles qu’a connues l’humanité tout au long de son histoire ?

L’Islam a été honnête avec lui-même et avec les hommes lorsqu’il a dit : « Ceci s’appelle esclavage. Sa cause unique est tant. Et la voie vers la libération est ouverte ».

La civilisation artificielle dans laquelle nous vivons n’a pas, quant à elle, cette honnêteté. Elle s’évertue en revanche à falsifier les vérités et à les maquiller avec des slogans pompeux. Des centaines de milliers de personnes en Tunisie, en Algérie et au Maroc ont été massacrées. Leur seul crime était de revendiquer leur liberté et leur dignité humaine, la liberté de vivre dans leur pays sans ingérence extérieure, de parler leur propre langue, de pratiquer leur propre foi, de ne servir que leur propre patrie et d’interagir directement avec le monde dans les domaines politique, économique, etc. Le massacre de ces innocents, leur incarcération dans des prisons immondes sans nourriture et sans eau, le viol et le meurtre injustifié de leurs femmes, l’éventrement des femmes enceintes soumises à un pari sur le sexe de leur fœtus, tout cela s’appelle, au XXe siècle, civilisation, modernité, diffusion des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Quant au traitement exemplaire de dignité que réservait l’Islam aux esclaves voici treize siècles, de son plein gré et dans un souci de respect de la dignité du genre humain dans tous ses états, tout en déclarant concrètement que l’esclavage était une situation temporaire et non un état définitif, cela s’appelle obscurantisme, attardement, barbarie.

Lorsque les Américains apposent à l’entrée de leurs hôtels et de leurs clubs des pancartes indiquant « Réservé aux Blancs » ou mentionnant, dans la plus ignoble des insolences, « Interdit aux Noirs et aux chiens », lorsqu’un groupe de Blancs « civilisés » s’attaquent à un homme de couleur, le jettent à terre et le lynchent à mort, tandis que le policier assiste passivement à la scène, n’intervenant pas pour sauver son frère de patrie, de religion et de langue, son frère humain avant tout, pour la simple raison que la victime a osé sortir — en tant que personne de couleur — avec une jeune Américaine blanche sans honneur et pleinement consentante, alors ce sera le sommum de la civilisation et de l’élévation auxquelles est parvenu le XXe siècle.

En revanche, lorsque l’esclave zoroastrien menace `Umar de le tuer, et que `Umar saisit parfaitement la menace, sans pour autant qu’il ne l’emprisonne ou ne l’exile, pour ne pas dire qu’il ne le tue, sachant que cet esclave n’est pas pleinement humain, puisqu’il adore le feu et persiste dans son fanatisme à vouer un culte à l’erreur après avoir vu la vérité, alors `Umar atteint le comble de la barbarie. Il atteint le comble du mépris du genre humain car il déclare simplement : « L’esclave m’a menacé ! » et le laisse libre de commettre son crime et d’assassiner le Calife des Musulmans, n’ayant pas de preuves contre lui avant qu’il commette le meurtre.

L’histoire des peuples africains, leur privation de leurs droits humains, les massacres dont ils furent victimes et, selon les termes consacrés par l’ignoble presse anglaise, la « chasse » qu’on leur livrait pour avoir poussé l’audace jusqu’à prendre conscience de leur dignité et de réclamer leur liberté, constituent l’apogée de la justice britannique, l’âge d’or de la civilisation humaine, la victoire des valeurs supérieures au nom desquelles se justifie la mise sous tutelle par l’Europe du reste du monde. Quant à l’Islam, c’est la barbarie à l’état brut, car il n’a pas appris à « chasser » des humains et à prendre plaisir à les tuer en raison de la noirceur de leur peau. Son enfoncement dans l’attardement et l’obscurantisme est parvenu à un point tel qu’il a déclaré : « Obéissez aux ordres même si vous êtes gouvernés par un esclave noir abyssin dont la tête ressemble à un raisin sec ! »

Quant à la femme, c’est une tout autre histoire.

L’Islam a permis au maître de posséder un certain nombre de femmes esclaves, capturées pendant la guerre, dont lui seul pouvait jouir, ou qu’il pouvait épouser s’il le désirait. Aujourd’hui, telle une vierge effarouchée, l’Europe condamne ces agissements et se dissocie de cette bestialité monstrueuse qui considère les femmes esclaves comme des objets de consommation et de la chair sans honneur et sans dignité, une bestialité obsédée par l’assouvissement du plaisir sauvage et immonde d’un homme qui ne dépasse guère le rang d’animal.

