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Défense du dogme et de la loi de l’Islam contre les atteintes des orientalistes
Section : Les Sectes

Enfin...

jeudi 18 novembre 2004

J’ai ressenti un pincement au cœur en lisant les expressions « Islam shî`ite » et « Islam sunnite » que l’orientaliste hongrois a maintes fois utilisées.

Y a-t-il vraiment deux Islams dans notre Communauté ? Il n’y a qu’un seul Islam, un Islam dépourvu de tous ces qualificatifs superflus, dénué de toutes ces additions innovées.

Dieu a agréé pour les Musulmans la religion islamique. Et il y a soixante-dix siècles, le Père des Prophètes Abraham - que la paix soit sur lui - nous a désignés de ce noble nom. L’ultime Prophète, Muhammad Ibn `Abd Allâh, est enfin venu nous guider vers le droit chemin et accomplir sur nous le bienfait de Dieu ; il nous a laissé sa révélation et sa guidance ; c’est à son héritage que nous nous cramponnons et c’est dans cet Islam primordial que nous trouvons notre refuge et notre honneur. Pour rien au monde, nous ne le délaisserons. Aucune autre allégeance ne nous en arrachera.

Les Musulmans ont divergé entre eux sur de nombreuses questions. Mais aucun d’entre eux n’accepte d’être rattaché à autre chose qu’à l’Islam. Il est impossible qu’un autre qualificatif puisse valoir ce titre précieux et unique !

Alors, que s’est-il passé ? La vérité est qu’il existe des gens qui ne craignent pas Dieu vis-à-vis de leur religion et de leur Communauté. Ils ont créé de sombres nuages de rumeurs et de supputations, devenus avec le temps la cause profonde du déchirement de notre union, du bourrage des crânes à l’aide de conceptions infondées et, en conséquence, du bourrage des âmes à l’aide de passions fourvoyées.

Hélas, les masses populaires sont les premières victimes de ces calomnies mutuelles infondées.

Le jour où la vérité sera dévoilée, nombreux sont ceux qui se morfondront en remords, parmi ceux qui lançaient leurs jugements et leurs insultes à l’emporte-pièce.

L’orientaliste Goldziher est excusé dans ce qu’il a écrit sur notre compte. Il a cru comprendre que nous sommes férus de divergences sans raison, et que nous sommes des inconditionnels des divisions sans motif.

Si nos ancêtres ont goûté à l’amertume de cette attitude, qu’est-ce qui nous pousse, nous, à les suivre sur cette voie ?

Un homme en colère vint me voir un jour et me demanda : « Comment se fait-il que le Sheikh d’Al-Azhar [1] ait publié une fatwâ faisant des Shî`ites une école islamique équivalente aux autres écoles juridiques reconnues ? »

Je lui demandai à mon tour : « Et que sais-tu des Shî`ites ? »

Il se tut un moment puis répondit : « Des gens qui ne sont pas de notre religion !

- Mais moi, rétorquai-je, je les ai vu prier et jeûner tout comme nous prions et jeûnons.

- Comment cela ?, me dit-il avec étonnement.

- Et le plus étrange, poursuivis-je, c’est qu’ils récitent le Coran comme nous le récitons ; ils révèrent le Messager et se rendent en pèlerinage au Sanctuaire sacré !

- D’après ce que j’en sais, reprit-il, ils possèdent un autre Coran que le nôtre et ils vont à la Ka`bah pour la brûler ! »

Je regardai mon homme avec apitoiement et lui dis : « Tu es excusé ! Car il y a des gens parmi nous qui répandent des rumeurs sur l’autre partie dans le but de la démolir et de blesser sa dignité, exactement comme font les Russes avec les Américains, ou les Américains avec les Russes, comme si nous étions des nations ennemies, et non une nation unique. »

Je ne nie pas que des divergences ont éclaté entre certains savants et certains autres. Mais il est inconvenant de transporter ces divergences d’ordre intellectuel, sur le terrain de la vie publique pour diviser notre Communauté, pour ébranler son présent et son avenir.

Admettons que des gens, par intérêt personnel ou par ignorance, aient agi de la sorte dans le passé, pour le compte de qui entretient-on cette maladie et laisse-t-on la Communauté en souffrir ? Pour le compte de qui entretient-on cette maladie, au point que des étrangers viennent ensuite nous expliquer qu’il existe un Islam sunnite et un Islam shî`ite ?

