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Défense du dogme et de la loi de l’Islam contre les atteintes des orientalistes
Section : Ascétisme et Soufisme

Qu’est-ce que l’ascétisme ?

mercredi 25 février 2004

Goldziher estime que pour que les Musulmans soient des gens pieux et vertueux, ils doivent renoncer à l’acquisition des biens et ne pas chercher à amasser de grosses fortunes pour eux-mêmes ou pour leurs enfants.

En se fondant sur cette opinion, il critique les tout premiers Musulmans, parmi les Muhâjirûn et les Ansâr, qui s’étaient enrichis après leur pauvreté, insinuant de près ou de loin qu’ils étaient des hommes charnels, non des hommes spirituels...

Ce que dit cet orientaliste pourrait constituer une bonne définition de la piété, telle que lui se l’imagine, ou telle que la dessinent les enseignements du Christianisme, en vigueur chez les Chrétiens.

Mais l’Islam ne considère pas l’acquisition des biens comme un crime, ni ne trouve-t-il que la constitution de fortunes est un péché.

L’argent est une arme, et les armes servent aussi bien à défendre la vérité qu’à défendre l’erreur. Autrement dit, c’est la manière dont est employée cette arme qui attire soit les éloges soit le blâme. L’affirmation absolue que l’armement est un vice n’est rien de moins qu’un propos abject.

L’argent, aux yeux de l’Islam, est un bien conséquent s’il est gagné par des voies licites et dépensé dans des œuvres pies. Sinon, il est un fardeau et une honte pour celui qui le détient. Dieu - Exalté soit-Il - dit : « Vos efforts sont divergents. Celui qui donne, qui craint Dieu et qui ajoute foi à la plus belle récompense, Nous lui faciliterons la voie au plus grand bonheur. Quant à celui qui est avare, qui se dispense de Dieu et qui traite de mensonge la plus belle récompense, Nous lui faciliterons la voie au plus grand malheur. Ses richesses ne lui serviront plus à rien quand il sera jeté au Feu. » [1]

Si une personne travaille durement dans cette vie puis qu’elle récolte les fruits de son labeur sous forme d’une imposante richesse, grâce à laquelle elle s’entretient elle-même, elle soutient les pauvres et les nécessiteux et elle lutte dans le Sentier de Dieu, comment peut-on considérer alors que cette personne se rend coupable d’un péché ?

Il est possible que les enseignements, auxquels ajoutent foi les maîtres de cet orientaliste, énoncent qu’il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu !

Mais l’Islam ne lance pas à l’emporte-pièce de tels jugements. Il examine plutôt ce riche : s’il le trouve compatissant et bon envers les défavorisés, s’il le trouve prompt à voler au secours des désespérés, il le fait entrer dans le Royaume de Dieu et ne le prive pas de l’Agrément suprême ; si, en revanche, ce riche devient l’esclave de son argent, s’il l’utilise pour mieux asseoir son orgueil et son despotisme et s’il renie les droits des démunis et des faibles, alors il est digne d’être enchaîné.

C’est à ce propos que Dieu - Exalté soit-il - dit : « Quant à celui à qui on aura remis son registre en sa main droite, il dira : ‹Tenez ! lisez mon registre. J’étais sûr d’y trouver mon compte›. Il jouira d’une vie agréable : dans un Jardin haut placé dont les fruits sont à portée de main. ‹Mangez et buvez agréablement pour ce que vous avez avancé dans les jours passés›. Quant à celui à qui on aura remis son registre en sa main gauche, il dira : ‹Hélas pour moi ! J’aurai souhaité qu’on ne m’ait pas remis mon registre, et ne pas avoir connu mon compte... Hélas, comme j’aurais souhaité que ma première mort fût définitive. Ma fortune ne m’a servi à rien. Mon autorité est anéantie et m’a quitté !›. ‹Saisissez-le ! Puis, mettez-lui un carcan ; ensuite, brûlez-le dans la Fournaise ; puis, liez-le avec une chaîne de soixante-dix coudées, car il ne croyait pas en Dieu, le Très Grand, et n’incitait pas à nourrir le pauvre. » [2]

Nous estimons que le regard porté par l’Islam sur l’argent - comme nous l’avons montré - est un regard juste et sain, très proche de la nature primordiale de l’homme et en symbiose avec la vie.

Si Goldziher, qui est Juif, a un autre point de vue, alors il est libre de son opinion. Mais encore une fois, nous insistons sur le fait que ce qu’il dit ne dépasse guère les lignes tracées par la plume avec laquelle il attaque l’Islam et ses représentants.

