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Chagrins d’un prédicateur
Section : Point de sunnah sans fiqh

La nécessité de prendre soin du Noble Coran

samedi 5 juillet 2003

Je n’apporte rien de nouveau dans ce domaine. Je me vois cependant dans l’obligation d’attirer l’attention sur la nécessité d’accorder une attention extrême au Coran lui-même. Il est en effet des gens qui se penchent sur les recueils de hadîth comme sur une drogue tout en délaissant le Coran. Leurs idées se développent ainsi de travers, s’attardant là où elles devraient passer rapidement et passant rapidement là où elles devraient s’épanouir. Ils s’enthousiasment là où il n’y a pas lieu de le faire et restent de marbre là où l’insurrection est requise !

On compte parmi ces individus des gens pour qui les Afghans, disciples de Abû Hanîfah, sont pires que les communistes, disciples de Karl Marx. Pour quelle raison ? Pour la simple raison qu’ils ne récitent pas la fâtihah [1] lorsqu’ils prient derrière un imâm ! La méconnaissance des enseignements principaux et secondaires apportés par la révélation hypothèque tout savoir et toute religiosité correcte.

Abû Dâwûd rapporte un hadîth extrêmement faible d’après `Abd Allâh Ibn `Amr Ibn Al-`Âs selon qui le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - dit : "Ne prenez la mer que pour accomplir le grand ou le petit pèlerinage ou pour la lutte dans le Sentier de Dieu le Très-Haut. Car, sous la mer, il y a un feu et, sous ce feu, il y a une mer." Ce hadîth est faible voire controuvé. L’Imâm Al-Khattâbî se laissa tromper et expliqua l’interdiction de prendre la mer par le fait que la maladie gagne rapidement les voyageurs et que, la plupart du temps, ils y laissent la vie ! Cependant, tout le propos est non avenu. Les savants érudits disent en effet qu’il n’y a aucun mal dans le commerce maritime et que la vérité est clairement mentionnée par Allâh - Glorifié soit-Il - dans le Coran : "Et c’est Lui qui a assujetti la mer afin que vous en mangiez une chair fraîche, et que vous en retiriez des parures que vous portez. Et tu vois les bateaux fendre la mer avec bruit, pour que vous partiez en quête de Sa grâce et afin que vous soyez reconnaissants." [2]

La méconnaissance du Coran et l’incapacité à saisir ses enseignements, évidents ou subtiles, est une tare psychologique et intellectuelle que ne saurait soigner la lecture maniaque des livres de la Sunnah. La Sunnah vient après le Coran et sa bonne compréhension passe par la bonne compréhension du Livre lui-même.

Ibn Kathîr rapporte que l’Imâm Ash-Shâfi`î dit : "Tous les jugements émis par le Messager - paix et bénédictions sur lui - proviennent de sa compréhension du Coran. Comment serait-il possible de maîtriser la branche alors qu’on ignore le tronc ?!"

La compréhension des enseignements du Coran et de ses finalités trace le cadre général du message islamique, établit une échelle des priorités dans les enseignements transmis et permet de replacer les traditions prophétiques à la place qui leur revient.

L’individu attaché au Coran observe l’univers avec précision, connaît parfaitement les ressorts de la prospérité et du déclin des civilisations. Son esprit est éclairé par les Noms Sublimes et les Attributs Suprêmes ; il reste attentif aux scènes du Jour Dernier et de ce qui s’en suit. Il est aspiré vers les piliers de l’éthique et des bonnes manières ainsi que vers les fondements de la foi. Tout ceci est agencé dans des proportions harmonieuses. Lorsqu’on y ajoute les traditions prophétiques authentiques qui expliquent le Coran et parachèvent sa guidance, l’individu aura certes atteint la sagesse et la clairvoyance.

Le musulman qui respecte sa religion et sa nation ne pense pas avoir le monopole de la justesse dans les opinions qu’il adopte ! Il peut par exemple penser que le silence derrière l’imâm est une oeuvre cultuelle, mais il ne méprise, ni ne rentre en conflit avec ceux qui considèrent la récitation derrière l’imâm comme une oeuvre cultuelle !

Cette tolérance fut largement cultivée par les masses musulmanes depuis toujours et diverses écoles juridiques purent ainsi se développer dans l’amour mutuel jusqu’au jour où certains se mirent à avoir un avis sur tel hadith, à tort ou à raison, puis à affirmer que c’est la religion et qu’il n’y a point de religion en dehors de leur lecture.

Je fus pris de peur pour notre Communauté lorsque je vis des gens se consacrer au hadith alors qu’ils manquent de science juridique, puis ils se transforment en juristes, puis affichent des visées politiques pour remodeler la société et l’Etat conformément à leurs opinions... Le plus étonnant dans cette pensée religieuse de bas étage c’est qu’elle ne comprend pas grand chose aux modes de gouvernance, ni aux méthodes de consultation, ni aux finances, ni aux conflits des classes, ni aux problèmes de la jeunesse, ni aux difficultés de la famille, ni au développement de l’éthique... Ceux-là ne connaissent rien à la vie urbaine ni au développement des infrastructures pour servir les idéaux et les grands objectifs apportés par l’islam. Les cerveaux malades ne connaissent que les futilités. Ils s’insurgent pour elles, s’activent pour elles, se concilient et suscitent des conflits pour elles. Je hochai ma tête avec tristesse en voyant le chemin suivi par la prédication islamique.

Le message que jadis l’humanité reçut, à l’instar du malade qui reçoit le remède ou de l’homme en proie au froid qui reçoit la chaleur, est aujourd’hui très dévalorisé aux yeux des gens, si bien qu’ils n’y attachent pas grand intérêt. Il est aussi dévalorisé auprès de ses propres adeptes si bien qu’ils n’y trouvent pas de quoi élever leur rang ni protéger leurs choses sacrées.

P.-S.

Traduit de l’arabe aux éditions Nahdat Misr.

Notes

[1La fâtihah est la première sourate du Coran. NdT

[2Sourate 16, An-Nahl, Les Abeilles, verset 14.

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