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Vérités sur le soufisme
Section : Témoignages des Savants

Abû Al-Hasan An-Nadwî

mardi 6 février 2007

Abû Al-Hasan An-Nadwî, membre de l’Académie de la Langue Arabe à Damas et Secrétaire Général de Nadwat Al-`Ulamâ’ en Inde, écrivit dans son étude portant sur les Soufis en Inde et leur influence sur la société [1] — étude qu’il inclut dans son ouvrage Les Musulmans en Inde — : « L’allégeance qui lia les gens à ces Soufis fut basée sur le monothéisme pur (Tawhîd), la sincérité (Ikhlâs), l’application de la Sunnah, le repentir, et l’obéissance à Dieu et à Son Messager. Ils mettaient en garde contre la débauche, le blâmable, les mauvaises manières, l’injustice, la cruauté, et incitaient les gens à faire preuve de nobles manières et à délaisser les viles manières telles que l’orgueil, la jalousie, la haine, l’injustice et l’amour du prestige. Ils enjoignaient la purification et la réforme de soi et enseignaient le Dhikr (la mention de Dieu), la pratique du conseil aux serviteurs de Dieu, le contentement de ce que Dieu accorde, et l’altruisme. Outre cette allégeance, qui est l’emblème de la relation entre le Sheikh et ses disciples, ils ne cessaient d’exhorter les gens et tentaient d’embraser leurs cœurs par l’Amour de Dieu — Exalté Soit-Il — et la langueur pour Son Agrément. Ils faisaient naître en eux, un désir ardent pour la réforme de soi et le changement de sa propre condition ».

Il traita ensuite de l’influence de leur éthique, de leur sincérité, de leurs einseignements, de leur éducation et de leurs assemblées sur la société et la vie. Puis, il cita quelques exemples mettant en valeur cette vérité historique. Ainsi évoqua-t-il Sheikh Ahmad Ash-Shahîd, puisse Dieu lui faire miséricorde : « L’affluence des gens vers cet homme fut sans pareille. Il ne passait pas dans un village sans que les gens ne se repentent en sa présence. Beaucoup lui prêtèrent d’ailleurs allégeance. Il séjourna à Calcutta pendant deux mois. On estime que pas moins de mille personnes lui prêtaient allégeance chaque jour. Cela se prolongeait jusqu’à minuit tous les soirs. La foule était tellement importante qu’il lui était impossible de recevoir l’allégeance en échangeant une poignée de main avec chacun d’eux. Il tendait alors sept ou huit turbans, les gens les saisissaient, se repentaient, et renouvelaient leur engagement envers Dieu. Il faisait cela dix-sept ou dix-huit fois par jour ».

Il s’attarda également sur la vie du Sheikh de l’Islam `Alâ’ Ad-Dîn : « Les dernières années du règne du Sutlan `Alâ’ Ad-Dîn furent caractérisées par un marasme qui toucha le marché du blâmable — l’alcool, la perversité, la débauche, les jeux du hasard et l’immoralité sous toutes ces formes. Ces mots devinrent très rares dans les conversations. Les péchés majeurs devinrent, aux yeux des gens, d’une laideur similaire à celle de la mécréance. Les gens avaient honte d’entacher d’usure leurs transactions, ou de thésauriser de l’argent. Le mensonge, la lésinerie et la tricherie devenaient rares dans les marchés. » Puis il dit : « L’éducation que donnaient ces Soufis et ces Sheikhs, et leurs assemblées, faisait naître dans l’être le désir de se rendre utile à autrui et une volonté ferme de leur rendre service et de les aider ».

Puis il évoqua l’impact de leurs exhortations, la conversion des gens à la religion et leur soumission à la Législation divine, si bien que le commerce du vin s’effondra à Calcutta — l’une des plus grandes villes de l’Inde et le centre des colons Anglais —, et les bars se dépeuplèrent au point que leurs propriétaires furent incapables de payer les taxes, prétextant que le commerce du vin était en crise. Puis il dit : « Le fruit de l’éthique et de la spiritualité de ces réformateurs, prédicateurs, Soufis, et Sheikhs, fut la guidance d’un nombre colossal de personnes dans ces vastes territoires. Ils se repentirent des péchés, des choses blâmables et de la soumission à leurs propres passions. Nul gouvernement, organisation ou loi, ne pouvait influencer cette énorme masse sociale et l’entourer d’autant de principes nobles et de manières louables pendant une aussi longue période ».

