Français | عربي | English

Accueil > Bibliothèque islamique > Sheikh Muhammad Al-Ghazâlî > Les problèmes de la femme entre traditions stagnantes et traditions (...) > Des pages oubliées > Que font nos femmes ?
Les problèmes de la femme entre traditions stagnantes et traditions étrangères
Section : Des pages oubliées

Que font nos femmes ?

mardi 18 mars 2003

Parmi les batailles réputées des Arabes, du temps de leur Ignorance première, il en est une du nom de dhû qâr. Les Perses venaient d’envoyer des troupes nombreuses vers la péninsule arabique. Les Arabes durent alors oublier leurs différends internes pour faire face à cette invasion si bien que les tribus lui opposèrent un front uni.

L’Histoire relate que le chef arabe Handhalah Ibn Tha`labah ordonna de couper les sangles des palanquins surmontant les chameaux et fit descendre les femmes à terre pour qu’elles marchent derrière les combattants. Puis, il s’écria : "Que chacun de vous se batte pour sa compagne !" Ce cri suffit à attiser la détermination des combattants et à éradiquer tout substrat d’hésitation dans leurs esprits. Les Perses subirent une défaite cuisante et se retirèrent...

De même, lors de la bataille de Uhud, les femmes des polythéistes suivirent l’armée mecquoise qui cherchait vengeance de leur précédente défaite lors de la bataille de Badr. Elles incitaient les hommes à la guerre en chantant :

Si vous allez de l’avant, nous vous prendrons dans nos bras et étalerons nos beaux draps !
Mais si vous faites volte-face, nous vous quitterons et ne vous témoignerons aucune affection !

Ainsi les femmes jouaient-elles un rôle dans les victoires militaires et étaient au fait des enjeux de la société grands et petits.

Ceci se manifesta également au début de la révélation. Abû Lahab, l’oncle du Prophète, œuvrait avec sa femme à démentir le révélation et résister à l’islam avec férocité et rancune ! Cette femme appelait le Prophète "Mudhammam" et non "Muhammad" [1] et disait :

mudhammaman abaynâ
wa dînahu qalaynâ
wa amrahu `asaynâ

Traduction :

Nous refusons Muhammad, rejetons sa religion et désobéissons à son ordre.

Dans cette campagne enragée, elle alla partout dans les réunions de Quraysh insultant, injuriant, propageant la dissension et soutenant la mécréance. Alors, la révélation divine dit à son sujet : "Et sa femme, la porteuse de bois, porte à son coup une corde de fibres" (Sourate 111, Les Flammes, Al-Lahab, versets 4 & 5). En réalité, cette femme faisait partie de la noblesse de Quraysh et n’avait pas pour métier de transporter le bois. Il s’agit d’une métaphore comparant ses efforts à semer la discorde, à répandre les immondices et à raviver les inimités contre l’islam à celui qui apporte du bois pour attiser le feu !

Je me dis : Si l’égarement possède des femmes qui le soutiennent avec autant d’ardeur, et qui adoptent ses causes avec cette force, pourquoi la foi serait-elle privée d’une activité féminine pouvant s’opposer à l’égarement et lui tenir front ?

La chute du dernier rempart musulman en Andalousie est due à Ferdinand et Isabelle, un homme et une femme qui s’épaulèrent pour mettre à terre l’étandard du monothéisme ! Or, il y a des milliers et des milliers de femmes musulmanes capables de servir la foi comme ces mécréantes ont pu servir l’égarement. Pourquoi les empêche-t-on de se rendre utiles ?

L’année dernière, la femme du candidat démocrate aux élections présidentielles aux Etats-Unis déploya des efforts colossaux pour soutenir son époux au point que sa victoire semblait acquise. Etant donné qu’elle était juive, on pensa que la maîtresse de la Maison Blanche sera l’alliée d’Israël ! Mais Dieu voulut que la victoire soit républicaine. Cette femme sombra alors dans une dépression et chercha refuge dans l’alcool au point d’être admise à l’hôpital pour cause d’alcoolisme.

Je m’étonnai : Quelle dévouement à la tâche ! Quelle implication ! Pourquoi nos femmes n’œuvrent pas au service des valeurs islamiques avec autant de zèle ? Qui les en empêche ? En vérité, seuls des gens qui ignorent ce qu’est l’islam les en empêchent.

Combien est-ce magnifique lorsque les époux s’épaulent et s’entraident dans la réalisation des valeurs nobles et de la belle éthique ! Sa`d Ibn Nâshib était un homme au tempérament violent et à la parole dure, ce qui déplut à son épouse. Celle-ci lui reprocha son agressivité et la dureté de son verbe ! Il dit en guise de plaidoyer pour son passé et expliquant la réalité de ce qu’il était :


Umm `Amr me reproche mon agressivité et ma dureté mais elle (en) ignore (les raisons) !
Je lui dis : le noble aussi patient soit-il fait face bien malgré lui à des circonstances bien amères.
Je ne manifeste aucune rudesse envers ceux qui sont doux avec moi. Je suis seulement rebelle à toute coercition !

