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Défense du dogme et de la loi de l’Islam contre les atteintes des orientalistes
Section : Les Sectes

L’atavisme des querelles est une folie

samedi 17 juillet 2004

Il est inconvenant d’accueillir avec un air morose et des propos insultants une opinion issue d’un cœur pieux et d’une raison saine. Lorsque les différentes opinions et doctrines sont confiées au temps qui passe, afin qu’elles soient l’objet d’une longue et minutieuse critique, les plus bancales d’entre elles disparaissent d’elles-mêmes. C’est pour cette raison que je tiens - au risque de me répéter - à ce que le dirigeant n’intervienne pas avec son bâton pour dissoudre les querelles doctrinales.

Ce que je reproche à nos dirigeants des différentes époques, c’est d’avoir cristallisé ces querelles à des fins personnelles.

Je ne parviens pas à comprendre, par exemple, comment les Yazîdites continuent aujourd’hui à pratiquer le culte de Satan, ni comment les Druzes continuent à pratiquer le culte d’Al-Hâkim Bi-Amr Allâh [1], et ce, au sein même de l’énorme bloc islamique. Si ces deux courants avaient été mêlés au courant islamique, ne fût-ce que pendant quelques années, et non quelques siècles, l’échange intellectuel et le mélange culturel auraient pu suffire à eux seuls à éliminer ces deux sectes !

Mais la séparation entre la prédication islamique et l’État islamique a permis la formation de gouvernements qui n’appréhendent que leurs intérêts privés, et qui ne savent guère servir une religion dont ils transforment les adeptes en mercenaires et qui leur sert de slogan pour cacher leurs intentions hypocrites !

Je pense pour ma part que si les Sunnites, les Shî`ites et les Khârijites se réunissaient au sein d’un même Parlement, en tant qu’enfants d’une même religion, puis décidaient - dans l’ardeur du débat - de se battre à coup de chaises, comme le font parfois certains idiots, ils seraient plus proches de l’esprit de l’Islam que s’ils se rencontraient sur un champ de bataille, munis de leurs épées, et léguaient aux générations postérieures des querelles et des guerres n’ayant ni foi ni loi !

Mais avant et après tout cela, nous demandons : Pourquoi se battre et s’insulter ? Lorsque la divergence des points de vue est naturelle au niveau de certaines questions, il convient de la recevoir avec respect et bienveillance...

Les Musulmans ont tant de choses en commun, sur lesquelles ils forment un rang uni : les cinq prières quotidiennes, le Ramadân, le pèlerinage. Et il y a aussi les ennemis de l’Islam qui conspirent sans relâche contre les Musulmans, souhaitant assister à leur disparition, et faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour leur nuire. Comment seulement peut-on oublier tout cela ?

Certains peuvent proposer d’unir la Communauté autour d’une opinion unique ou autour d’opinions très proches, afin d’empêcher - par la force si nécessaire - l’apparition de divergences, sous prétexte que ce serait plus bénéfique pour la Communauté islamique.

La réponse est... que cette solution ne serait pas efficace. Nos ancêtres furent effectivement désobligés par le nombre imposant de divergences, apparues notamment au niveau de la jurisprudence des branches secondaires de la religion. Ils décidèrent alors de fermer la porte de l’ijtihâd, préférant réunir les gens autour des quatre principales écoles juridiques...

Ils furent également contrariés par la terrifiante querelle qui existait entre les littéralistes salafistes d’une part et les Mu`tazilites d’autre part. Dès qu’Al-Ash`arî [2] fit alors son apparition avec sa doctrine médiane, située entre les deux précédentes, ils s’activèrent à rassembler la Communauté autour de lui.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que les écoles théologiques et juridiques furent influencées, à plus ou moins grande échelle, par ce mouvement. D’aucunes sont mortes, d’autres ont disparu.

Il demeure néanmoins que cette prise de position n’a pas résolu le problème.

Car la jurisprudence des branches secondaires concerne à la fois le culte et les relations humaines. S’il est alors possible d’enfermer les gens d’une époque donnée à l’intérieur de certaines formes spécifiques de relations civiles, il reste difficile d’appliquer ceci à toutes les époques.

Pourquoi faudrait-il par ailleurs que ces quatre écoles juridiques soient les seules dignes d’être préservées et pérennisées ? Il existe d’autres interprétations tout aussi dignes d’être sauvegardées et saluées, tout à l’instar de ces quatre écoles... Ceci concerne les sciences juridiques... Quant aux questions théologiques, je ne vois pas pourquoi la doctrine ash`arite devrait être l’unique représentante des fondements islamiques.

Et c’est d’ailleurs pourquoi la pensée islamique s’est remise en branle pour franchir ces obstacles hérités de l’Histoire.

Les savants contemporains sont quasiment unanimes sur le fait que la liberté d’ijtihâd ne reconnaît pas de porte fermée au niveau de la jurisprudence des branches secondaires, tout comme elle dispose d’une latitude inconditionnelle pour enseigner les différents conceptions et jugements au niveau des questions liées à la divinité et à la prophétie.

P.-S.

Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Muhammad Al-Ghazâlî, Difâ` `an Al-`Aqîdah Wash-Sharî`ah didd Matâ`in Al-Mustashriqîn, éditions Nahdat Misr, deuxième édition, janvier 1997.

Notes

[1Al-Hâkim Bi-Amr Allâh est le troisième Calife de la dynastie fâtimide. Il est considéré par les Druzes comme l’incarnation de Dieu. NdT

[2Il s’agit de Abû Al-Hasan Al-Ash`arî, Imâm des Sunnites, décédé en 334 A.H..

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