Le véritable crime de l’Islam à ce sujet est qu’il ne permet pas la prostitution ni le proxénétisme. Dans les autres pays, les captives de guerre sombraient inéluctablement dans la fange du vice. Elles n’avaient en effet aucun soutien financier et leurs maîtres ne ressentaient à leur égard aucune jalousie pour leur honneur. Ils les faisaient travailler dans cette exécrable profession et gagnaient leur vie à travers ce trafic immonde : le trafic des honneurs. L’Islam, la religion attardée, n’a pas accepté quant à lui la prostitution. Il s’est attaché à préserver la société propre de toute souillure criminelle. Il a ainsi fait de ces femmes esclaves la propriété exclusive de leurs maîtres respectifs. Ces derniers devaient les nourrir, les vêtir, les préserver du vice, et satisfaire leurs besoins sexuels — accessoirement — en même temps qu’eux-mêmes satisfaisaient les leurs.

La conscience européenne ne parvient pas, quant à elle, à supporter cette bestialité. Pour cette raison, elle autorisa la prostitution et lui offrit des garanties et des protections juridiques ! Elle poussa même le zèle jusqu’à aller la répandre sur chaque territoire colonisé que ses pieds foulaient. À part l’appellation, qu’est-ce qui a donc changé avec l’esclavage ? Où est la dignité de la prostituée lorsqu’elle ne peut repousser les demandes de ses clients ? Quelle dignité a-t-elle lorsqu’elle n’est demandée que pour la plus abjecte des avances à laquelle l’humanité peut se rabaisser : la demande d’un corps brut dénuée de tout sentiment et dépourvue de toute valeur spirituelle ? Quelle comparaison peut-on établir entre cette souillure physique et morale et entre les relations qui existaient entre les maîtres et les femmes esclaves sous l’Islam ?

L’Islam a été honnête avec lui-même et avec les hommes lorsqu’il a dit : « Ceci s’appelle esclavage. Et celles-là sont des femmes esclaves. Leur traitement doit obéir à telle et telle directive. » Mais la civilisation artificielle n’a pas cette honnêteté. Elle n’appelle pas la prostitution, « esclavage ». Elle la désigne en revanche comme une « nécessité sociale ».

Et pourquoi serait-ce une nécessité ?

Parce que l’homme européen civilisé ne veut entretenir personne, ni femme ni enfants. Il veut seulement prendre son plaisir sans avoir à assumer de responsabilité. Il veut le corps d’une femme dans laquelle il vide son trop-plein d’énergie sexuelle. Peu importe qui est cette femme. Peu importent les sentiments qu’elle a envers lui ni les sentiments qu’il a envers elle. Lui n’est qu’un corps animal désirant saillir la femelle. Et elle n’est qu’un corps qui se fait saillir sans avoir le choix non par un mâle en particulier, mais par le premier venu.

C’est cette « nécessité » sociale qui permet d’asservir les femmes en Occident à l’ère moderne. C’est pourtant loin d’être une nécessité si l’homme européen décide de s’élever au rang d’être humain et refoule tout le pouvoir de son égocentrisme.

Les pays qui ont interdit la prostitution dans l’Occident civilisé ne l’ont pas fait parce que leur conscience se serait enfin réveillée, ni parce que leur niveau moral et spirituel se serait élevé au-dessus du vice. Non pas ! Ils l’ont fait parce que les amatrices ont permis de se passer des prostituées professionnelles. L’État n’avait donc plus besoin d’intervenir.

Après tout cela, l’Occident trouve encore suffisamment de culot pour venir critiquer le système des femmes esclaves en Islam, ce système qui existait voici mille trois cents ans et qui, tout en étant destiné à disparaître, était bien plus noble et bien plus sain que le système qui existe aujourd’hui, au XXe, et que la civilisation moderne considère comme un système naturel, que personne ne condamne, que personne ne cherche à modifier, et dont personne ne s’oppose à ce qu’il demeure en vigueur jusqu’à la fin des temps.

Que nul ne prétende que ces « amatrices » font leur travail de leur plein gré et qu’elles disposent de leur entière liberté ! Car ce qui est en cause, c’est ce système qui, à travers la situation économique, sociale, politique, intellectuelle et spirituelle qu’il engendre, pousse les gens à accepter l’esclavage ou à y sombrer. Nul doute que c’est la « civilisation » européenne qui pousse à la prostitution et qui l’accepte, qu’il s’agisse d’une prostitution institutionnalisée ou qu’elle soit du fait d’amatrices volontaires.

