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Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les droits des dhimmis

La liberté de confession

vendredi 28 décembre 2001

Parmi les droits des dhimmis protégés par l’islam, il y a nombre de libertés au premier rang desquelles la liberté de conviction et de culte. La religion de chaque individu et sa pensée le concernent avant tout et il ne peut être contraint à en changer ni subir des pressions pour embrasser l’islam. Ce droit se fonde sur la parole du Très Haut : "Nulle contrainte en religion, la voie droite se distingue clairement de l’égarement" (verset 2:256) et Sa parole - Exalté soit-Il : "Contraindrais-tu les gens à devenir croyants ?" (verset 10:99)

Ibn Kathîr dit dans l’exégèse du premier verset : c’est-à-dire ne contraingnez personne à embrasser la religion islamique car elle est explicite et claire, ses arguments et ses preuves sont limpides, et n’a pas besoin de recourir à la contrainte pour qu’on l’embrasse. La raison de révélation de ce verset mentionnée par les exégètes montre l’une des facettes de l’inimitabilité de cette religion. On rapporte qu’Ibn `Abbâs dit : "Il était de coutume qu’une femme ayant une faible progéniture fasse voeu, si son enfant survit, de le convertir au judaïsme. (Certaines femmes des Ansâr [1] pratiquaient cette coutume pendant la jâhiliyyah. [2]) Lorsque les Banû An-Nadîr [3] furent bannis, il y avait parmi eux des enfants des Ansâr. Leurs parents dirent : Nous ne laisserons pas nos enfants (c’est-à-dire : nous ne les laisserons pas embrasser le judaïsme). Alors Allâh - Exalté et Glorifié soit-Il - révéla le verset "Nulle contrainte en religion" (Ibn Kathîr l’attribua à Ibn Jarîr qui dit : "Cette narration fut rapportée par Abû Dâwûd, An-Nasâ’î, Ibn Abî Hâtim, Ibn Hayyân dans son Sahîh. De même, Mujâhid, Sa`îd Ibn Jubayr, Ash-Sha`bî, Al-Hasan Al-Basrî et d’autres rapportèrent que ce verset fut révélé à cette occasion..." Tafsîr Ibn Kathîr, volume 1, p. 310)

Bien que les tentatives de contraintes venaient de parents désireux de protéger leurs enfants de la subordination à leurs ennemis qui leurs faisaient la guerre et qui diffèraient par leur appartenance religieuse et nationale, en dépit des conditions particulières qui avaient occasionné l’adhésion de leurs enfants à la religion judaïque pendant leur enfance et malgré la prédominance dans le monde, et à cette époque, des vagues de persécution et de répression envers les gens qui divergeaient par la pensée et encore plus par la religion comme dans l’empire romain dont les ressortissants eurent à choisir entre la conversion au christianisme et la mort, puis quand l’empire romain eut adopté le courant melchite, il fit un bain de sang des chrétiens jacobites et autres ; malgré tout cela, le Coran a refusé la contrainte préférant que se convertisse de son propre chef et en connaissance de cause celui dont Allâh a élargi la poitrine et éclairé le jugement. Celui qu’Allâh a rendu aveugle et a scellé son ouïe et sa vue ne profitera pas d’une conversion contrainte et forcée - comme le souligne Ibn Kathîr. En effet, la foi chez les musulmans n’est pas un simple mot prononcé par la langue ni des rites accomplis corporellement. Au contraire, elle est fondée sur l’acquiessement du coeur, sa sujétion et son entière adhésion. C’est pourquoi l’histoire n’a pas connu un seul peuple musulman ayant tenté de contraindre les gens de la dhimmah à embrasser l’islam et cela est reconnu par les historiens occidentaux eux-mêmes.

Par ailleurs, l’islam a préservé les temples des non-musulmans et a été attentif à la sacralité de leurs rituels. Plus encore, le Coran a fait de la protection de la liberté de culte une raison légitimant la lutte armée et ce dans la parole du Très Haut : "Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) - parce que vraiment ils sont lésés ; et Allah est certes Capable de les secourir - § ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, - contre toute justice, simplement parce qu’ils disaient : ‹Allah est notre Seigneur›. - Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué." (verset 22:39-40)

Nous avons vu que le pacte du Prophète - paix et bénédiction d’Allâh sur lui - avec les habitants de Najrân leur accordait la protection d’Allâh et la dhimmah de Son Messager quant à leur biens, leur religion et leurs lieux de culte. De même, le pacte de `Umar Ibn Al-Khattâb avec les habitants de Jérusalem consigne leur liberté de culte et la sacralité de leurs temples et rituels : "Ceci est ce que le serviteur d’Allâh, `Umar, le Prince des Croyants accorde aux habitants de Jérusalem comme sécurité : Il leur accorde la sécurité pour leurs vies, leurs biens, leurs églises, leurs croix et l’ensemble de leur religion. Leurs églises ne peuvent être habitées, ni démolies, ni entamées qu’il s’agisse de leur espace, de leurs croix, ou de leurs biens. Ils ne seront pas contraints à abandonner leur religion, personne parmi eux ne sera inquiété et aucun juif n’habitera avec eux dans Jérusalem..." conformément au récit d’At-Tabarî. (Târîkh At-Tabarî, "Les Chroniques de Tabarî", édition Dâr Al-Ma`ârif, Egypte, volume 3, p. 609) Et, dans le pacte de Khâlid Ibn Al-Walîd avec les habitants de `Ânât : "Il leur est permis de faire retentir leurs trompettes à toute heure de la nuit ou du jour sauf aux heures des prières (musulmanes) et de sortir leurs croix pendant leurs jours de fêtes." (Al-Kharâj d’Abû Yûsuf p. 146)