Que Dieu récompense le souverain persan Nâdir Shâh pour sa lutte pour la réunification. Mais à notre époque, le rapprochement des écoles musulmanes est un rôle qui pèse davantage sur les savants que sur les dirigeants.

Il est vrai que la divergence entre les Sunnites et les Shî`ites était initialement d’ordre politique. Il est vrai que le fossé s’est élargi au cours des siècles du fait des attitudes des dirigeants et de l’attrait du pouvoir.

Il est vrai que les politiques doivent réparer ce que leurs prédécesseurs ont endommagé, qu’ils doivent employer toutes leurs forces à la réunification, tout comme ces forces ont été employées par le passé à la scission et à la division.

Mais encore une fois, c’est aux savants qu’incombe le premier rôle. Car le savoir religieux a été influencé par le pouvoir pendant des siècles, et les sciences religieuses se sont colorées au gré des intérêts des gouvernants. Puis ces profiteurs de la classe dirigeante ont disparu, et les gens en quête de savoir qui leur ont survécu sont restés abusés, notamment parmi les gens du peuple.

C’est donc à nous - les porteurs de l’Islam - qu’il incombe de corriger la situation et d’effacer les chimères...

Je pense que la fatwâ du Sheikh suprême Professeur Mahmûd Shaltût [2] est un grand pas en avant dans la réalisation de cet objectif. Elle constitue la poursuite d’efforts entamés par des gens sincères, issus aussi bien du milieu politique que du milieu religieux. Cette fatwâ démentira par ailleurs les estimations des orientalistes selon lesquelles les rancœurs consumeront cette Communauté avant qu’elle ne parvienne à unir ses rangs sous une bannière unique.

Selon moi, cette fatwâ constitue le premier pas, et le début du travail, le premier pas vers une belle rencontre sous la bannière de l’Islam, cette religion que Dieu - Exalté soit-Il - a parachevée et qu’Il a agréée pour nous, le début du travail pour la cause de ce message universel qui signifie la fierté des croyants et la miséricorde destinée à toute l’humanité...

Des supputations et des fantasmes envahissent les masses populaires sunnites et shî`ites. Leur profond retard les empêche de remplir les droits de Dieu et les droits de la vie.

Le monde s’est élancé avec une vitesse extraordinaire ; il se hisse à l’échelle du progrès purement matériel, et observe les peuples attardés comme s’il s’agissait de créatures venues d’ailleurs.

L’Islam est l’unique remède à notre dérive... Mais quel Islam ?

L’Islam au nom duquel les connaisseurs ont fraternisé, et dont les disciples sont devenus, au plus profond d’eux-mêmes, des gens raisonnables et tolérants...

L’ignorance et le désœuvrement ébranlent les convictions et engendrent des générations vaines et médiocres. Allons-nous donc laisser le feu nous envahir, nous occupant de nous lancer mutuellement des reproches et des calomnies ?

Le problème est bien plus grand que ne se l’illusionnent certains malvoyants. Je pense que le chemin est encore long...

Mais désormais, nous connaissons le chemin, et nous nous y sommes engagés. Et qui s’engage sur un chemin est sûr de parvenir.

P.-S.

Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Muhammad Al-Ghazâlî, Difâ` `an Al-`Aqîdah Wash-Sharî`ah didd Matâ`in Al-Mustashriqîn, éditions Nahdat Misr, deuxième édition, janvier 1997.

Notes

[1Il s’agit du Sheikh Mahmûd Shaltût - que Dieu lui fasse miséricorde.

[2Comme le souligne Sheikh Al-Ghazâlî ci-dessus, la fatwâ de Sheikh Mahmûd Shaltût - que Dieu lui fasse miséricorde - porte sur la validité de l’école de jurisprudence fondée par l’Imâm Ja`far As-Sâdiq - que Dieu l’agrée -, école qui prime chez les Shî`ites duodécimains. En dehors de cette question, et en dépit des volontés sincères de rapprochement entre les Musulmans, il ne s’agit pas pour nous de donner un blanc-seing au Shî`isme dans son ensemble, ni de minimiser, ni d’exagérer les débats théologiques qui ont pu avoir lieu par le passé, mais cela doit rester circonscrit aux cercles de savants sans s’étendre aux masses musulmanes dans leur quotidien. NdT

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