Ceci est une belle excuse mais l’essentiel dans cette histoire c’est le conseil prodigué par l’épouse à son mari et son souci pour son bien et sa santé !

Un autre homme était si généreux qu’il faisait don d’un chameau entier au mendiant qui demandait l’aumône. Il disait à son épouse : "Prépare une corde au mendiant afin qu’il conduise le chameau que je lui donne" et lui interdisait de lui faire de reproche :

Ne me blâme pas pour ma générosité et prépare une corde
pour chaque chameau lorsque viendra son acquéreur
Je ne connais guère de meilleure fortune que les chameaux[...]

Son épouse, Laylâ, lui fit une réponse lourde de sens aux yeux des généreux et des nobles :

Je prêtai serment, ô fils de Qahfân, par Celui qui garantit la subsistance dans la vallée aussi bien que dans la montagne.
Je n’aurai de cesse de préparer des cordes tant que les chameaux marcheront sur leurs pattes.
Sois donc généreux et ne refuse rien aux nécessiteux, j’ai pour eux des mors et les griefs ont cessé.

Ces exemples de la société arabe première illustrent les vertus de l’altruisme et de la bienfaisance qui s’étaient répandues en son sein et qui préservaient son équilibre. La famille était la source de sa stabilité et de son intégrité, ce qui n’étonne guère puisque la famille forte est le support de la société forte et le premier garant de ses valeurs...

Puis, l’islam vint encourager la femme à dépenser généreusement de l’argent du foyer - sans tomber dans l’excès préjudiciable évidemment. Ainsi rapporte-t-on de la part de la Mère des Croyants Aïshah que le Messager de Dieu dit : "Lorsque la femme fait l’aumône de l’argent de son mari, elle en récolte la rétribution ; une rétribution égale revient à son mari. Elle est rétribuée pour sa générosité et lui pour son apport. Il en est de même de l’intendant sans que cela ne réduise leur rétribution respective."

Asmâ’, la fille d’Abû Bakr le Véridique, rapporte avoir dit au Messager : "Ô Messager d’Allâh, je ne possède pas d’argent bien à moi si ce n’est ce que rapporte Az-Zubayr [2]- c’est-à-dire l’argent qu’il ramène à la maison - y a-t-il un quelconque mal à ce que j’en fasse l’aumône ?" Il répondit : "Fais l’aumône autant que tu peux et ne restreins pas tes dons afin qu’Allâh ne restreigne pas Ses Dons envers toi."

Nous nous interrogeons sur la famille arabe aujourd’hui : A-t-elle gardé les traditions de générosité et de dépense en faveur des nécessiteux et des œuvres caritatives ? Ou bien a-t-elle été gagnée par les traditions qui lui viennent d’occident et qui sont fondées sur l’individualisme et l’avarice ? Les hommes peuvent-ils toujours lever leur nez avec fierté d’être les protecteurs de leur honneur et les défenseurs de leurs familles ou bien ont-ils été infiltrés par la froideur des traditions européennes et américaines au point de donner naissance à une nouvelle génération arborant une logique différente ?

Je constate aujourd’hui que les femmes tirent une fierté de posséder des dizaines de robes et d’être en accord avec la dernière mode, sans parler de toutes les sortes de maquillages, d’accessoires, de divertisssements et de moyens de séduction...

Du temps de l’Ignorance arabe, nous avions des valeurs plus nobles dont Hâtim At-Tâ’î [3] trace les contours en s’adressant à son épouse :

Lorsque tu sers le repas, cherche quelqu’un pour en manger car je n’en mangerai jamais seul !
Trouve un frère, ou un voisin, car je crains la médisance dans ma postérité.
Je suis certes le serviteur de l’invité aussi longtemps qu’il restera et c’est bien le seul trait de servitude que je porte en moi !

Que c’est beau que les époux soient tous deux des poètes ou des savants ou qu’ils soient tous deux généreux ou courageux ! Ainsi, lorsque l’un d’eux est sujet à un doute passager ou à une suspicion malheureuse, son conjoint vole à ses côtés, l’épaule et le guide vers la bonne voie.

P.-S.

Cet article est traduit du livre de Cheikh Muhammad Al-Ghazâlî intitulé Les Problèmes de la Femme Entre des Traditions Stagnantes et des Traditions Etrangères. Ce livre est une compilation d’articles de journaux destinés à une audience très large, il ne s’agit pas d’un traité de jurisprudence à proprement parler.

Notes

[1Linguistiquement, les deux noms sont des antonymes.

[2son mari

[3Un homme très célèbre pour sa générosité.

Répondre à cet article



Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP |
© islamophile.org 1998 - 2019. Tous droits réservés.

Toute reproduction interdite (y compris sur internet), sauf avec notre accord explicite. Usage personnel autorisé.
Les opinions exprimées sur le site islamophile.org sont celles de leurs auteurs. Exprimées dans diverses langues étrangères, ces opinions sont mises à la portée des lecteurs francophones par nos soins, à des fins d'information, de connaissance et de respect mutuels entre les différentes cultures et religions du monde.