Tout ce que l’islam demande aux non-musulmans, c’est le respect des sentiments des musulmans et la sacralité de leur religion. Ainsi s’abstiendraient-ils d’exhiber leurs rituels et leurs croix dans les contrées islamiques et de construire des églises dans une ville islamique qui n’en contenait pas auparavant pour ce que cela comporte comme ostentation et comme innovation de nature à choquer la sensibilité islamique et à provoquer des troubles. Néanmoins, certains juristes musulmans ont autorisé les dhimmis à construire des églises, des temples et autres lieux de culte dans les pays islamiques et dans les pays conquis par les musulmans manu militari, c’est-à-dire les pays dont les habitants ont combattu les musulmans et ne se sont soumis à eux que par l’épée, si l’Imâm des musulmans [4] les y autorise, pour servir l’intérêt général, étant donné que l’islam reconnaît leurs croyances. Telle était l’opinion des zaydites et de l’Imâm Ibn Al-Qâsim parmi les compagnons de Mâlik (cf. Ahkâm Adh-Dhimmiyyîn wal-Musta’manîn pp. 96-99)

Il semblerait que ceci fut mis en oeuvre tout au long de l’histoire des musulmans et dès le caliphat d’Abû Bakr. En effet, plusieurs églises ont été construites en Egypte au cours du premier siècle de l’hégire dont l’église de "Mâr Murqus" à Alexandrie entre les années 39 et 56 après l’hégire. De même, la première église fut construite à Al-Fustât [5] dans le quartier des romains pendant le gouvernorat de Maslamah Ibn Mukhallad sur l’Egypte entre les années 47 et 68 après l’hégire. De plus, lorsque `Abd Al-`Azîz Ibn Marwân jeta les fondations de la ville de Hulwân, il y autorisa la construction d’une église tout comme il autorisa certains prêtres à construire deux monastères. De tels exemples sont légions. L’historien Al-Maqrîdhî cite dans son livre Al-Khutat de nombreux exemples puis conclut son propos disant : "Toutes les églises sus-mentionnées du Caire datent de l’ère islamique sans aucune contestation" (cf. Al-Islâm wa Ahl Adh-Dhimmah, i.e. "L’Islam et les dhimmis" de Dr. `Alî Husnî Al-Kharbutlî p. 139 et aussi Ad-Da`wah ilâ Al-Islâm, i.e. "L’Appel à l’Islam", de Thomas W. Arnold, pp. 84-86, 3ème édition, traduction arabe de Dr. Hasan Ibrâhim et al.).

En revanche, dans les villages et lieux ne faisant pas partie des contrées des musulmans, il n’est pas interdit aux non-musulmans d’exhiber leurs rituels religieux, de rénover leurs vieilles églises et de construire les bâtiments dont ils ont besoin du fait de leur croissance démographique. Cette tolérance avec les gens de religion différente de la part d’hommes dont la vie est entièrement axée sur la religion, et qui ont obtenu la victoire et la suprématie grâce à elle, est une chose extraordinaire dans l’histoire des religions comme en témoignent les occidentaux eux-mêmes.

Le savant français Gustave Lebon dit : "Nous avons vu dans les versets coraniques mentionnés précédemment que la tolérance de Mohammad envers les juifs et les chrétiens était extrêmement grande. Les fondateurs des religions précédentes et notamment le judaïsme et le chritianisme ne prêchèrent rien de comparable. Nous verrons comment ses successeurs suivirent fidèlement son exemple." Certains savants européens suspicieux, tout comme les quelques croyants parmi eux, reconnurent ce fait après avoir étudié de près l’histoire des Arabes. Les propos suivants que nous avons recueilli dans les écrits d’un grand nombre d’entre eux prouvent que nous ne sommes pas seul à soutenir notre opinion sur ce sujet. Robertson dit dans son livre Biography of Charlequin i.e. "Biographie de Charlequin" : "Les musulmans sont les seuls à avoir réuni la protection jalouse de leur religion et la tolérance envers les adeptes des autres religions. Bien qu’ils aient dégainé le glaive pour répandre leur religion, ils ont laissé ceux qui ne voulaient l’embrasser libres de pratiquer leur religion". (en marge de la page 128 du livre La Civilisation des Arabes de Gustave Lebon)

P.-S.

Nous nous sommes basés sur la source arabe disponible sur qaradawi.net

Notes

[1Les Ansâr sont les musulmans de Médine qui ont offert asile et protection au Prophète et aux musulmans mecquois persécutés par les païens.

[2Al-Jâhiliyyah : littéralement, l’ère de l’ignorance, désigne l’ère ayant précédé l’islam dans la péninsule arabique.

[3Banû An-Nadîr : une tribu juive de Médine.

[4L’Imâm des Musulmans : le souverain, chef de l’état ou son représentant.

[5Al-Fustât : ancien nom du Caire.

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