Le Professeur An-Nadwî, puisse Dieu le préserver, conclut son étude en notant que par l’effort de ces Soufis, de nombreux arbres à l’ombre généreuse poussèrent dans une centaine de contrées de l’Inde. Sous ces feuillages abondants, caravanes perdues et voyageurs éprouvés trouvèrent leur repos, puis ils repartirent avec un nouvel élan, pour une nouvelle vie [2].

À propos de la personnalité du célèbre soufi, le grand guide spirituel, Sayyidî `Abd Al-Qâdir Al-Jilânî, puisse Dieu purifier son âme, le Professeur An-Nadwî s’attarda sur le rôle des Soufis dans la diffusion de l’Islam, dans son livre Rijâl Al-Fikr wad-Da`wah (Les hommes de l’intellect et de la prédication) : « Près de soixante-dix personnes assistaient à son assemblée, plus de cinq mille juifs et chrétiens embrassèrent l’Islam par ses efforts et plus de cent mille mercenaires se repentirent auprès de lui.

Il ouvrit grand la porte du repentir et d’innombrables personnes y entrèrent. Depuis, ils eurent une conduite louable et adhérèrent à l’Islam comme il se doit. Le Sheikh ne cessa de les éduquer, d’examiner leur condition et de surveiller leur cheminement et leur progression. Ses disciples spirituels sentirent la responsabilité qui reposait désormais sur leurs épaules depuis leur allégeance, leur repentir et le renouveau de leur foi. C’est alors que le Sheikh habilita un grand nombre de ses disciples qui, à ses yeux, étaient doués d’intelligence et de droiture et qui étaient aptes à jouer le rôle d’éducateurs. Ils s’installèrent ensuite aux quatre coins de la terre pour appeler à Dieu, éduquer les âmes et combattre l’associationnisme (shirk), les innovations religieuses, l’ignorance et l’hypocrisie. La prédication gagna ainsi du terrain et les foyers de foi, les écoles de l’excellence spirituelle, les centres du jihâd et de la fraternité furent édifiés dans tout le monde islamique.

Ses successeurs et disciples, et tous ceux qui suivirent leur exemple en matière de prédication et d’éducation spirituelle parmi les illustres prédicateurs et les Imams de l’éducation au cours des siècles suivants, eurent un grand mérite dans la préservation de l’esprit de l’Islam, de la flamme de la foi, de l’énergie dans la prédication et du jihâd, et une force rebelle contre les viles passions et les autorités [injustes]. Sans leurs efforts, la communauté musulmane aurait sombré dans le gouffre de la vie materielle qui prospérait par les soins des gouvernements et des sociétés urbaines ; l’étincelle de la vie et de l’amour se serait éteinte dans la poitrine de ses porteurs. Ces hommes eurent un grand mérite dans la propagation de l’Islam dans les contrées lointaines que les armées musulmanes n’avaient pas conquises ou n’avaient pu soumettre au pouvoir musulman. Ainsi l’Islam fut-il porté par ces hommes en Afrique Noire, en Indonésie, aux îles de l’Océan Indien, en Chine et en Inde ». [3]

Dans son livre Rawâ’i` Iqbâl (Les merveilles d’Iqbal), il évoqua la visite qu’il rendit à ce poète. Lorsque Iqbal cita le soufisme, ses hommes, et leur rôle dans le renouveau de l’Islam en Inde, il fit l’éloge de Sheikh Ahmad As-Sarhindî, Sheikh Waliyullâh Ad-Dahlawî, le Sultan Muhyî Ad-Dîn Ornak Zep, puisse Dieu leur faire miséricorde. Il poursuivit en disant : « J’ai toujours dit que si ce n’est par leur présence et leurs luttes, l’Inde, sa civilisation et sa philosophie auraient englouti l’Islam. » [4]

P.-S.

Traduit de l’arabe du site shazly.com.

Notes

[1Le lecteur trouvera la traduction de cette étude sur notre site.

[2Abû Al-Hasan An-Nadwî, Al-Muslimûn fil-Hind (Les musulmans en Inde), pp. 140-146.

[3Abû Al-Hasan An-Nadwî, Rijâl Al-Fikr wad-Da`wah fil-Islâm, pp. 248-250.

[4Abû Al-Hasan An-Nadwî, Rawâ’i` Iqbâl, p. 7.

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