Telle est l’histoire de l’esclavage en Europe jusqu’à ce XXe siècle : un esclavage d’hommes, de femmes, de nations et de races, un esclavage aux sources multiples et sans cesse renouvelées, sans qu’il existe de nécessité le suggérant, si ce n’est la bassesse avec laquelle l’Occident s’enfonce en-deçà du digne rang de l’espèce humaine.

Ne parlons pas de l’esclavagisme auquel le régime communiste soumet son peuple, au point que l’individu ne peut même pas choisir le travail qu’il veut exercer, ni même l’endroit où il veut travailler. Ne parlons pas non plus de l’esclavagisme auquel les possesseurs de capitaux soumettent leurs salariés dans l’Occident capitaliste, au point que le salarié ne peut choisir que le maître qui l’exploitera.

Ne parlons ni de ceux-ci ni de ceux-là. Car l’on trouvera toujours des polémistes qui viendront en faire l’apologie. Les formes criantes et indiscutables d’esclavage, que nous avons énumérées, et qui sont pratiquées au nom de la civilisation et du progrès social, sont suffisantes. À chacun ensuite d’examiner si l’humanité a progressé en quatorze siècles d’éloignement de l’Islam ou si elle a poursuivi une inexorable régression morale, au point qu’aujourd’hui, elle nécessite un flambeau de lumière islamique qui la fera sortir des ténèbres dans lesquelles elle s’enfonce.

P.-S.

Traduit de l’arabe du livre de Muhammad Qutb, Shubuhât hawl Al-Islâm (Controverses sur l’Islam), partiellement disponible en ligne sur le site Altareekh.com.

Notes

[1Sourate 17, Al-Isrâ’, Le Voyage nocturne, verset 70. NdT.

[2Sourate 2, Al-Baqarah, La Vache, verset 260. NdT.

[3Ce texte a été rédigé a une époque où la tentation communiste était très prégnante au Moyen-Orient. Bien que les temps aient changé, et que du communisme il ne reste que des fossiles, la question de l’escalavage reste d’actualité et les arguments demeurent sensiblement les mêmes. Ndlr.

[4Rapporté avec quelques variations dans le Musnad de l’Imâm Ahmad, dans les Sunan des Imâms Abû Dâwûd, An-Nasâ’î, At-Tirmidhî, Ibn Mâjah et Ad-Dârimî. Ndlr.

[5Fragment d’un hadîth plus long figurant dans le Musnad de l’Imâm Ahmad. Ndlr.

[6Sourate 4, An-Nisâ’, Les Femmes, verset 36.

[7Sourate 4, An-Nisâ’, Les Femmes, verset 25.

[8Fragment d’un hadîth plus long rapporté par Al-Bukhârî, At-Tirmidhî et Ahmad, selon Abû Dharr — qu’Allâh l’agrée —. Ndlr.

[9Sourate 4, An-Nisâ’, Les Femmes, verset 92.

[10Sourate 9, At-Tawbah, Le Repentir, verset 60.

[11Rapporté par Al-Bukhârî, Ahmad et Ibn Mâjah. Ndlr.

[12Sourate 2, Al-Baqarah, La Vache, verset 190. NdT.

[13Sourate 2, Al-Baqarah, La Vache, verset 192. NdT.

[14Sourate 2, Al-Baqarah, La Vache, verset 256. NdT.

[15Sourate 8, Al-Anfâl, Le Butin, verset 61. NdT.

[16Rapporté par Muslim, At-Tirmidhî et Ahmad. Ndlr.

[17Sourate 28, Al-Qasas, Le Récit, verset 77. NdT.

[18Sourate 2, Al-Baqarah, La Vache, verset 194. NdT.

[19Sourate 47, Muhammad, verset 4. NdT.

[20Il est en effet indispensable de faire une distinction nette entre les agissements des individus et les enseignements et dispositions prévues par la religion, afin que les responsabilités soient imputées de manière équitable. Le rapt des innocents et leur asservissement est très sévèrement condamné par l’islam, ce qui n’a pas empêché que certains individus commettent ce crime dans les pays arabes ou musulmans. Ndlr.

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