Ce qu’il raconte est bien éloigné de ce à quoi ressemble sa vie privée, ou la vie de ces richissimes associations qui versent des sommes considérables au profit des orientalistes et des missionnaires chrétiens.

Faut-il que l’argent dont diposent ces gens soit licite et autorisé alors que celui que détiennent les disciples de Muhammad soit le seul à être condamnable et refusé ?

Les riches, en Europe et en Amérique, ont constitué des fortunes colossales. Nous n’aimerions pas parler des opportunités diverses et variées qui ont aidé à la formation de ces fortunes. Ni n’aimerions-nous aborder les bases douteuses sur lesquelles s’est amassé tout cet argent. Nous aimerions seulement dire que ces fortunes colossales ont permis à leurs propriétaires de vivre dignement et d’aider les universités, les hôpitaux et les orphelinats mis au service d’intérêts religieux, colonialistes ou parfois humanitaires...

D’ailleurs, ce livre rédigé par Goldziher pour calomnier l’Islam est à mettre sur le compte d’une association américaine travaillant dans ce domaine. Cet argent qui soutient ces activités doit-il donc être accessible à toute l’humanité excepté les disciples de Muhammad ?

C’est ce que désire cet orientaliste ascétique : il prend les fortunes de certains Compagnons qui n’ont manqué en rien pour servir la cause de l’Islam, pour lutter dans le Sentier de Dieu, et pour dépenser leurs biens dans des œuvres bénéfiques et conclut que ces fortunes ne peuvent indiquer la dévotion de leurs possesseurs.

Goldziher écrit aux pages 112 et 113 :

« Nous en sommes instruits par les données dont nous disposons sur les possessions de musulmans de la plus grande piété. Nous pouvons, par exemple, jeter un coup d’œil sur la succession du Qureïchite al-Zubeïr ben al-`Awwâm, un homme si pieux qu’il est compté parmi les dix auxquels le Prophète put donner, de leur vivant, l’heureuse assurance qu’ils arriveraient sûrement au paradis pour avoir bien mérité de l’Islâm. Le Prophète l’appelait son apôtre (hawârî). Ce Zubeïr laissa des biens immeubles dont le prix net, après déduction de tout le passif, est estimé par différents rapports de 35.200.000 à 52 millions de dirhems. On célèbre, il est vrai, sa grande libéralité ; mais il n’en est pas moins un Crésus, et l’inventaire que l’on peut dresser des biens mobiliers dont il est possesseur dans différentes parties des terres conquises ne semble pas indiquer le renoncement au monde : onze maisons rien qu’à Médine, sans compter celles de Basra, Kûfa, Fostât et Alexandrie. Un autre des dix hommes pieux auxquels le Prophète garantissait le paradis, Talha b. `Ubeïdallâh, possédait des immeubles d’une valeur de 30 millions de dirhems en chiffres ronds. Lorsqu’il mourut, son trésorier disposait encore en surplus de 2.200.000 dirhems en argent comptant. D’après un autre calcul, sa fortune liquide était évaluée de la façon suivante : il laissait après lui cent sacs de cuir contenant chacun trois qintârs d’or, lourd fardeau pour le paradis ! A peu près à la même époque (37 / 657) mourut à Kûfa un homme pieux du nom de Khabbâb, originairement un bien pauvre diable : il avait été, dans sa jeunesse, manœuvre à la Mekke, profession qui, d’après les idées arabes du temps, n’était pas précisément honorable pour des hommes libres. Il se rallia à l’Islâm, et eut à cause de cela de grands tourments à souffrir de la part de ses concitoyens païens. On le tortura avec des fers rouges et on lui imposa encore d’autres supplices ; mais il resta inébranlable. Il prit aussi une part active aux expéditions du Prophète. Lorsque ce zélé croyant gisait sur son lit de mort, à Kûfa, il put désigner un bahut dans lequel il avait amassé 40.000 dirhems et exprimer la crainte d’avoir reçu d’avance, avec cette richesse, la récompense de sa constance dans la foi. »

Goldziher reprend ensuite l’imposture inlassablement répétée par les orientalistes :

