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Vérité amère
Section : Tome 1

Malentendu concernant Abû Dharr

dimanche 15 décembre 2013

Il me dit : « Je suis partisan de la gauche islamique ! »

Je pris mon temps avant de lui répondre : « L’islam est une religion qui n’a ni gauche ni droite. C’est une voie unique qui se dissocie de ceux qui ont encouru la colère de Dieu, tout comme elle se dissocie des égarés. » [1]

« Je veux dire que je partage les opinions d’Abû Dharr. », me rétorqua-t-il.

Je le scrutai des yeux avant de lui répondre : « Je sais que tu es un communiste. Partages-tu donc les opinions d’Abû Dharr concernant la croyance en Dieu, au Jour dernier, aux Anges, aux Livres et aux Prophètes ?

Partages-tu, avec le saint homme, l’acquittement des devoirs que sont la prière et le jeûne, de même que l’abandon des vices que sont l’indécence et l’immoralité ?

Partages-tu son altruisme et sa miséricorde, de sorte que tu n’as plus un sou, car tu es le plus prompt à faire preuve de générosité, de pitié et de quête de l’au-delà ?

Abû Dharr vécut en ascète et en homme de combat, qui jamais ne trahit l’islam ni ne fuit lors des batailles. Il clamait haut et fort ses convictions, et était intraitable dès lors qu’il s’agissait de défendre la vérité et la justice. Comment peux-tu dès lors prétendre que tu as quelque chose à voir avec Abû Dharr ?

—  Je partage ses opinions sur la propriété, me dit-il, car il juge illicite qu’un homme puisse posséder plus que ses besoins.

—  Je suppose que c’est aux autres que tu adresses ces propos, lui dis-je en riant. Quant à toi, je ne te vois guère léguer à des nécessiteux un palais que tu aurais obtenu de quelque façon, ou une exploitation agricole qui serait devenue tienne, y compris par héritage.

Vous croyez qu’Abû Dharr fut un communiste, alors que l’homme est étranger à cette idée. C’était un musulman pieux, qui suivait le Coran et la Sunnah, et qui ne les aurait échangés pour rien au monde.

Tous les musulmans estiment que lors des crises qui menacent l’islam et qui ébranlent ses fondements, il est du devoir de chacun de n’épargner ni sa personne ni ses biens. Lors des périodes difficiles – comme lors de l’expédition de Tabûk -, la masse des croyants se surpassa pour soutenir l’effort de guerre : les uns donnaient la totalité leurs biens, les autres en donnaient la moitié, tandis que les derniers en donnaient des quantités importantes.

De même en temps de paix, les croyants débordaient de générosité : ils ne délaissaient les nécessiteux ni n’abandonnaient les plus fragiles. Tandis que cette tradition de générosité se répandait, les penchants vers l’avarice disparaissaient. S’inscrivit ainsi chez les musulmans l’esprit du don dès lors qu’ils avaient des biens en quantité supérieure à leurs besoins.

Rien de cela n’abrogea pourtant les versets relatifs à l’héritage, ni n’empêcha les généreux donateurs de disposer d’une épargne assurant leur avenir ainsi que celui de leurs enfants, ni ne fit disparaître les inégalités entre les riches et les pauvres, en termes de richesses dont ils disposaient.

Ce qui disparut, c’est la misère et l’extrême pauvreté. Abû Dharr crut peut-être que la prospérité qui se répandit à son époque justifiait que nul ne devait garder en sa possession ce qui dépassait son besoin. Il se peut aussi qu’il jugeait l’épargne illicite pour un croyant.

Mais les hommes de raison ont convenu que cette opinion est erronée. Cela justifie-t-il dès lors d’accuser le saint homme d’être de la gauche islamique ?

La loi islamique est au dogme musulman ce que l’édifice est à son fondement. C’est avec la loi et le dogme réunis que nous avançons, en refusant toute altération. »

P.-S.

Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Muhammad Al-Ghazâlî, Al-Haqq Al-Murr, tome 1, éditions Nahdat Misr, décembre 1996.

Notes

[1La métaphore utilisée par Sheikh Muhammad Al-Ghazâlî, relative à ceux qui ont encouru la colère de Dieu et aux égarés, est empruntée au verset 7 de la sourate Al-Fâtihah (Le Prologue). NdT

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