« Les motifs dominants qui détermineront la poussée conquérante des Arabes furent, comme l’a fait ressortir avec une grande précision Leone Caetani dans plusieurs passages de son ouvrage sur l’Islâm, le besoin matériel et la cupidité, aisément explicables par la situation économique de l’Arabie, et qui excitèrent l’enthousiasme pour l’émigration du pays déchu et l’occupation de régions plus fertiles. La nouvelle loi fut la bienvenue comme prétexte à ce mouvement que favorisait la nécessité économique. On ne doit assurément pas prétendre pour cela que ces intentions avides dominèrent seules et sans exception dans les guerres religieuses de l’ancien Islâm. Il y eut toujours auprès des guerriers qui yuqâtilûna `alâ tama` al-dunyâ, « partaient à la guerre par convoitise terrestre », des hommes entraînés par la foi, qui yuqâtilûna `alâ al-âkhira « prenaient part au combat à cause de l’au-delà ». Mais ce n’était certainement pas ce dernier élément qui donnait leur caractère véritable aux dispositions des masses combattantes. »

Nous ne reviendrons pas sur les chiffres mensongers avancés par cet auteur, ni sur les estimations loufoques apportées par des récits contradictoires n’ayant qu’une bien piètre valeur d’un point de vue scientifique...

Mais nous dirons quand même qu’Az-Zubayr, que Talhah, que `Abd Ar-Rahmân Ibn `Awf et que `Uthmân Ibn `Affân ont été plus riches que Ford, Roosevelt, Rotschild et autres possesseurs d’empires financiers dans le monde.

Où est donc le problème si cette richesse a été constituée par des moyens honnêtes, si ses possesseurs ont été de généreuses sources de bien et de prodigalité, et s’ils ont été des modèles vivants de productivité et de constance ?

Faut-il que les abondantes richesses soient confinées uniquement dans les familles juives et chrétiennes ?

Et que la pauvreté soit le lot des seuls Musulmans ? !

Et si la réalité était ainsi, cet orientaliste ne viendrait-il pas avec ses amis attaquer l’Islam, qui serait alors une religion non adaptée à la vie profane, incapable de stimuler la production et le sérieux ?

Goldziher sait pertinemment que le jour où ils sont devenus riches, les Musulmans opulents, parmi les Compagnons et les disciples de Muhammad, ont dispersé leurs biens dans le Sentier de Dieu avec une sublime générosité. Mais Goldziher refuse d’accepter cette réalité.

Pourquoi ?

Parce que les possesseurs de ces biens, malgré le fait qu’ils aient fait montre de prodigalité dans le Sentier de Dieu, ont quand même mené une vie douce qu’ils n’avaient pas le droit de vivre !

Il écrit à la page 114 :

« D’après une parole du Prophète qui reflète le sentiment des dévots, « il n’y aura plus de César en Syrie, ni de Khosroès dans le `Irâq. Par Dieu, vous dépenserez leurs trésors sur la voie de Dieu » [3]. Cette dépense des trésors conquis « sur la voie de Dieu », et en faveur des pauvres et des nécessiteux, est envisagée dans les hadîths qui s’y rapportent comme une compensation au matérialisme issu des conquêtes. Mais elle n’eût guère été du goût des gens qui avaient à décider de l’emploi des biens acquis. Les trésors amassés au cours des conquêtes, et sans cesse accrus par une habile administration intérieure, ne devaient pas être là uniquement pour être dépensés « sur la voie de Dieu », c’est-à-dire pour des intentions pieuses. Les classes auxquelles ces biens terrestres tombaient entre les mains y voulaient avoir un moyen de jouir du monde. On ne voulait pas se borner à « amasser des trésors pour le ciel ». »

Autrement dit, la prodigalité dans le Sentier de Dieu ne suffit pas à attirer l’agrément de cet homme pour les premiers Musulmans, ni à lui faire prononcer un seul mot de reconnaissance pour cette noble richesse.

Les possesseurs de ces biens devaient mener une vie rude et austère pour mériter ses éloges. Dans le cas contraire, ils ne sont que des hommes charnels n’ayant rien à voir avec la piété et la vertu !

P.-S.

Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Muhammad Al-Ghazâlî, Difâ` `an Al-`Aqîdah Wash- Sharî`ah didd Matâ`in Al-Mustashriqîn, éditions Nahdat Misr, deuxième édition, janvier 1997.

Notes

[1Sourate 92 intitulée la Nuit, Al-Layl, versets 4 à 11.

[2Sourate 69 intitulée l’Avérée, Al-Hâqqah, versets 19 à 34.

[3Hadith rapporté par Al-Bukhârî, Muslim, Ahmad et At-Tirmidhî, avec quelques différences dans les variantes.

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